L’audition de Jacques Moretti, lundi, a été marquée par la colère des victimes et de leurs proches, qui ont parfois contesté les déclarations du propriétaire du Constellation. L’absence de son épouse Jessica et la lenteur de l’enquête ont également suscité une vive exaspération parmi les parties civiles.
Victimes, proches et familles endeuillées étaient plus nombreux qu’à l’accoutumée pour assister à l’audition de Jacques Moretti à Sion, dans le Valais, en Suisse. L’absence de sa femme, Jessica Moretti, également propriétaire du bar qui a brûlé à Crans-Montana au Nouvel An dernier, a provoqué une vague d’indignation dans les rangs des parties civiles. Son absence «choque profondément» les familles, a affirmé aux journalistes sur place Me Didier Elsig, l’un des avocats des parties civiles. Bachar Fleury, 18 ans, brûlé à 40 %, notamment à la nuque, aux oreilles et aux mains, a aussi déploré l’absence de la gérante et la lenteur de l’enquête, qui suscitent chez lui «un peu de colère et un peu de frustration».
Les procureures ont renoncé à convoquer Jessica Moretti après qu’une psychologue a alerté sur les risques liés à une «confrontation directe» avec son mari, en détention provisoire depuis mi-août pour des violences présumées sur son épouse. Parmi les rescapés présents, se trouvait Mélanie Van De Velde Azzi, une mère de famille de 33 ans grièvement brûlée dans l’incendie du Constellation. Brûlée au visage et portant un masque transparent, la Française - qui avait crié sa douleur dans une lettre ouverte - a tenu à se confronter au propriétaire du Constellation et aux journalistes. «On a besoin de se faire entendre et d’être présents tous ensemble», a-t-elle déclaré.
Une audition «décousue»
Ce ras-le-bol s’est manifesté dans la salle d’audience, où, selon plusieurs personnes présentes, des victimes et leurs proches sont intervenus pendant l’audition pour exprimer leur désaccord avec certains propos de Jacques Moretti. En principe, seuls leurs avocats peuvent prendre la parole. Mais compte tenu de la situation exceptionnelle, la procureur a laissé certaines familles réagir à des propos tenus par le prévenu, explique une source proche du dossier au Figaro.
Les avocats des parties civiles, ainsi que celui de Jacques Moretti, dénoncent également «l’inertie» de la procédure, soulignant que les questions abordées lundi, notamment celles des travaux réalisés dans le bar et des autorisations nécessaires, avaient déjà été examinées il y a plusieurs mois. Cette audition a été «un petit peu à l’image des autres, un petit peu décousue» avec «beaucoup d’incohérences (...) sur un certain nombre de thèmes», dont la mousse acoustique et les factures, a déclaré Me Christophe de Galembert, tenu comme les autres au silence sur le détail des auditions.
«À chaque question concernant les autorisations pour réaliser les travaux, Jacques Moretti rejetait la faute sur Julien Beytrison (l’ancien propriétaire du bar). Il a dit que c’était à lui de s’en occuper et qu’il lui faisait confiance», regrette une source proche du dossier, qui précise que le prévenu a refusé de répondre aux questions sur les accusations de blanchiment d’argent. L’enquête porte majoritairement sur les travaux réalisés par Jacques Moretti au sous-sol du bar en 2015, les autorisations d’exploitation et la sécurité, notamment des issues de secours, dont certaines auraient été verrouillées le soir du drame, et la mousse acoustique du plafond qui s’est rapidement embrasée au contact de bougies étincelantes.
«Jacques Moretti a été entendu pour la sixième fois dans cette procédure. Il a répondu depuis le début à plus de 650 questions, ce qui fait de lui celui qui a le plus collaboré dans cette enquête», a de son côté défendu auprès de l’AFP son avocat, Me Patrick Michod, en fin de journée. Sur ces 650 questions, «il n’a réellement répondu qu’à une dizaine d’entre elles», peste en retour Me Lida Lavi, avocate de partie civile.
«Auditions fleuves»
Au-delà du couple Moretti, l’enquête pénale vise 15 autres personnes : huit élus ou anciens élus communaux, dont le président de Crans-Montana, Nicolas Féraud, et sept employés ou anciens employés des services communaux. Tous les prévenus sont poursuivis pour «homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence».
Juste après le drame, les responsables de la commune avaient reconnu qu'aucun contrôle de sécurité ni inspection liée aux risques d'incendie n'avait été effectué dans le bar depuis 2019.
Les élus et anciens chargés de sécurité «méritent d'être confrontés», a estimé Me Patrick Michod, qui espère que «l'enquête se focalisera là-dessus au cours de l'année 2027, et non pas sur le couple Moretti (...) lors d'auditions fleuve qui ne servent à rien». «Aujourd'hui cette audition n'a absolument pas fait avancer l'enquête», a-t-il encore assuré, rejoignant les parties civiles sur ce constat.
Source: Le Figaro · Clara Hidalgo, AFP agence
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira