Après la diffusion de menaces visant des livreurs à vélo, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour provocation à la haine raciale. Alors que le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou et la mairie de Paris dénoncent ces messages racistes et violents, la Maison des coursiers et le syndicat Union indépendant pointent des mesures insuffisantes de la part des plateformes.

Des enregistrements audio qui parlent de "mitraillage", qui appellent à "tuer beaucoup de monde", ou à "reconquérir le territoire"... Diffusés ces derniers jours sur les réseaux sociaux, des messages racistes et violents menacent d’agresser et de tuer des livreurs noirs et arabes en les attirant dans des lieux isolés. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour provocation à la haine raciale.

"Il y a beaucoup d’inquiétude parmi les livreurs. Ils sont choqués et angoissés face au niveau actuel de violence, ils sont en première ligne depuis déjà des années, avec des menaces, des messages dégradants ou discriminatoires voire des agressions de la part de clients, de restaurateurs, ou même dans la rue", réagit Circé Lienart, l’une des coordinatrices de la Maison des coursiers.

Deliveroo a aussi "adressé une communication à l’ensemble des livreurs" (illustration). • © CORINNE SIMON / Hans Lucas

Situé dans le 18e arrondissement de la capitale, ce lieu - géré par l’association CoopCycle, soutenue par la mairie de Paris - propose aux livreurs de "se reposer, réchauffer un repas, charger des batteries, consulter une infirmière, ou encore être accompagnés dans des démarches administratives", présente la coordinatrice. Les livreurs "ne veulent pas prendre la parole individuellement, ils ont peur d’être ciblés personnellement et se mettre en danger", rapporte-t-elle.

"Ce sont des menaces d’une extrême gravité, avec un racisme et une violence assumés. C’est aussi d’un cynisme fou de viser ces personnes qui font partie des travailleurs les plus exposés. Ce n’est pas surprenant, mais on monte d’un cran. Là, ce sont des menaces d’homicides, et c’est préparé par des personnes radicalisées", déplore Circé Lienart.

Alors qu’un rassemblement s’est tenu vendredi en hommage aux victimes de l’attentat raciste de Trappes et La Verrière, qui ravive le débat autour de la promotion de la théorie complotiste d'extrême droite du "grand remplacement" et de la "remigration", la coordinatrice de la Maison des coursiers évoque "un contexte très sensible". "On passe à un niveau supérieur dans la haine raciale, et on voit les effets concrets des idéologies racistes qui incitent à des passages à l’acte", déclare-t-elle.

Circé Lienart demande "des enquêtes rapides et sérieuses" mais aussi de "geler la création de nouveaux comptes de clients sur les plateformes" pour éviter des guets-apens.

"Ce sont des propos racistes inqualifiables", réagit de son côté Fabian Tosolini, délégué national du syndicat Union-Indépendants. "La médiatisation renforce aussi la peur des livreurs, avec des paroles d’un racisme décomplexé qui sont reprises partout en ligne", ajoute-t-il. Son syndicat appelle à "de la modération sur les réseaux sociaux", mais aussi à "remettre de l’humain" sur les applications de livraison, "pour éviter aux livreurs de tomber sur un robot au lieu d’un vrai interlocuteur".

"Les livreurs font face au racisme et aux agressions depuis très longtemps", souligne Fabian Tosolini, dont le syndicat accompagne cinq dépôts de plainte de la part de livreurs en région parisienne.

À date, nous n’avons enregistré aucun signalement

Deliveroo

Sur Franceinfo, la plateforme Uber se dit "profondément choquée" et confirme avoir envoyé des messages de prévention aux livreurs ainsi qu’aux chauffeurs, également ciblés par les menaces racistes. Contactée par France 3 Paris Île-de-France, Deliveroo "condamne avec la plus grande fermeté tout appel à la haine, à la violence et à la discrimination" et se dit également "profondément choquée par les propos relayés sur les réseaux sociaux".

"À date, nous n’avons enregistré aucun signalement en lien avec ces faits, mais restons extrêmement vigilants", indique la plateforme. Elle a aussi "adressé une communication à l’ensemble des livreurs", qui rappelle "que les livreurs restent libres de refuser une commande, et en cas d’agression ou de discrimination, d’interrompre une livraison, sans aucune conséquence".

"Tout livreur victime d’une agression ou d’un acte discriminatoire peut contacter à tout moment notre service dédié, par téléphone ou par chat. Ce service recueille son signalement et, s’il le souhaite, le livreur peut être orienté vers des associations spécialisées pour un accompagnement psychologique et dans ses démarches", affirme Deliveroo.

"Conformément à l’accord relatif à la lutte contre les discriminations que nous avons signé avec les organisations syndicales en 2024, nous prenons ensuite des mesures à l’encontre de l’auteur des faits s’il est identifié et utilise notre plateforme, pouvant aller jusqu’à la désactivation de son compte", ajoute la plateforme, qui invite, "avant tout", "toute victime à solliciter les services de police dans de telles situations".

"Il faut réagir au plus vite, à l’heure où les violences fascistes s’intensifient", explique Barbara Gomes (PCF), l’adjointe à la mairie de Paris chargée notamment de la lutte contre le travail précaire et de l'économie de plateformes, à France 3 Paris Île-de-France.

L’élue précise avoir demandé aux plateformes de livraison de faire en sorte que l’annulation des commandes n’entraîne "ni pénalité financière ni déconnexion" pour les livreurs, sans réponse à ce stade. "L’irresponsabilité des plateformes qui ne se considèrent pas comme des employeurs et qui ne respectent pas le droit du travail met en danger les travailleurs. Si les livreurs étaient salariés, ils pourraient exercer leur droit de retrait", déplore-t-elle.

Barbara Gomes se dit aussi "très remontée contre le gouvernement" actuel et les précédents, qui "ont permis l’implantation de ces machines à précarité" basées sur l'autoentrepreneuriat. Alors que "deux tiers des livreurs sont en situation irrégulière", l’élue a demandé "la garantie qu’ils ne risquent pas une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) s’ils contactent la police pour les alerter d’une menace". Là encore, sans "mesure concrète" à ce stade.

Dans une publication Instagram, l'élue condamne ces "appels à la haine raciste et à la violence" qui "visent actuellement des livreurs, notamment, en raison de leur origine". Elle pointe du doigt de "graves" menaces.

"Numéros d'urgence", "lieux où trouver de l'aide"... Barbara Gomes liste plusieurs conseils et informations à destination des livreurs, appelant à la "vigilance". Elle précise avoir "saisi la procureure de la République de Paris, signalé ces contenus à Pharos et interpellé les plateformes pour qu'elles agissent".

Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a réagi sur X. "Dernièrement, une recrudescence de messages particulièrement menaçants et à caractère raciste (circule) sur les réseaux sociaux envers des livreurs à vélo. Je condamne très fermement ces contenus", écrit-il.

Dernièrement, une recrudescence de messages particulièrement menaçants et à caractère raciste circulent sur les réseaux sociaux envers des livreurs à vélo. Je condamne très fermement ces contenus.  Aucun travailleur de ce pays ne devrait craindre d’être menacé ou agressé dans l’exercice de son travail, en raison de son origine, sa nationalité, sa couleur de peau, ou sa religion.     J’appelle les plateformes numériques à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la sécurité des livreurs et aux propriétaires de réseaux sociaux à retirer ces contenus contraires à la loi et qui appellent à la haine.

— Jean-Pierre Farandou (@JPFarandou) October 31, 2026
 

"Aucun travailleur de ce pays ne devrait craindre d’être menacé ou agressé dans l’exercice de son travail, en raison de son origine, sa nationalité, sa couleur de peau, ou sa religion", ajoute le ministre, qui "appelle les plateformes numériques à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la sécurité des livreurs". Jean-Pierre Farandou demande aussi aux "propriétaires de réseaux sociaux" de "retirer ces contenus contraires à la loi et qui appellent à la haine".

Source: Franceinfo · Pierre De Baudouin

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