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Publié le 29/10/2026 05:45

Temps de lecture : 7min

Le candidat démocrate au Sénat Abdul el-Sayed lors d'un meeting à Detroit, dans le Michigan (Etats-Unis), le 24 octobre 2026. (BILL PUGLIANO / AFP)
Le candidat démocrate au Sénat Abdul el-Sayed lors d'un meeting à Detroit, dans le Michigan (Etats-Unis), le 24 octobre 2026. (BILL PUGLIANO / AFP)

Le progressiste devance son adversaire républicain d'une courte tête dans les sondages pour les élections dans le Michigan. En cas de victoire, il deviendra le premier musulman à siéger au Sénat fédéral.

"Quand on a fait autant d'élections que moi, on sait quand un scrutin a quelque chose de différent : il y a du changement dans l'air !" Sourire en coin, Barack Obama marque une pause pour profiter des hourras du public. L'ancien président démocrate est venu à Detroit, samedi 24 octobre, pour soutenir les candidats de son parti aux élections de mi-mandat dans le Michigan. Mais c'est surtout l'un d'eux qui attire la lumière : Abdul el-Sayed. En quelques mois, le prétendant au Sénat de 41 ans a réussi à la fois à se placer en tête des intentions de vote pour les midterms dans cet Etat clé, et à devenir la bête noire de Donald Trump.

Le natif de Rochester Hills, dans la banlieue de Detroit, a tout pour déplaire au président républicain. En cas de victoire, ce fils d'immigrés égyptiens deviendrait le premier musulman à siéger à la chambre haute du Congrès, après un échec pour devenir gouverneur du Michigan en 2018. Abdul el-Sayed ne cesse de critiquer le conflit en Iran et le soutien américain aux opérations militaires israéliennes, et s'en prend directement au locataire de la Maison Blanche. "Donald Trump est le pire symptôme de la maladie qui touche notre vie politique", a-t-il lancé samedi, en retroussant ses manches face à 4 000 sympathisants déjà conquis.

En août, l'épidémiologiste – qui n'a jamais exercé la médecine et est entré dans la fonction publique – a créé la surprise en remportant les primaires du Parti démocrate dans le Michigan. Il s'est imposé d'un petit point face à la représentante modérée Haley Stevens, à l'issue d'une campagne tendue et marquée notamment par le débat sur la guerre dans la bande de Gaza. Si la méthode el-Sayed fonctionne, c'est parce qu'il "parle des besoins des Américains", décrypte Clifford Young, directeur des sondages pour l'institut Ipsos aux Etats-Unis.

Comme d'autres candidats de sa formation, le démocrate concentre sa campagne sur "la crise du pouvoir d'achat, qui est la première préoccupation des électeurs du Michigan et du reste des Etats-Unis avant d'aller voter", pointe l'expert. Abdul el-Sayed martèle un "programme simple", alors que les prix de l'essence n'en finissent plus de grimper et que la campagne pour les midterms est la plus chère de l'histoire du pays, selon NBC. Il le fait scander à son public à chaque meeting : "Moins d'argent en politique. Plus d'argent dans vos poches. L'assurance-maladie publique pour tous."

"Il ne devrait pas être si difficile de faire le plein. Il ne devrait pas être si difficile de payer ses courses. Il ne devrait pas être si difficile de se soigner."

Abdul el-Sayed, candidat démocrate au Sénat

lors d'un meeting à Detroit (Michigan)

"C'est du populisme économique", résume Léa Chevrollier, chercheuse indépendante spécialiste des démocrates. A l'instar du nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, Abdul el-Sayed incarne "l'aile gauche du parti, qui défend des valeurs de justice sociale et a le vent en poupe" à l'approche des élections de mi-mandat, poursuit-elle.

Parmi le public du meeting, le message de l'ancien directeur de la santé de Detroit séduit. "J'y crois à 100% : tant de gens dans ce pays plongent dans la pauvreté à cause de dettes médicales", déplore Laura, qui soutient Abdul el-Sayed depuis 2018. Pour la quinquagénaire, venue en famille, le progressiste est "un candidat porteur d'espoir", dans une période de "profonde division" du pays.

Laura, une électrice démocrate, assiste au meeting d'Abdul el-Sayed et de Barack Obama, le 24 octobre 2026, à Detroit, au Michigan (Etats-Unis). (MARIE-VIOLETTE BERNARD / FRANCEINFO)
Laura, une électrice démocrate, assiste au meeting d'Abdul el-Sayed et de Barack Obama, le 24 octobre 2026, à Detroit, au Michigan (Etats-Unis). (MARIE-VIOLETTE BERNARD / FRANCEINFO)

"Espoir", c'était justement le mot écrit sur une célèbre affiche de campagne de Barack Obama, en 2008. Durant son premier mandat, le dirigeant avait rendu obligatoire l'assurance-santé pour tous les Américains. Abdul el-Sayed veut aller plus loin, en rendant universelle la couverture santé publique, quitte à être taxé de "socialiste". Une étiquette qu'il ne revendique pas, contrairement à la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, au sénateur Bernie Sanders ou à Zohran Mamdani, qui soutiennent tous les trois sa candidature.

"Aux Etats-Unis, 'socialisme' est encore un gros mot, mais le message d'el-Sayed résonne auprès des électeurs", analyse Clifford Young. "La plupart d'entre eux ne se demandent pas si les solutions à leurs problèmes sont de gauche, centristes ou de droite", abonde Hans Noel, professeur de sciences politiques à l'université Georgetown. "Ils veulent juste des solutions."

"On accuse Abdul d'être un radical. Mais qu'y a-t-il de radical à vouloir que tout le monde puisse se soigner ?"

Barack Obama, ancien président des Etats-Unis

lors d'un meeting à Detroit

Outre la place accordée à la santé dans leurs promesses de campagne, l'ex-président et le candidat aux sénatoriales partagent un autre point commun : un prénom à consonance arabophone, devenu le sujet d'attaques répétées du Parti républicain. "J'ai été le premier à en faire l'expérience", a relevé samedi l'ancien chef d'Etat, de son nom complet Barack Hussein Obama. Les insinuations "n'avaient pas marché pour moi, et elles ne marcheront pas non plus pour Abdul", a-t-il garanti.

Ce n'est pas ce qui empêche Donald Trump d'essayer. Dimanche, lors d'un meeting des républicains dans la petite ville de Port Huron, le milliardaire n'avait quasiment qu'un nom à la bouche : Abdul el-Sayed. A en croire le conservateur, le candidat au Sénat est un "jihadiste", qui entretient des liens avec le mouvement islamiste des Frères musulmans. Des accusations que le démocrate a plusieurs fois contestées, et qui ne sont étayées d'aucun élément probant, rappelle le Washington Post.

Donald Trump reproche par exemple au médecin d'avoir signé, en 2012, une tribune en soutien au président égyptien de l'époque, Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans. L'équipe de campagne du candidat a refusé de commenter cette lettre. Les Républicains n'ont en outre pas livré de preuves démontrant qu'Abdul el-Sayed a, comme ils l'affirment, "prêté allégeance" à l'organisation, dont la branche égyptienne a été classée comme terroriste par l'administration Trump.

Donald Trump regarde un clip critiquant Abdul el-Sayed lors d'un meeting des républicains à Port-Huron (Michigan, Etats-Unis), le 25 octobre 2026. (ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
Donald Trump regarde un clip critiquant Abdul el-Sayed lors d'un meeting des républicains à Port-Huron (Michigan, Etats-Unis), le 25 octobre 2026. (ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

La mère du candidat est également mentionnée, elle qui a travaillé au début des années 2000 pour une association par la suite désignée comme soutenant des groupes terroristes, relaie The New York Times. "Je n'en ai jamais parlé avec ma mère. Je n'ai pas été élevé par elle", a confié à NBC le progressiste, âgé de 3 ans lorsque ses parents se sont séparés. Les Républicains "ne veulent pas parler des problèmes auxquels font face les gens, (...) ils veulent parler de ma mère", a-t-il dénoncé dans un autre échange avec les médias, cité par The Washington Post. "Ma mère n'est pas en campagne. (...) C'est moi le candidat."

Le progressiste "représente un risque [de défaite] pour le Parti républicain, qui (...) tente de le marginaliser et de lui coller des étiquettes comme 'communiste' ou 'jihadiste' pour le discréditer", juge Léa Chevrollier. La formation de Donald Trump "essaie de présenter l'ensemble de la coalition démocrate comme pro-musulmane, ce qui pourrait mobiliser les électeurs conservateurs ou refroidir certains indécis dans d'autres Etats que le Michigan", confirme le politologue Hans Noel.

La stratégie peut parfois se retourner contre ses auteurs. Fin septembre, lors d'un meeting en zone rurale, un membre du public baptisé "Tommy" – en réalité militant républicain – a demandé à Abdul el-Sayed de désavouer les Frères musulmans. Celui-ci s'est exécuté, non sans donner une leçon sur la liberté de religion à son interlocuteur. La séquence, largement reprise sur les réseaux sociaux, a permis à Abdul el-Sayed de lancer une discussion sur l'islamophobie, affirme un journaliste de la chaîne d'information MS Now, qui a suivi le démocrate durant sa campagne. Mais aussi de gagner en notoriété au niveau national et de renforcer son image de candidat pugnace, à la repartie tranchante.

This is Tommy. Tommy had a question about my allegiances. Listen to the end to hear about his. https://t.co/p09eMtsh0x

— Dr. Abdul El-Sayed (@AbdulElSayed) October 18, 2026

Ses talents d'orateur avaient déjà attiré l'attention d'un autre président démocrate, Bill Clinton. En 2007, les deux hommes ont chacun prononcé un discours lors de la cérémonie de remise de diplômes de la promotion d'Abdul el-Sayed. "Il m'a alors dit : 'vous devriez réfléchir à une carrière d'élu'. J'ai ri", s'est remémoré le médecin, samedi à Detroit. "L'année suivante, pour la première fois, j'ai vu [un homme politique] qui me ressemblait, (...) avec un nom étrange : Barack Obama." Un déclic pour le jeune homme.

Barack Obama lors d'un meeting du Parti démocrate à Detroit (Michigan, Etats-Unis), le 24 septembre 2026. (MARIE-VIOLETTE BERNARD / FRANCEINFO)
Barack Obama lors d'un meeting du Parti démocrate à Detroit (Michigan, Etats-Unis), le 24 septembre 2026. (MARIE-VIOLETTE BERNARD / FRANCEINFO)

A moins d'une semaine du scrutin, impossible de savoir si Abdul el-Sayed réussira à transformer sa dynamique en succès, comme Barack Obama avant lui. Les sondages lui donnent une avance de trois points sur son adversaire conservateur Mike Rogers, soit dans la marge d'erreur, selon l'agrégateur de MS Now. Toutefois, une autre enquête d'opinion montre qu'environ 45% des électeurs du Michigan disent refuser de voter pour un musulman à la présidentielle, signe d'un préjugé qui peut affecter les chances du candidat au Sénat, selon The Washington Post.

Mais les midterms, perçues comme un "référendum pour ou contre le président en poste", sont "traditionnellement favorables à l'opposition", rappelle Clifford Young. Barack Obama, qui en a fait l'expérience lors de ses deux mandats, ne l'a pas oublié. "On est coincés [avec Donald Trump] pendant encore deux ans, mais nous ne sommes pas obligés d'être coincés avec un Congrès faible", a-t-il assuré samedi, alors que les démocrates espèrent récupérer la majorité dans les deux chambres. Ces élections de mi-mandat sont "la dernière chance, a minima, de freiner l'administration" Trump, a insisté l'ex-président, sueur au front. "Et ça commence par envoyer Abdul el-Sayed au Sénat."

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Source: Franceinfo · Marie-Violette Bernard

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