Article rédigé par Raphaël Godet - envoyé spécial en Israël

France Télévisions

Publié le 27/10/2026 05:45

Temps de lecture : 4min

Yaïr Golan, tête de liste des Démocrates, en meeting à Tel-Aviv (Israël), le 24 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)
Yaïr Golan, tête de liste des Démocrates, en meeting à Tel-Aviv (Israël), le 24 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)

Crédité d'environ huit à 10 sièges selon les derniers sondages, l'ancien numéro deux de l'armée israélienne espère transformer sa popularité grandissante en votes.

Le speaker n'a pas le temps de terminer son annonce. La foule, bruyante, massée place Yitzhak-Rabin à Tel-Aviv, s'en charge à sa place : "Yaïrrrrr Golaaaan !" Le candidat du parti de gauche Les Démocrates grimpe les quelques marches jusqu'à la scène, façon rock star, poing en l'air, visage déterminé. "Nous allons changer Israël", souffle au micro l'ancien numéro deux de l'armée, en introduction de son tout dernier meeting de campagne, samedi 24 octobre, trois jours avant les élections législatives de mardi 27 octobre qui s'annoncent cruciales.

Impossible de continuer son discours, les applaudissements s'intensifient même. Au 10e rang, David Berson zoome avec son téléphone pour immortaliser le moment. "C'est juste historique ce qu'on vit, commente cet Israélien de 69 ans, casquette à l'effigie de son chouchou sur la tête. Un dirigeant, c'est ça !" Basé à Vancouver, dans l'ouest du Canada, il ne regrette pas les vingt heures de vol qu'il vient d'avaler pour participer au scrutin (le vote des expatriés à l'étranger n'est pas permis à distance, même dans les ambassades).

Sur une table en plastique, des goodies en pagaille : tee-shirts, autocollants, drapeaux, sifflets... Un peu plus loin, des bus patientent. Ils ont été affrétés de tout le pays, notamment de Binyamina, un village du nord-ouest, à une heure de route de Tel-Aviv. Aux balcons de la rue Shlomo Ibn Gabirol, des habitants crient son nom ou brandissent sa photo.

Yaïr Golan, tête de liste des Démocrates, en meeting à Tel-Aviv (Israël), le 24 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)
Yaïr Golan, tête de liste des Démocrates, en meeting à Tel-Aviv (Israël), le 24 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)

Bien aidé par sa carrure d'ancien général, Yaïr Golan se fraye un chemin dans le paysage politique israélien, où la gauche peine à exister face à une droite de plus en plus radicale. Dans les derniers sondages publiés avant le scrutin, la liste Les Démocrates était créditée d'environ huit à 10 sièges. Un score qui pourrait s'avérer déterminant dans une future possible alliance avec les candidats centristes Gadi Eisenkot ou Naftali Bennett, pour parvenir à renverser Benyamin Nétanyahou et la coalition au pouvoir la plus à droite de l'histoire du pays.

Aron, qui a fêté ses 18 ans en janvier, votera pour la première fois mardi. Son bulletin ? "Pour Yaïr Golan". "Je l'ai découvert au moment du 7-Octobre, raconte le jeune ingénieur en informatique, cheveux longs et frisés tombant au milieu des épaules. Son histoire m'a plu. Le gars ne s'est pas défilé pour aller aider notre pays. Il a en quelque sorte pallier ce que les gouvernants actuels n'ont pas su prévenir et pas su faire. Pour moi, ça a été un déclic : c'est un héros national." Au matin de la pire attaque terroriste du pays, le haut gradé, à la retraite mais toujours réserviste de l'armée, ­avait ressorti son uniforme, récupéré une arme et pris seul la route en direction du festival Tribe of Nova, alors sous le feu des terroristes du Hamas.

Selon un sondage réalisé par le Israel Democracy Institute en septembre, 68% des juifs israéliens considéraient les événements du 7-Octobre comme un élément central de leur choix électoral. Alors, dans un pays traumatisé et obnubilé par la question sécuritaire, Yaïr Golan est "un espoir fou", salue Mikhaïl. "Il ne faut pas avoir peur d'être de gauche en Israël, il ne faut pas avoir peur de nos idées, montrons-nous", supplie ce partisan, cheveux ras, épaules carrées.

Sur son tee-shirt, au niveau de la poitrine, un pin's en forme de ruban jaune, symbole du soutien aux otages israéliens détenus à Gaza. "Même s'il n'y a plus d'otages, je le porte tous les jours, je le garde tant qu'il n'y aura pas de commission d'enquête indépendante sur le 7 octobre 2023. Ce que refuse Nétanyahou, mais ce que réclame Yaïr Golan."

Mikhaïl pose devant le mémorial consacré à Yitzhak Rabin à Tel-Aviv, le 24 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)
Mikhaïl pose devant le mémorial consacré à Yitzhak Rabin à Tel-Aviv, le 24 octobre 2026. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)

Pile de tracts sous le bras, Eveline a retenu que Yaïr Golan a promis "d'arrêter de faire la guerre à tout le monde". Voilà qui tombe bien : le 22 juin 2025, un missile iranien a pulvérisé sa maison et celles de ses voisins, à Ramat Aviv, un quartier du nord-est de Tel-Aviv. Sur la photo qu'elle nous montre, on distingue un squelette de béton désarticulé, calciné. "A cause de Bibi, ma vie est en suspens, lâche la sexagénaire, émue. Avec mon mari, on loge dans un appartement en attendant qu'une solution nous soit trouvée. Quand ? On ne sait pas."

Elizel Balyosef et son épouse Hedva, le 24 octobre 2026 lors du meeting de Yaïr Golan, tête de liste des Démocrates, à Tel-Aviv (Israël). (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)
Elizel Balyosef et son épouse Hedva, le 24 octobre 2026 lors du meeting de Yaïr Golan, tête de liste des Démocrates, à Tel-Aviv (Israël). (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)

Elizel Balyosef, 82 ans, balance de gauche à droite un drapeau israélien d'une taille impressionnante. "Ce qui me plaît chez lui, c'est qu'il ne ment pas", pense le consultant à la retraite. Hedva, son épouse âgée de 75 ans, débarque dans la conversation : "Oui, et surtout lui dit ouvertement qu'il faut vivre avec les Palestiniens, et c'est ce que nous voulons, c'est ce à quoi nous croyons, exhale-t-elle. Arrêtons de nous voiler la face, notre histoire avec eux doit être commune, pas séparée. Notre paix ne se fera que comme ça."

Il est 20 heures, les premières notes de la Hatikvah, l'hymne israélien, percent le ciel noir de Tel-Aviv. Signe que le meeting de Yaïr Golan approche de la fin. Sivan se penche vers ses deux enfants, un garçon et une fille âgés de 9 et 11 ans. "J'essaie de leur expliquer avec des mots simples ce qui se joue, confie l'avocate en poste à Tel-Aviv. Après les trois années absolument horribles qu'on vient tous de vivre, ils sont l'avenir. Il faut que le pays change, au moins pour eux. C'est surtout pour ça que je suis venue." L'autre jour, son dernier lui a dit qu'il avait un rêve : "Maman, je voudrais ne plus avoir besoin de descendre dans les abris pour nous protéger de la mort."

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Source: Franceinfo · Raphaël Godet

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