Les mesures proposées par l'exécutif n'ont pas convaincu les jeunes présents lundi devant l'établissement. "On arrêtera de se mobiliser quand le gouvernement arrêtera juste d'essayer de nous faire plaisir avec des mesures bidon", a martelé l'un des organisateurs du blocus.

France Télévisions

Publié le 02/11/2026 16:57

Temps de lecture : 3min

Plus d'une centaine de lycéens étaient mobilisés devant le lycée Le Corbusier, à Aubervillier (Seine-Saint-Denis), le 2 novembre 2026. (LUCIE RIVIERE / FRANCEINFO)
Plus d'une centaine de lycéens étaient mobilisés devant le lycée Le Corbusier, à Aubervillier (Seine-Saint-Denis), le 2 novembre 2026. (LUCIE RIVIERE / FRANCEINFO)

Pas de pancartes, pas de poubelles. En cette rentrée, lundi 2 novembre, la mobilisation se poursuit sobrement, devant le lycée Le Corbusier d'Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Une centaine d'élèves est réunie devant l'établissement en matinée. Une scène devenue une habitude : ici, les blocages se succèdent depuis le 29 septembre et la colère ne retombe pas.

Les réformes annoncées par le gouvernement le 26 octobre n'y ont rien fait. "C'est du baratin, estime un élève. Ils disent juste ça pour essayer de nous calmer mais on n'est pas des gamins, on comprend ce qu'il se passe". Comme lui, aucun élève interrogé ne voit dans ces annonces un espoir de sortie de crise. "On arrêtera de se mobiliser quand le gouvernement arrêtera juste d'essayer de nous faire plaisir avec des mesures bidon", lance Antoine, l'un des organisateurs du blocus et membre du syndicat des lycéens au sein de l'établissement. Le Corbusier est l'un des 41 lycées bloqués en France lundi matin (sur environ 3 700), selon le ministère de l'Education nationale.

Les élèves dénoncent le manque de professeurs, l'insalubrité de leur établissement et l'inégalité ressentie entre les lycées des banlieues et des grandes villes. Parmi les promesses de l'exécutif figure le déblocage de 4 milliards d'euros de prêts en quatre ans pour soutenir l'investissement des collectivités territoriales dans le bâti scolaire. "C'est moins de la moitié de ce que nous demandions, et ce ne sont même pas des fonds d'urgence. Il va encore falloir attendre que ces fonds soient débloqués", critique Antoine.

Le lycéen fait aussi part de ses réserves devant les changements annoncés pour Parcoursup à partir de 2027, avant un remplacement de la plateforme en 2028. "C'est bien beau, mais entre-temps il y aura eu l'élection présidentielle, et la mesure ne sera pas forcément appliquée", anticipe-t-il. "Ils vont juste changer le nom, changer l'interface et deux trois petites bricoles. On sait tous que ce sera exactement la même chose", affirme de son côté Ryan, en classe de seconde.

Malgré le blocus, le lycée reste ouvert lundi matin. Devant les grilles, un policier armé d'un LBD surveille les élèves. "C'est hallucinant", réagit Cibèle David. Cette professeure d'histoire-géographie dans un collège voisin a décidé d'intégrer un groupe d'adultes solidaires, une initiative du syndicat de parents d'élèves pour s'assurer de la sécurité des adolescents. "On est là pour veiller à ce que le blocage se passe bien, et qu'il n'y ait pas d'incident avec la police", assure-t-elle. Depuis le début du mouvement, les forces de l'ordre ont déjà fait usage de gaz lacrymogènes aux abords de l'établissement, et des élèves ont été interpellés.

Malgré la présence des forces de l'ordre, quelques élèves tentent de former une chaîne humaine pour empêcher l'accès au bâtiment. Bras dessus, bras dessous avec ses amis, Rahma ne veut laisser passer personne : "Notre objectif, c'est qu'il n'y ait pas cours pour qu'on nous entende, affirme-t-elle. Il ne faut pas arrêter, il faut persévérer. C'est maintenant que ça se joue."

Une poignée d'élèves, soucieux de se rendre en classe, ont toutefois réussi à franchir le "barrage". Ce n'est pas le cas d'Orlane, qui fait demi-tour en traînant des pieds. "On n'a pas voulu me laisser passer, au bout d'un moment j'en ai marre", soupire-t-elle, affirmant qu'elle n'a pas eu cours depuis cinq semaines. "J'étais d'accord pour les mobilisations avant les vacances. C'est vrai qu'il y a des causes qu'il faut soutenir. Maintenant c'est la rentrée, il s'agirait d'avancer", confie l'adolescente. Un choix loin de faire l'unanimité : "Ceux qui rentrent dans le lycée ne sont pas assez solidaires", regrette Medina. Selon elle, le retard s'accumule, mais pour la bonne cause.

Consciente du retard accumulé depuis le début du mouvement lycéen, l'équipe pédagogique doit se réunir mardi en commission afin de trouver des solutions pour ne pas pénaliser les élèves, selon des professeurs présents sur le blocus. Une quinzaine d'entre eux fait grève lundi par solidarité. Mégaphone à la main, une professeure prend la parole devant les jeunes : "Je suis très fière de tout ce que vous avez fait depuis fin septembre", lance-t-elle sous les applaudissements.

Lors d'une assemblée générale réunissant les élèves sur le perron de l'établissement, la poursuite du blocus est votée à main levée. "Demain, on va innover un peu : on va faire un blocus-barbecue", annonce Antoine, qui invite ses camarades à rapporter des victuailles. Les lycéens envisagent aussi de se mobiliser jeudi, lors de la journée de grève dans le monde du travail, à l'appel des organisations syndicales.

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Source: Franceinfo · Lucie Rivière

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