France Télévisions
Publié le 28/10/2026 05:44
Temps de lecture : 6min
Déclaré schizophrène, sans condamnation notable, l'homme arrêté après l'attaque à Trappes et La Verrière de vendredi a fait un mort et sept blessés. Il est décrit par son entourage comme renfermé et biberonné aux chaînes d'information en continu.
Cinq jours après l'attentat dans les Yvelines, le profil de Kévin T. se précise, bien que des points d'interrogation subsistent. Les premiers éléments de l'enquête, ainsi que des témoignages de proches, dessinent le portrait d'un homme socialement isolé, condamné pour des infractions mineures et ayant progressivement adhéré aux idées racistes. Cette haine de l'autre s'est tragiquement matérialisée à Trappes, vendredi 23 octobre, par la mort de Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans d'origine congolaise.
A bord de sa Clio, un pistolet-mitrailleur entre les mains, Kévin T. a également blessé sept personnes, dont quatre grièvement, parmi lesquelles une enfant de 11 ans, à Trappes et à La Verrière. Lors de la fouille de la voiture, les policiers ont mis la main sur "un pistolet-mitrailleur (...) calibre 9 mm, ainsi que plusieurs éléments d'armes et de munitions, en particulier des chargeurs et un pointeur laser, un couteau, une bombe lacrymogène, une paire de menottes, un brassard POLICE", a listé le procureur national antiterroriste, Olivier Christen. Kévin T. avait aussi piégé son appartement avec des bouteilles de gaz et des fils électriques connectés à un minuteur.
Une enquête a été ouverte pour "assassinat et tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste en raison de l'appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, ethnie ou religion". Lundi, Olivier Christen a expliqué lors d'une conférence de presse que "le profil de la majorité des victimes et certains propos" tenus par le mis en cause avaient conduit le Parquet national antiterroriste (Pnat) à retenir la circonstance aggravante du racisme.
Kévin T. "ne conteste pas la matérialité des faits", mais "le caractère raciste de ses crimes", a restitué Olivier Christen. Interrogé par Le Courrier de l'Atlas, Yassine Bouzrou, avocat de la famille de Pengo Bossio Wangi, insiste pour que "le mobile raciste et la qualification terroriste [restent] au cœur de l'enquête". Il "était mû par la haine, le racisme, et il a tué pour ça", a estimé lundi sur RMC/BFMTV le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez. Selon une source proche du dossier, le suspect a par ailleurs évoqué les violences du 17 octobre lors de son arrestation.
Les circonstances de son passage à l'acte doivent toutefois être affinées par les enquêteurs, au regard, notamment, de ses problèmes psychiatriques. Son parcours idéologique sera aussi passé au crible, d'autant qu'il ne semble pas avoir été linéaire.
La vie de Kévin T., 39 ans, s'est enracinée dans un périmètre restreint des Yvelines. Il est né à Saint-Cyr-l'Ecole, était domicilié à Plaisir, mais a aussi habité à Guyancourt. Dans cette ville située à 20 km au sud-ouest de Paris, l'homme sympathise avec des locataires de sa résidence, avec qui il cultive un potager, ont rapporté l'AFP et Mediapart. Selon le média d'investigation, de cet intérêt pour le jardinage vont naître des amitiés, qui dureront plusieurs années, et un groupe de discussion nommé le "gang du potager".
Interrogés par le média d'investigation, quatre de ses amis du "potager" ont dépeint un homme qui a basculé dans un discours raciste depuis un peu moins de dix ans, avec pour carburant les chaînes d'information en continu. La télévision en permanence allumée, il boit les paroles sur l'immigration de certains responsables politiques. Progressivement, tout devient, pour lui, "la faute des étrangers", a expliqué l'une de ses anciennes voisines de Guyancourt, d'origine algérienne. Certains membres du groupe tenteront de raisonner Kévin T., mais rien n'y fait, "l'analyse CNews lui convient bien", comme le résume un autre ami sondé par Mediapart.
Dans un communiqué publié lundi sur les réseaux sociaux, le Conseil représentatif des associations noires (Cran) a pointé du doigt les propos tenus par des responsables politiques les jours précédents, à l'instar d'Eric Zemmour qui, après les violences du 17 octobre, avait parlé d'une "horde de barbares maghrébins et africains" sur LCI. Devant l'Assemblée nationale mardi, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a dénoncé "des mots qui finissent par armer" et des "gens" qui "passent à l'acte".
Avec ses amis de Guyancourt, Kévin T. a, par le passé, participé à un événement public de l'Association France Palestine Solidarité (AFPS) en 2018, mais il n'était ni adhérent, ni donateur, a fait savoir cette organisation à l'AFP. Alors qu'un cliché de cet événement a circulé sur les réseaux sociaux ces derniers jours, l'AFPS confirme son authenticité. A cette époque, Olivier Pareja, militant associatif et figure politique locale écologiste, se rappelle également avoir "croisé" Kévin T. au sein de l'association Résistance à l'agression publicitaire, même si cela avait l'air d'être "pour rencontrer des gens". Il est ensuite devenu "infréquentable, pour ses idées d'extrême droite, raciste", précise à l'AFP Olivier Pareja.
Lors de la perquisition du domicile de Kévin T., les policiers ont découvert un exemplaire de Mein Kampf, le manifeste antisémite d'Adolf Hitler, mais aussi un Coran et une Bible, a appris France Télévisions de source proche du dossier.
L'engagement actif de Kévin T. auprès d'un parti n'est pas établi. "Aucun tract d'un parti politique n'a été retrouvé" dans le véhicule de Kévin T., a assuré le procureur antiterroriste. Lundi, Le Monde avait affirmé, en citant une source anonyme proche de l'enquête, que des prospectus du Rassemblement national avaient été découverts dans sa voiture. Le parti de Marine Le Pen a annoncé mardi des poursuites en diffamation contre le quotidien, l'accusant d'avoir propagé une information "mensongère" pour le "salir".
Kévin T. était célibataire et il vivait seul. "Ce type de profils sont ceux qui nous inquiètent le plus", "des individus un peu isolés, qui sont nourris d'idéologie raciste, qui s'abreuvent des discours ambiants et qui soudainement passent à l'action", "ce qui est le plus difficile à détecter", a relevé Laurent Nuñez.
Le trentenaire travaillait dans le secteur des hydrocarbures, selon les informations de France Télévisions. Une source proche du dossier le décrit comme une personne au "comportement violent", notamment dans la sphère professionnelle. Le suspect était inconnu des services de renseignement. Son casier judiciaire porte mention de "quatre condamnations de droit commun, toutes réhabilitées de plein droit, du fait de la loi au regard de leur ancienneté", et dont la dernière remonte à 2012, selon le procureur antiterroriste. Elles concernent notamment des délits routiers, a appris franceinfo d'une source proche du dossier, et la consommation de drogues. Après son interpellation à Trappes, les analyses sanguines de Kévin T. ont révélé la présence de cannabis et de cocaïne, d'après le Pnat.
Par le passé, il a été diagnostiqué schizophrène, et il suit un traitement, selon les informations de France Télévisions. Les expertises menées par la justice devront établir si cette maladie a pu altérer son comportement au moment de l'attentat. La garde à vue de Kévin T., qui avait été suspendue dimanche après un examen psychiatrique, a en tout cas repris lundi. Elle pourrait durer jusqu'à jeudi. "Un psychiatre a procédé à un nouvel examen de l'intéressé", lequel "ne présentait pas de symptômes de décompensation aiguë, ni de signe direct ou indirect en faveur d'une activité hallucinatoire ou délirante", ni "de signes cliniques d'une pathologie aliénante, décompensée, justifiant une hospitalisation sous contrainte", a expliqué Olivier Christen.
Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?
Sur le même thème
-
audio
"Si on arrête maintenant, on a perdu et ils ont gagné" : à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation, des étudiants plus déterminés que jamais
-
audio
Mobilisation du 24 octobre : à Paris, des habitants divisés sur la nécessité de poursuivre les manifestations mais des étudiants toujours déterminés
-
"La justice", pas "la vengeance" : au procès de l'assassinat de son grand frère sur fond de narcotrafic, un face-à-face attendu entre Amine Kessaci et les accusés
-
audio
Reportage
"Une page de notre histoire qui s'efface" : dans le Pas-de-Calais, la tristesse des habitants d'un quartier rasé à cause des inondations à répétition
-
audio
Témoignages
"C'est un beau symbole" : à Saint-Denis, dans le lycée catholique Jean-Baptiste de La Salle, la visite du pape rassemble au-delà des religions
Shorts
-
Les manifestations dégénèrent en émeutes à Bilbao
vidéo 1 minute 44 -
Donald Trump en roue libre à une semaine des élections
vidéo 2 minutes -
"Parcoursup est une réussite à l'échelle globale" : Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l'Éducation nationale
vidéo 1 minute 37 -
Le pouvoir d'achat au cœur des midterms
vidéo 1 minute 27 -
Enquête sur l'ultradroite dans les manifestations
vidéo 2 minutes 59 -
"Des miettes" : les mesures du gouvernement jugées insuffisantes par les lycéens
vidéo 2 minutes 20 -
Les actes racistes en hausse en France
vidéo 1 minute 29 -
Contre le racisme, l’important choix des mots
vidéo 1 minute 43 -
Des députés quittent l'Assemblée pendant la prise de parole de l'élu RN Sébastien Chenu
vidéo 1 minute 16 -
Cette influenceuse a été arrêtée pour ses contenus sur les manifestations d'octobre ?
vidéo 1 minute 36 -
Omar Sy, ambassadeur des Jeux olympiques de la Jeunesse à Dakar
vidéo 51 secondes -
Nuit de violences à Bilbao
vidéo 54 secondes -
Clémence Guetté sur les mesures annoncées par le gouvernement pour apaiser la colère lycéenne et étudiante
vidéo 1 minute 1 -
Attentat raciste à Trappes : une minute de silence observée à l'Assemblée
vidéo 1 minute 31 -
Marine Le Pen veut mettre au pas les contre-pouvoirs ?
vidéo 1 minute 37 -
"L'Afrique est pleinement rentrée dans le 21e siècle", se réjouit Tony Yoka, avant l'ouverture des Jeux olympiques de la Jeunesse à Dakar
vidéo 45 secondes -
Israël, premières législatives depuis le 7-Octobre
vidéo 2 minutes 14 -
Comment ces étudiants ont gagné les élections
vidéo 1 minute 17 -
"Parcoursup a été un progrès énorme" : Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l'Éducation nationale
vidéo 1 minute 49 -
L’avis des lycéens sur les annonces de Parcoursup
vidéo 38 secondes -
Le mouvement des étudiants gagne les législatives en Serbie
vidéo 1 minute 39 -
Un autocar chute dans un ravin en Espagne
vidéo 1 minute 17 -
Attentat à Trappes : des milliers de Français unis contre le racisme
vidéo 1 minute -
Élections législatives cruciales en Israël
vidéo 2 minutes 12 -
Trappes, les nouvelles images de l'attaque
vidéo 2 minutes 21 -
Lycées, les annonces du gouvernement
vidéo 2 minutes 5 -
« Il y a une obsession pour l'immigration en France et les immigrés demandent de leur foutre la paix » : Ali Rabeh, maire Génération.s de Trappes
vidéo 2 minutes 10 -
Trappes : le suspect Kévin T. "conteste le caractère raciste de ses crimes"
vidéo 1 minute 19 -
Législatives en Israël : ils viennent du monde entier pour voter
vidéo 1 minute 52 -
Les nouvelles recettes des pâtes à tartiner
vidéo 2 minutes 13
Source: Franceinfo · Lucie Beaugé
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira