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Tribune

Jean-Hervé Lorenzi

Economiste

Alain Villemeur

Economiste

Pour tirer profit de l’intelligence artificielle, les économistes Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur plaident, dans une tribune au « Monde », pour une « révolution fiscale » et la création d’un bonus-malus afin de réguler les coûts de création et de suppression d’emplois.

Publié aujourd’hui à 09h00 Temps de Lecture 4 min.

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L’intelligence artificielle (IA) suscite des débats majeurs sur l’emploi et la productivité, à tel point qu’on a parfois le sentiment que l’avenir du monde se résume à la place de l’IA dans l’économie. Il nous faut sortir de ces visions simplificatrices sans sous-estimer son rôle futur. Pour certains, l’IA serait massivement destructrice d’emplois. Pour d’autres, grâce à elle et aux gains prometteurs de productivité à venir, d’autres secteurs d’activité émergeraient, porteurs de nombreux emplois.

Depuis, ces premières visions ont été révisées et, désormais, la balance globale entre les destructions et les créations d’emplois est jugée incertaine. Retenons la position du prix Nobel d’économie 2024, Daron Acemoglu, qui, après en avoir eu une vision très positive, a tiré le signal d’alarme en s’inquiétant ouvertement du risque de supprimer un bon nombre d’emplois sans les compenser suffisamment.

Mais pour nous, rien n’est écrit et tout dépendra largement des politiques économiques menées. Tout d’abord, l’IA n’est pas l’économie entière, et la meilleure illustration vient des évolutions très récentes du marché de l’emploi aux Etats-Unis. L’IA y détruit des emplois dans le secteur des technologies de l’information. En revanche, l’économie crée davantage d’emplois dans les secteurs de l’industrie, de l’éducation, de la santé, voire davantage encore dans le secteur de la restauration.

Il existe donc une vie économique en dehors de l’IA. S’il est désormais certain que l’IA détruit d’abord et surtout des emplois dans l’industrie informatique et la finance, l’économie peut en revanche en créer dans d’autres secteurs, par exemple dans l’industrie de la défense. C’est aussi la leçon de toutes les précédentes révolutions industrielles qui, sur le long terme, ont toujours créé plus d’emplois qu’elles n’en ont détruits, mais ne l’oublions pas, sur le long terme.

Pour bien comprendre ces processus que nous avons tenté de modéliser, il faut revenir à la distinction entre les investissements de capacité, associés à des créations d’emplois, et ceux de rationalisation, associés à des destructions d’emplois. L’IA en est une parfaite illustration, tant avec les centres de données qui créent des emplois directement liés à leur exploitation qu’avec l’industrie des serveurs informatiques. Cependant, l’utilisation de l’IA dans l’industrie et les services permet de transformer les emplois en les rationalisant, par exemple en continuant d’automatiser des tâches ou en substituant des robots aux emplois de service.

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Source: Le Monde · Jean-Hervé Lorenzi, Alain Villemeur

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