Pour ces fous d’Halloween, le 31 octobre ne se fête pas forcément chez soi. Poser des congés, réserver un billet d’avion et même traverser l’Atlantique : pour certains voyageurs, cette fête est une institution.
En France, 56 % des moins de 35 ans déclarent célébrer Halloween au moins une année sur deux, selon une étude de l’institut Toluna-Harris Interactive réalisée en octobre 2025. Contre 27 % de l’ensemble de la population. Pour certains, cette fête est même devenue une raison de partir en vacances à l’étranger. Mélanie, 29 ans, et Damien, 31 ans, développeurs web indépendants ont traversé une partie de l’Ouest américain pour Halloween. Cet automne, les deux Français, installés en Angleterre, ont parcouru la Californie, le Nevada et l’Arizona. Parmi leurs étapes : Burbank, près de Los Angeles, où les habitants transforment leurs maisons en véritables décors de cinéma. «Pour nous, Halloween ne se résume pas au 31 octobre, c’est une saison à part entière», expliquent-ils au Figaro.
Le couple n’est pas le seul à choisir ses vacances en fonction de cette fête. Chez Selectour, les conseillers identifient des destinations susceptibles d’intéresser ces passionnés, de New York à Dublin, en passant par Édimbourg ou la Transylvanie. Difficile toutefois de mesurer l’ampleur du phénomène. Le réseau ne dispose d’aucune donnée consolidée permettant de distinguer les séjours motivés par Halloween des départs habituels de la Toussaint. Pour Isabelle Frochot, spécialiste du comportement touristique, seule une enquête auprès des visiteurs permettrait de déterminer la place réelle de cette fête dans le choix de leur destination.
En 2025, Tourism Ireland a ainsi ciblé douze marchés étrangers, dont la France, pour promouvoir les célébrations organisées sur l’île. Une campagne destinée à attirer des visiteurs à l’automne en valorisant les origines celtiques de la fête.
Des vacances pour vivre Halloween autrement
Aux États-Unis, ce sont notamment les décorations qui attirent Mélanie et Damien. À Burbank, ils ont découvert des installations inspirées du film Beetlejuice, des cimetières de citrouilles et des animations organisées directement devant les habitations. «C’était magique de découvrir toutes les décorations, en se demandant sur quelle surprise on allait tomber à la maison d’après», racontent-ils. Ces promenades dans les quartiers résidentiels sont gratuites et font désormais partie de leurs activités favorites.
Pourquoi parcourir autant de kilomètres pour une fête également célébrée en France ? Pour Laurent Sébastien Fournier, professeur d’anthropologie à l’Université Côte d’Azur, l’explication tient en partie à son installation dans la culture française depuis une trentaine d’années. Les générations qui ont grandi avec Halloween souhaitent aujourd’hui découvrir les célébrations dans des pays où elles occupent une place plus importante. «C’est un tourisme d’exploration», analyse-t-il au Figaro.
Cette recherche d’expériences particulières dépasse le seul cadre d’Halloween. Isabelle Frochot, observe un intérêt pour les courts séjours organisés autour d’événements, de festivals ou d’univers fantastiques. Le cinéma et les séries contribuent à entretenir cet imaginaire. «Halloween, c’est une échappatoire garantie, où on part dans un autre monde, de façon temporaire», explique-t-elle.
Mais l’expérience varie considérablement selon les destinations. En 1999, Édith Vandenberghe découvre Halloween à Castlebar, dans le comté de Mayo, en Irlande. Alors étudiante Erasmus, cette Française, aujourd’hui installée en Espagne et travaillant dans les voyages d’affaires, assiste à une célébration encore peu connue dans son pays. Les enfants passent de maison en maison, les commerçants décorent leurs vitrines et ses amis improvisent des costumes de fantômes avec de simples draps blancs.
«Halloween n’était pas simplement une occasion de se déguiser, mais une fête qui rapprochait les habitants et permettait aussi aux nouveaux arrivants de se sentir accueillis», se souvient-elle auprès du Figaro. Une dimension importante pour Laurent Sébastien Fournier : «les fêtes populaires offrent aux visiteurs des occasions d’échanger avec les habitants, au-delà des rencontres habituelles d’un séjour touristique».
Quelques années plus tard, Édith découvre un tout autre visage d’Halloween lors d’un voyage en Floride. À Key West, le Fantasy Fest ressemble davantage à un carnaval pour adultes, entre défilés et costumes extravagants. «On était bien loin des fantômes improvisés de mon premier Halloween en Irlande !», raconte-t-elle.
À New York, c’est la liberté de se déguiser dans l’espace public qui a marqué Geneviève Blais. En 2011, cette Québécoise, cheffe accessoiriste dans le cinéma et la télévision, s’y rend avec cinq amies pour célébrer ses 40 ans. Vêtue d’une robe noire des années 1950 et d’une imposante crinoline, elle arpente la ville sans attirer les regards. «Je me promenais dans le métro, dans les rues et j’allais même au restaurant avec ma grosse crinoline, sans que personne ne me regarde de travers !», s’amuse-t-elle. À Hawaï, elle a aussi découvert des surfeurs déguisés prenant les vagues sur la plage de Waikiki.
Pour Isabelle Frochot, le fait de prendre part aux festivités permet aussi de garder un souvenir plus marquant de son séjour. «Quand on participe activement, on entre plus rapidement en immersion avec le lieu visité», souligne-t-elle. Halloween devient alors une manière de découvrir une destination, et pas seulement un événement auquel assister.
Un argument touristique, mais à quel prix ?
L’Irlande mise sur son héritage celtique, tandis que plusieurs villes américaines attirent les visiteurs avec leurs défilés, leurs attractions hantées ou leurs quartiers décorés. Pour les professionnels, l’intérêt est aussi de développer la fréquentation en automne, après la haute saison estivale. Isabelle Frochot rappelle que les événements font partie des stratégies de marketing touristique, à condition de correspondre à l’identité du territoire. Leur visibilité sur les réseaux sociaux peut également permettre de toucher de nouveaux publics.
Reste le risque de dénaturer les traditions. Laurent Sébastien Fournier distingue les festivités destinées aux visiteurs de celles qui continuent à se dérouler entre habitants. Il met en garde contre des célébrations «trop commerciales» et «trop standardisées», qui pourraient perdre leur intérêt aux yeux des voyageurs recherchant une expérience différente de celle proposée chez eux. Côté budget, un séjour spécialement organisé pour Halloween peut représenter une dépense importante. Selon l’agence Selectour, il faut compter entre 500 et 1000 € par personne pour trois à quatre jours à Dublin ou à Londres. Pour quatre à cinq jours à New York, les prix indicatifs atteignent 1500 à 2500 €, selon les vols, les hébergements et les dates. Des tarifs sur lesquels peuvent peser les vacances scolaires de la Toussaint, souligne le réseau, sans qu’il soit possible de mesurer un éventuel surcoût propre à Halloween.
Sur place, toutes les activités ne sont toutefois pas payantes. Mélanie et Damien privilégient les promenades dans les quartiers décorés, mais visitent aussi des champs de citrouilles, autour de 5 €, ou des parcours lumineux, généralement facturés entre 15 et 30 € par personne.
Mais au-delà du budget, encore faut-il pouvoir partir à la bonne période. Depuis deux ans, Geneviève rêve de célébrer Halloween à Salem, dans le Massachusetts, célèbre pour ses procès de sorcières de 1692. Son itinéraire est prêt, mais ses obligations professionnelles l’empêchent toujours de concrétiser ce projet. Cette année, elle travaillera le 31 octobre. Elle a donc prévu une autre escapade, quelques semaines plus tard, en Transylvanie, sur les traces de Dracula.
Source: Le Figaro · Jhana Monlouis-Félicité
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