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Pour Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, « c’est une honte » que le parcours parisien n’ait pas fait l’objet de « négociation sérieuse » avec la Préfecture de police.
La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a dénoncé, mercredi 4 novembre au cours d’une conférence de presse à Paris, « des difficultés d’organisation des cortèges » prévus jeudi 5, journée de grèves et de manifestations pour les salaires, jugeant « pas acceptable » d’interdire les cortèges dans les centres-villes et dénonçant l’absence de réponse à ce stade de la Préfecture de police de Paris sur le parcours déclaré.
« La Préfecture de Paris nous a fait deux fois le coup d’annuler la veille au soir un parcours qui avait été validé et convenu par toutes les parties, donc ça, ce ne sont pas des pratiques de nature à poser un cadre serein pour les bonnes conditions de sécurité », a-t-elle déploré. Les 24 et 31 octobre, les manifestations contre la vie chère avaient dû se tenir sur les boulevards des Maréchaux, qui ceinturent Paris.
« Cette journée du 5, ça fait un mois qu’on l’a annoncée. A Paris, ça fait plus de quinze jours qu’on a fait une demande de parcours Bastille-Concorde. Là, depuis quinze jours, il n’y a aucune négociation avec la Préfecture de Paris, aucune négociation sérieuse. Juste, on dit “pas de centre-ville”. C’est une honte, ça n’est pas sérieux de travailler comme ça », a également fustigé, le même jour, sur RMC la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. « On a recensé 20 départements où la situation est la même » a-t-elle expliqué, évoquant entre autres Rennes, Toulouse, Lyon, Le Mans, Annecy, Saint-Brieuc, déplorant « un moment extrêmement grave avec une dérive autoritaire très dangereuse du gouvernement ».
Mardi, l’intersyndicale d’Ile-de-France a attaqué en référé la Préfecture de police pour obtenir la publication dans un délai raisonnable, puis la suspension d’un potentiel arrêté d’interdiction de manifester jeudi à Paris entre les places de la Bastille et de la Concorde. Une audience devant le tribunal administratif est prévue mercredi.
A Toulouse, les huit syndicats ayant appelé à manifester ont annoncé mercredi maintenir l’itinéraire dans le centre-ville, contre l’avis de la préfecture, qui a pris un arrêté interdisant le tracé.
Interrogée sur le sujet en compte rendu du conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a assuré que « les manifestations peuvent se tenir dans toutes les villes de France » et que « le rôle de l’Etat, c’est de permettre à chaque Française et Français de pouvoir manifester, c’est ce que nous faisons ». « Tout est mis en œuvre pour que ça se passe dans les meilleures conditions », a-t-elle encore assuré, affirmant que le dispositif policier était réévalué à chaque manifestation pour assurer un « cadre apaisé, pacifique ».
« Des pratiques déloyales »
Magistrats, avocats, syndicats et organisations non gouvernementales ont dénoncé mercredi une « bascule autoritaire » du pouvoir dévoyant, selon eux, l’Etat de droit pour museler « toute voix discordante » depuis le début du mouvement de contestation sociale.
L’Etat déploie tout un « arsenal administratif » pour empêcher au maximum la population de manifester dans la rue, ont déploré lors d’une conférence de presse à Paris de nombreuses organisations, dont le Syndicat de la magistrature, de gauche, le Syndicat des avocats de France ou encore la Ligue des droits de l’homme.
« Non seulement le gouvernement s’affranchit des règles légales, mais il a des pratiques déloyales, puisque les préfets, après avoir négocié le parcours des manifestations avec les syndicats, changent d’avis et prennent un arrêté d’interdiction au dernier moment, sans réel motif et en grande impréparation, en ne permettant généralement pas l’exercice d’un recours », dénoncent notamment ces organisations.
Les défenseurs des libertés s’inquiètent également de la volonté du pouvoir de « dévoyer la législation antiterroriste pour permettre des interdictions de manifestation de façon déguisée », en ayant recours à des Micas, des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, permettant notamment d’assigner des personnes à résidence. « Théoriquement, on est dans un Etat de droit. Sauf qu’on a des pratiques qui sont de pire en pire, qui font que nous sortons actuellement de cet Etat de droit », observe Stéphane Maugendre, président du Syndicat des avocats de France (SAF).
Par la multiplication des interdictions de parcours des manifestations, la surveillance par drones des lycées, d’où est parti le mouvement de contestation, les placements massifs en garde à vue (plus de 12 850 depuis le début de septembre, selon un décompte de l’Agence France-Presse réalisé mardi à partir des chiffres du ministère de la justice), les interdictions de pancartes sur des rassemblements, « le gouvernement est en train de montrer à l’extrême droite ce qu’elle va pouvoir faire demain, et c’est extrêmement inquiétant », met aussi en garde le patron du SAF.
Les organisations annoncent avoir saisi le Conseil d’Etat d’un recours pour qu’il prévoie des permanences permettant de faire appel des décisions administratives prises au dernier moment par les autorités, notamment concernant les changements de parcours des manifestations.
Le Monde avec AFP
Source: Le Monde · Le Monde avec AFP
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