Depuis 2023, le skippeur marseillais a levé des montagnes pour être au départ de Route du Rhum, dimanche, grâce à un projet qui mêle l'art et le sport.

France Télévisions - Rédaction Sport

Publié le 31/10/2026 06:30

Temps de lecture : 5min

Nicolas Rouger, skippeur de l'Imoca Demain c'est loin, sera au départ de la Route du Rhum, le 1er novembre 2026 à Saint-Malo. (Demain c'est loin)
Nicolas Rouger, skippeur de l'Imoca Demain c'est loin, sera au départ de la Route du Rhum, le 1er novembre 2026 à Saint-Malo. (Demain c'est loin)

"Je sors de trois ans d'enfer." Nicolas Rouger, skippeur de l'Imoca Demain c'est loin, revient justement de loin, de très loin. Le marin marseillais de 47 ans, qui prendra pour la deuxième fois le départ de la Route du Rhum, à Saint-Malo dimanche 1er novembre, a bien cru ne jamais être sur la ligne de cette transatlantique mythique. Et pour cause : après une 33e place lors de l'édition 2022, et avec l'objectif du Vendée Globe 2024, Nicolas Rouger est stoppé net dans ses projets en 2023.

Le 5 août 2023, son bateau est sorti de l'eau aux Corbières, un port privé de Marseille, pour une opération de carénage. Mais un coup de Mistral l'emporte. La coque est fendue et des centaines de milliers d'euros sont nécessaires pour colmater les dégâts, une somme qu'il n'a pas. L'horizon se noircit : une bataille judiciaire s'ouvre avec les responsables du port et les discussions avec les assurances amènent à une prise en charge financière partielle, alors que les dettes s'entassent.

Pour autant, Nicolas Rouger n'a jamais baissé les bras, bien qu'il doive se réinventer. À défaut de naviguer, il s'est lancé le défi de gravir les sept sommets les plus hauts de chaque continent. Il en a déjà coché trois, dont l'Aconcagua en Argentine à 6 962 mètres d'altitude. "Le plus dur est derrière moi, assure-t-il. Je ne suis pas responsable de ce qu'il s'est passé. Je me serais endormi à la barre de mon bateau, j'aurais assumé, mais là, je refuse."

"L'important est de regarder devant et là où j'en suis aujourd'hui. Quand on subit des grands malheurs, il arrive souvent des belles choses après."

Nicolas Rouger, skippeur de l'Imoca Demain c'est loin

à franceinfo: sport

Magie de l'altitude, le vent a fini par tourner. L'été dernier, le skippeur reçoit une invitation de la part des organisateurs pour prendre le départ de la Route du Rhum. "Cela a tout changé. Des partenaires m'ont appelé pour m'accompagner. Eux aussi avaient tout perdu à 40 ans avant de se reconstruire. Mon histoire leur a parlé", raconte Nicolas Rouger. Alors tout s'est accéléré, les partenaires prêts à s'engager, l'espoir qui renaît, et la préparation de son nouveau bateau... qui ne sera terminé que fin septembre, soit un mois seulement avant le départ.

Qu'importe, Nicolas Rouger n'a pas hésité une seconde à se lancer dans l'aventure. "Il faut savoir saisir sa chance et la chance sourit aux audacieux", aime-t-il répéter. Loin de viser une place au classement avec son Imoca à dérive, Nicolas Rouger veut simplement "naviguer en bon marin et arriver à Pointe-à-Pitre" en Guadeloupe.

Grâce à cette opportunité, Nicolas Rouger a pu relancer son projet sportif, comme il l'avait construit dès 2021, soutenu par le monde l'art. Des artistes se sont en effet investis, à l'époque pour son projet Route du Rhum 2022 - Vendée Globe 2024, comme IAM, légendaire groupe de rap marseillais, qui a accepté de donner le titre de l'un de ses tubes Demain c'est loin à son bateau.

L'artiste peintre Hervé Di Rosa a lui réalisé une œuvre d'art sur sa grand-voile. "Tout s'est fait très vite. Je suis allé voir Hervé [Di Rosa] pour lui proposer cette idée un peu folle de peindre ma grand-voile pour qu'elle devienne une immense œuvre d'art, et qu'elle soit ensuite découpée et vendue. Chaque partie est signée par l'artiste et devient une véritable œuvre d'art d'un artiste reconnu", retrace le skippeur.

Akhenaton, membre emblématique du groupe IAM, aux côtés du skippeur Nicolas Rouger. (Demain c'est loin)
Akhenaton, membre emblématique du groupe IAM, aux côtés du skippeur Nicolas Rouger. (Demain c'est loin)

La ville de Marseille a ensuite associé son nom et son image à son projet, et il a signé un partenariat avec l'Académie d'Aix-Marseille, qui permettra à 650 000 élèves de suivre sa traversée. Malgré la mise en pause forcée de son projet sportif, Nicolas Rouger a toujours défendu l'accessibilité de la culture au plus grand nombre et porté des valeurs d'inclusion et de diversité. "À travers cette proposition, je voulais que la culture et l'art financent ce genre de grandes aventures", défend-il.

"Les plus belles armes de demain sont la culture. Sans la culture et l'éducation, il ne se passe pas grand-chose. Et cette voile peut interpeller un jeune public, ou moins jeune, et donner un accès à la culture."

Nicolas Rouger, skippeur de l'Imoca Demain c'est loin

à franceinfo: sport

"Dès le départ, j'ai trouvé cette idée formidable, que ce soit une œuvre d'art qui finance ces bateaux qui traversent l'océan. Ce projet est une sorte de crowdfunding artistique, se réjouit Hervé Di Rosa, qui a notamment réalisé l'affiche de Roland-Garros 2012. Et j'aime bien les premières fois, même si souvent les premières fois ne réussissent pas toujours. Mais Nicolas a toujours été déterminé, même après les nombreux problèmes qu'il a dû surmonter."

"À un moment, j'ai pensé que le projet était cuit, avoue encore Hervé Di Rosa, qui a caché à l'époque son pessimisme à Nicolas Rouger. Beaucoup de personnes avaient déjà acheté une partie des peintures pour financer le bateau, qui était donc cassé et irréparable, sans les assurances. Mais il n'a jamais perdu confiance en lui et en son projet."

En 2022, Hervé Di Rosa a ainsi peint sur une grand-voile de 29 mètres de haut sur 8 mètres de large, pour une surface totale de 180 m². Sur celle-ci, on y reconnaît les personnages signatures du peintre, des petits cyclopes, appelés les Renés. "C'était un gros pari pour moi aussi. Nous avions peu de temps et ces œuvres, signées de mon nom, allaient se retrouver sur le marché, se souvient Hervé Di Rosa. Il fallait réaliser une œuvre qui puisse vivre en un seul bout et aussi en étant découpée en 180 morceaux de 1 m² chacun, et que chaque morceau ait un personnage."

L'œuvre originale est entreposée au musée Paul Valéry, à Sète (Occitanie), et ne sera découpée et donnée à ses nouveaux propriétaires - partenaires, entreprises et collectionneurs - qu'après le Vendée Globe 2028. Nicolas Rouger navigue, lui, avec un flocage de la toile sur sa voile. Traverser l'Atlantique avec l'œuvre originale comportait trop de contraintes et de risques, à commencer par son endommagement en pleine mer. "Il a fallu des dizaines de kilos de peinture pour réaliser cette œuvre, ce qui la rend très lourde et trop peu maniable pour la navigation", pointe l'artiste, qui a eu besoin de "deux, trois mois" pour la réaliser.

L'ensemble des œuvres, vendues chacune 20 000 euros le mètre carré, a déjà trouvé preneur. "Ce prix unique permet aux acheteurs de s'offrir une œuvre d'Hervé Di Rosa, d'avoir leur nom sur la coque du bateau et de participer à l'aventure pour un petit budget, ce qui est rare sur un projet Route du Rhum", souligne Nicolas Rouger.

Malgré un chemin semé d'embûches, le marin marseillais a depuis cet été retrouvé le bon cap à Saint-Malo, avant de voir plus loin. "Mon envie, c'est de faire le Vendée Globe en 2028, se projette-t-il. Je souhaite raconter une belle histoire, dire que dans la vie peu importe d'où l'on vient et de qui l'on est, lorsque l'on a l'envie de faire quelque chose, on y arrive toujours. Il faut toujours s'écouter." Et ne jamais abandonner.

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Source: Franceinfo · Apolline Merle

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