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L’artiste collecte et numérise des dizaines de milliers de photos de familles du XXᵉ siècle. Des images qu’elle stocke et expose à La Conserverie, association qu’elle a créée. Ce fonds iconographique quitte Metz et rouvrira ses portes au public à Nancy, début 2027.

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Son intérêt pour les photos des autres a commencé au bord d’une poubelle, au milieu des années 1990, à Marseille. Un beau jour, Anne Delrez, 55 ans, à l’époque jeune photographe, récupère deux albums qui s’apprêtent à partir dans le flot des ordures. Les clichés sont ceux d’un garçon, immortalisé dans le tourbillon de la vie d’une famille française des années 1930. « Cet enfant était attendrissant, mais c’est le regard porté sur lui qui m’a ravie », se remémore l’artiste.

Anne Delrez lors de l’exposition « Présents », aux Galeries Poirel, à Nancy, le 16 octobre 2026.

Depuis, c’est le photographe autant que le sujet photographié qui l’intéresse. La jeune femme commet cependant « une bêtise inaugurale », en détachant les clichés pour les accrocher chez elle. Elle regrette de s’être ainsi « approprié les images à leur détriment », en brouillant l’intention de celui ou celle qui les a assemblées. En revanche, elle n’éprouve alors nul besoin de retrouver les propriétaires des photos glanées : elle aurait peur, dit-elle, « de ne pas aimer les gens ».

Quelques années plus tard, le goût des autres vire à l’obsession, alors qu’elle hérite de drôles d’archives à la mort d’un grand-oncle. « Pendant les vacances, avec sa femme, ils se photographiaient l’un l’autre dans les mêmes poses et les mêmes décors. Les 120 images se répondaient ainsi deux à deux, presque identiques », raconte-t-elle, encore amusée de cet « ego trip ». Elle en fait un livre, Charles et Gabrielle (éditions Le port a jauni, 2003), et les expose dans des galeries à Marseille en 2004, et Toulouse en 2005. Anne Delrez explique l’engouement suscité par le fait que, des années 1930 aux réseaux sociaux, « nous cherchons tous, dans les photos que nous prenons, cet exhausteur de goût qui permet de se montrer au mieux… »

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Source: Le Monde · Romain Moor

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