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L’artiste collecte et numérise des dizaines de milliers de photos de familles du XXᵉ siècle. Des images qu’elle stocke et expose à La Conserverie, association qu’elle a créée. Ce fonds iconographique quitte Metz et rouvrira ses portes au public à Nancy, début 2027.
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Son intérêt pour les photos des autres a commencé au bord d’une poubelle, au milieu des années 1990, à Marseille. Un beau jour, Anne Delrez, 55 ans, à l’époque jeune photographe, récupère deux albums qui s’apprêtent à partir dans le flot des ordures. Les clichés sont ceux d’un garçon, immortalisé dans le tourbillon de la vie d’une famille française des années 1930. « Cet enfant était attendrissant, mais c’est le regard porté sur lui qui m’a ravie », se remémore l’artiste.
Depuis, c’est le photographe autant que le sujet photographié qui l’intéresse. La jeune femme commet cependant « une bêtise inaugurale », en détachant les clichés pour les accrocher chez elle. Elle regrette de s’être ainsi « approprié les images à leur détriment », en brouillant l’intention de celui ou celle qui les a assemblées. En revanche, elle n’éprouve alors nul besoin de retrouver les propriétaires des photos glanées : elle aurait peur, dit-elle, « de ne pas aimer les gens ».
Quelques années plus tard, le goût des autres vire à l’obsession, alors qu’elle hérite de drôles d’archives à la mort d’un grand-oncle. « Pendant les vacances, avec sa femme, ils se photographiaient l’un l’autre dans les mêmes poses et les mêmes décors. Les 120 images se répondaient ainsi deux à deux, presque identiques », raconte-t-elle, encore amusée de cet « ego trip ». Elle en fait un livre, Charles et Gabrielle (éditions Le port a jauni, 2003), et les expose dans des galeries à Marseille en 2004, et Toulouse en 2005. Anne Delrez explique l’engouement suscité par le fait que, des années 1930 aux réseaux sociaux, « nous cherchons tous, dans les photos que nous prenons, cet exhausteur de goût qui permet de se montrer au mieux… »
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Source: Le Monde · Romain Moor
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