La chasse au cochon sauvage a atteint un record lors de la saison 2025-2026 et ne menace en rien un animal qui profite du réchauffement climatique et des immenses forêts françaises.

« Vous aimez bien le sanglier, vous les Gaulois », lâche un personnage dans une aventure d'Astérix et Obélix. En réalité, même en 52 avant Jésus-Christ, les Gaulois consommaient déjà du porc, issu de la domestication du sanglier. Les années, et même les siècles, ont passé, et lors de la saison de chasse 2025-2026, selon le chiffre colossal publié cette semaine par l'Office français de la biodiversité, plus d'un million de sangliers ont été tués à travers toute la France. Un record, en hausse de 15 % par rapport à l'année d'avant. Avec un million de morts, ce n'est même plus de l'amour, c'est de la rage.

Forêts et nourritures abondantes

La chasse au sanglier se porte bien, parce que le sanglier se porte bien. « On n'a jamais eu autant de forêts depuis le Moyen Âge en France, et donc beaucoup de forêts, cela veut dire beaucoup de nourriture et beaucoup de zones tranquilles, explique Raphaël Mathevet, chercheur au CNRS, et auteur, avec Roméo Bondon, de Sangliers, géographie d'un animal politique (éditions Actes Sud). Ensuite, on a le changement climatique qui vient favoriser la fructification forestière, beaucoup de fanes, beaucoup de glands dans les bois, et ça c'est extrêmement calorique et donc ça procure énormément de nourriture aux animaux. »

Bien manger, pour le sanglier, cela veut dire aussi bien… s'aimer et bien se reproduire. « C'est naturellement une espèce extrêmement prolifique qui peut faire cinq ou six jeunes par an, poursuit Raphaël Mathevet. Et là, avec l'abondance de nourriture, les jeunes laies peuvent se reproduire de plus en plus tôt. »

Croisements avec des porcs domestiques

Le sanglier fait aussi parfois des rencontres avec son cousin le porc. Le cochon sauvage n'est pas toujours très sauvage, et on le voit dans ses gènes. « Pendant la période où les chasseurs ont favorisé le développement des populations de sangliers, dans les années 1970, on est monté à près de 9 000 élevages de sangliers. Il y a pu y avoir des échappées de sangliers qui ont pu aller se reproduire avec des truies… Après, il y a pu y avoir des apprentis sorciers qui localement ont favorisé la reproduction avec des porcs domestiques. »

Le sanglier, au fond, n'a qu'un prédateur, l'humain. Et de temps en temps les loups, qui sont revenus en France. Et quand il y a des loups, les sangliers se font plus rares, « mais ce n'est pas forcément qu'ils ont tous été prédatés, c'est que les sangliers sont plus malins. Et donc du coup ils se sont dit : “Bon, on ne reste pas dans le quartier parce qu'il y a des loups d'installés, on va aller voir ailleurs” », sourit Raphaël Mathevet. Ailleurs, c'est dans un champ de maïs, ou un jardin maraîcher. Les sangliers, ces ongulés, font d'énormes dégâts dans les cultures. Montant estimé : 100 millions d'euros par an. Ce sont les chasseurs qui paient la facture. 

«Le sanglier est-il nuisible?»

Dans certains départements français, il est classé, comme le renard ou la corneille, « espèce susceptible d'occasionner des dégâts » (ESOD), et les autorités organisent des battues administratives pour réguler la population. Mais le sanglier rend aussi des services écologiques. Son odorat puissant détecte de la nourriture plusieurs centimètres sous terre. Son groin entre alors en action, le boutoir, formé d'un os, qui retourne la terre, aère le sol et favorise la germination. Le sanglier est un laboureur, un peu trop zélé, qui sème le trouble et qui sème des graines.

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Source: RFI · Florent Guignard

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