Cette mesure doit permettre de financer l'adaptation au changement climatique des infrastructures publiques, dont les lycées, selon le gouvernement. Elle laisse toutefois les banques sceptiques, sur fond de désamour des épargnants pour ce produit.

France Télévisions

Publié le 04/11/2026 15:53

Temps de lecture : 3min

Le plafond du livret A va être réhaussé en février 2027, selon le gouvernement. (DENIS CHARLET / AFP)
Le plafond du livret A va être réhaussé en février 2027, selon le gouvernement. (DENIS CHARLET / AFP)

Le placement le plus connu des Français se muscle. Le gouvernement a annoncé, mardi 3 novembre, un relèvement du plafond du livret A "entre 25 000 et 30 000 euros", contre 22 950 euros actuellement, en février 2027. Le taux de rémunération de ce produit d'épargne sera également "amené à augmenter", a promis Sébastien Lecornu, lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée. Mais à qui va réellement profiter ce changement ? Eléments de réponse.

Pas à la plupart des ménages, qui sont loin du plafond et privilégient l'assurance-vie

En relevant son plafond et en augmentant son rendement, le gouvernement tente de redonner de l'attractivité au livret A et d'enrayer le désamour des épargnants pour ce placement. Il faut dire que depuis 2025, les Français s'en sont massivement détournés en raison d'un taux de rémunération passé de 3% en 2024 à 1,5% début 2026.

Le pari est loin d'être gagné. Les Français ont retiré 1,52 milliard d'euros de plus qu'ils n'en ont déposé sur leurs livrets A en septembre. Cette tendance a été à peine freinée par la hausse de son rendement à 1,7% en juillet. Tout dépendra donc du nouveau taux qui sera annoncé en début d'année. Mais la concurrence va être rude. Les épargnants privilégient désormais d'autres placements, comme l'assurance-vie, qui a enregistré une nette accélération de la collecte en 2025, avec environ 50 milliards d'euros d'épargne supplémentaire, soit près du double de l'année précédente.

Par ailleurs, le relèvement du plafond du livret A ne devrait pas profiter aux ménages les plus précaires. "C'est à la fois un livret très populaire, mais la grande majorité de ces livrets sont très loin du plafond", explique Pierre Madec, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), auprès de franceinfo. Or, cette mesure "va réorienter uniquement l'épargne des gens qui sont proches du plafond, c'est-à-dire les ménages les plus aisés".

A l'Etat, qui s'en sert pour investir dans les services publics

L'objectif premier du relèvement du plafond du livret A est, en réalité, de financer des investissements dans les infrastructures publiques. Le gouvernement l'a annoncé lui-même : le livret A "est l'outil naturel pour mobiliser l'épargne [des Français] au service du pays et des défis qu'il rencontre", a déclaré le Premier ministre lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, mardi.

Comment cela fonctionne-t-il ? Lorsque les épargnants placent de l'argent sur leur livret A, le fonds d'épargne de la Caisse des dépôts centralise près de 60% des sommes collectées. Une partie de ce pécule est alors investie dans des prêts servant à financer la construction et la rénovation de logements sociaux et des infrastructures pour les collectivités, explique la Caisse des dépôts. Cette dernière a d'ailleurs salué dans cette mesure "une capacité d'action renforcée au service des territoires".

"L'objectif est de réorienter un peu l'épargne des Français. En relevant le plafond, on va permettre de déposer plus d'épargne sur le livret A et donc en centraliser davantage pour octroyer des prêts."

Pierre Madec, économiste à l'OFCE

à franceinfo

Autre nouveauté : au-delà des logements sociaux, l'épargne déposée sur les livrets A servira également à "la rénovation des lycées et des collèges", qui fait partie des revendications du mouvement lycéen, a souligné Sébastien Lecornu. Un moyen d'afficher une action politique, alors que le gouvernement voit ses marges de manœuvre budgétaires limitées par des finances publiques exsangues, une flambée des coûts d'emprunt et un débat bloqué autour du budget 2027. "Utiliser l'argent du livret A, ça permet à l'Etat de trouver des capacités d'endettement supplémentaires", résume l'économiste Philippe Crevel sur franceinfo.

Pas vraiment aux banques, qui préfèreraient pouvoir investir à plus long terme

Du côté des établissements bancaires, on ne voit pas d'un bon œil cette réforme annoncée par le gouvernement. "Relever le plafond du livret A, quel que soit l'objectif poursuivi, n'est pas une bonne solution", a déploré la Fédération bancaire française, le lobby du secteur, interrogée par l'AFP. En septembre, l'organisation avait déjà déploré qu'une telle mesure "immobiliserait davantage d'épargne dans des placements liquides et garantis plutôt que dans des placements de long terme dont les entreprises ont besoin".

Et pour cause : si davantage d'argent est placé sur le livret A, les sommes épargnées sur d'autres produits – qui permettent notamment aux banques de financer les prêts des entreprises et de réaliser des placements – seront plus faibles. "Il n'y a pas d'argent magique. Donc l'augmentation du plafond du livret A recycle des dépôts qui sont à d'autres endroits", déplore ainsi Nicolas Namias, président du directoire de BPCE, un acteur historique du secteur.

Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?

Sur le même thème

Shorts

Source: Franceinfo · franceinfo avec AFP

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira