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Chronique
Marc Beaugé
Magazine
Dans la mode comme dans la vie, il convient de connaître les limites à ne pas franchir. Ou alors, en connaissance de cause.
Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 1 min.
L’industrie de la mode dépensant une énergie considérable pour faire croire que l’art d’avoir de l’allure consiste surtout à s’acheter des habits neufs, intéressons-nous aujourd’hui à un geste stylistique aussi gratuit qu’efficace. Car si le relevage de col ne s’impose pas à tous les vêtements, ni dans tous les contextes, il dégage une puissance incontestable.
Concrètement, relever le col de son trench-coat est une évidence, surtout par temps d’averse, pour protéger son visage. De la même façon, remonter le col de son caban procède du bon sens, de la compréhension des codes esthétiques de la mer et, accessoirement, de la lecture des aventures de Corto Maltese. Pareillement, comment ne pas être tenté, au moment de lancer un bout de bois à son chien en plein novembre dans la forêt, de redresser le col de son blazer en tweed, pour gagner en confort et en chaleur ?
Dès lors que ce geste s’inscrit dans un contexte climatique hostile, rien ne s’oppose à sa pratique, pleine de panache. Celle-ci devient en revanche plus discutable quand elle obéit à une intention purement esthétique et futile. Dans ce cas, l’expression « se pousser du col » stigmatisant, au XIXe siècle, la prétention des dandys aux cols raides comme des minerves, redevient d’actualité.
Ainsi, le relevage du col d’un polo donnera forcément à son adepte un air ampoulé et BCBG. Celui d’un col de chemisier aura sensiblement le même effet, surtout si le vêtement est d’un blanc éclatant et ouvert sur un collier de perles. Dans un autre registre, relever le col de son maillot de foot au moment de faire son entrée sur un terrain s’interprétera forcément comme l’affirmation d’une immense confiance en soi. En son temps, Eric Cantona, roi du col levé, savait la justifier par ses performances. Nul doute que le génial Michael Olise, attaquant de l’équipe de France récemment converti, le saura aussi.
Source: Le Monde · Marc Beaugé
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