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Tribune
Ivica Mladenovic
Chercheur
Aux affaires depuis 2012, le Parti progressiste serbe tenait les institutions, mais un mouvement social et générationnel profond a transformé la culture politique du pays, analyse le chercheur Ivica Mladenovic, dans une tribune au « Monde ».
Publié aujourd’hui à 11h00 Temps de Lecture 4 min.
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Dimanche 25 octobre, lors des élections législatives en Serbie, la liste soutenue par les étudiants a battu l’une des machines clientélistes les plus redoutables d’Europe. Comment ce mouvement sans chef, sans argent et sans appareil partisan a-t-il pu y parvenir ? La question occupera longtemps les politistes, et la réponse intéressera bien au-delà des Balkans.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : environ 52,5 % des voix pour la Liste étudiante, contre 39,3 % pour la coalition du [dirigeant nationaliste] Aleksandar Vucic. Le scrutin s’est déroulé comme un référendum, et l’opposition traditionnelle n’y a pas survécu. Pour la première fois depuis le retour du multipartisme, le Parti socialiste serbe, héritier de celui de Slobodan Milosevic, n’aura aucun député. Avec la majorité absolue, les étudiants peuvent gouverner seuls.
L’exploit est d’autant plus remarquable que les forces en présence étaient inégales. Au pouvoir depuis 2012, le Parti progressiste serbe (SNS) tenait les institutions, ainsi qu’une bonne partie de l’économie et des médias. Sur les grandes chaînes, télévision publique comprise, les étudiants étaient au mieux ignorés, au pire présentés comme des agents de l’étranger. Ils n’avaient pour eux que quelques petits médias indépendants et les réseaux sociaux.
Pourtant, l’argent et les médias n’expliquent pas tout. Loin de Belgrade surtout, quand on cherche un emploi dans une entreprise publique ou une place en crèche, on passe bien souvent par quelqu’un issu du parti au pouvoir. La contestation coûte cher, surtout aux catégories populaires. Cependant, la véritable efficacité du clientélisme réside dans la conviction qu’il entretient, à savoir que toute résistance serait inutile.
Pas de rivalités
C’est ce fatalisme, plus que la répression, qui permettait au régime de se maintenir. Beaucoup détestaient Vucic et le disaient, puis restaient chez eux le jour du vote parce qu’ils n’y croyaient plus. Le pouvoir n’avait pas besoin d’être aimé. Il lui suffisait que les gens aient intériorisé l’idée que rien ne changerait. C’est cela que les étudiants ont réussi à casser.
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Source: Le Monde · Ivica Mladenovic
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