Les enquêtes d'opinion qui ont précédé la défaite magistrale infligée au Parti républicain par les démocrates durant les élections de mi-mandat aux États-Unis étaient pourtant claires : la priorité des électeurs est de mettre un terme à la corruption de l'administration Trump.
Le camp du président a superbement ignoré cet avertissement, préférant mettre en lumière la rénovation à grands frais de la capitale fédérale, Washington. Notamment la réfection ratée du miroir d'eau du Lincoln Memorial, ou encore la destruction de l'aile est de la Maison Blanche, rasée pour faire place à une salle de bal à 400 millions de dollars.
Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Une extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.
05:13
Un choix douteux, mais dans la lignée des précédentes provocations de Donald Trump. Le président avait auparavant vanté la "fortune gigantesque" amassée par l'industrie pétrolière grâce à la guerre contre l'Iran, ou encore plaisanté sur le fait que le chèque de 5 000 dollars promis par son camp aux électeurs républicains ne leur permettrait même pas de s'offrir un burger dans l'un de ses clubs de Floride.
Plus étrange encore, le républicain s'est évertué à se présenter comme une figure politique anti-establishment luttant contre la corruption, quand bien même sa fortune personnelle a triplé depuis le début de son second mandat.
Discours "déconnecté" et électorat "en colère"
Un discours "remarquablement déconnecté des attentes des électeurs pour un homme qui a pourtant montré qu'il était capable d'être un populiste rusé", commente Douglas Heye, un ancien directeur de la communication du comité national républicain.
"Trump a une tendance à parler de sujets qui n'intéressent absolument pas les Américains, comme le cours du pétrole ou les profits records des entreprises", ajoute-t-il. "De nombreux électeurs considèrent qu'il se concentre sur ses intérêts avant de prendre en compte les leurs."
Tout au long de la campagne des midterms, le président a invité les électeurs à faire comme si son nom apparaissait sur les bulletins de vote. Les votants l'ont pris au mot et ont logiquement puni les candidats républicains, permettant aux démocrates de remporter la victoire, y compris dans des bastions historiques du Parti républicain, où Trump avait gagné haut la main en 2024.
Le débat de France 24Midterms : une vague démocrate, et après ?
Partout dans le pays, les électeurs avaient envie de changement, selon un sondage mené par l'agence AP auprès de 80 000 citoyens répartis dans les 50 États américains. Les trois quarts des personnes interrogées se sont dites "en colère" ou "insatisfaites" de la direction prise par les États-Unis, et on comptait deux fois plus d'électeurs souhaitant exprimer leur rejet de Donald Trump que de partisans de sa politique. Une majorité des répondants ont blâmé son administration pour l'inflation, tandis que six sur dix l'ont accusé de prioriser ses propres intérêts par rapport à ceux de la nation.
La majorité des répondants ont jugé le thème de la corruption du gouvernement "crucial" dans leur choix d'élire un représentant, plaçant ce sujet juste derrière celui du coût de la vie, mais très loin devant d'autres préoccupations comme l'immigration, la guerre en Iran ou la construction de data centers.
Des candidats "minés par des scandales"
Dans une interview accordée à Fox News le soir des midterms, Donald Trump a déclaré qu'il ne considérait pas la déroute de son camp comme une défaite personnelle, assurant que les électeurs n'avaient simplement "pas aimé les candidats" républicains. Une affirmation qui n'est pas entièrement fausse, puisque des candidats choisis personnellement par le président ont en effet subi des défaites spectaculaires.
Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Une extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.
00:36
Au Texas, Trump est ainsi intervenu pour investir Ken Paxton comme candidat républicain au poste de sénateur, au détriment de son rival John Cornyn dans la primaire républicaine. Ken Paxton, qui avait auparavant été censuré par son propre parti en raison d'accusations de corruption et se trouvait empêtré dans un scandale concernant son divorce, a réussi l'exploit de perdre la course au Sénat face au démocrate James Talarico. Une première depuis 1988 dans cet État réputé acquis aux républicains.
À lire aussiMidterms 2026 : comment le démocrate Talarico a créé l'exploit en étant élu sénateur au Texas ?
"Trump a choisi des candidats impopulaires et minés par des scandales. Il a misé sur les mauvais chevaux", estime Steven Ekovich, professeur émérite de sciences politiques à l'Université américaine de Paris. Selon lui, la cote de popularité historiquement basse du locataire de la Maison Blanche a desservi des candidats républicains déjà handicapés par son bilan économique calamiteux, résultat du chaos au Moyen-Orient causé par sa guerre contre l'Iran au côté d'Israël.
"Les difficultés économiques sont un sujet essentiel dans toutes les élections, et dans ce cas, elles sont clairement de son fait. Il les a provoquées, il ne peut pas le nier, et les Américains l'ont remarqué et ont décidé de le sanctionner", observe Steven Ekovich.
Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Une extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.
03:55
Dans l'État rural de l'Iowa, où les démocrates ont raflé à la fois les sièges de sénateur et de gouverneur, le sondage mené par AP montre que près de 40 % des électeurs ont considéré le coût de la vie comme un enjeu "crucial" et déterminant pour leur vote.
La proportion était similaire dans le Michigan, où les votants ont fait du démocrate Abdul El-Sayed le premier sénateur musulman de l'histoire de cet État. Seuls deux électeurs sur dix ont déclaré trouver problématiques ses critiques à l'encontre d'Israël et du soutien des États-Unis à la guerre à Gaza, malgré la couverture médiatique très importante accordée à ce sujet.
À lire aussiMidterms 2026 : le consensus pro-israélien de l'opinion américaine se fissure
Au Texas comme dans les autres États, les démocrates ont donc axé leur campagne sur la lutte contre la corruption et le coût de la vie, accusant les barrières douanières mises en place par le président et sa guerre en Iran d'être à l'origine de l'inflation. L'enrichissement personnel du clan Trump depuis son retour à la Maison Blanche est également pointé du doigt.
De leur côté, les républicains, à commencer par Donald Trump lui-même, n'ont pu opposer à ces arguments qu'une campagne clivante sur des sujets de société, comme leur croisade contre les minorités ou les droits des personnes trans. Face à ces deux approches, les électeurs ont voté pour le camp défendant le pouvoir d'achat et combattant la corruption.
Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Une extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.
02:14
S'attaquer au "syndicat du crime Trump"
Galvanisés par ses victoires dans des bastions républicains, le Parti démocrate promet désormais des actions décisives pour aider le pouvoir d'achat des Américains et mettre un terme à la guerre en Iran. Il affiche également sa volonté de faire toute la lumière sur les accusations de corruption et d'abus de pouvoir dont le camp républicain fait l'objet.
Hakeem Jeffries, tête de file des démocrates en passe de devenir le premier président afro-américain de la Chambre des représentants en janvier, s'est engagé à pourfendre la "corruption sans précédent" de l'administration Trump. "Quand les personnes haut placées sont avant tout préoccupées par leur enrichissement personnel, ou par celui de leur famille, de leurs amis et de leurs donateurs, ils ne font pas de la qualité de vie des Américains leur priorité", a-t-il déclaré.
À lire aussiCorruption, dossier Epstein... les démocrates préparent une série d'enquêtes sur le clan Trump
De son côté, Robert Garcia, pressenti pour prendre la tête du comité de surveillance et de réforme du gouvernement, principal organe d'enquête de la Chambre des représentants des États-Unis, a adressé un message simple aux républicains le soir des élections : "LAWYER UP" ("Engagez des avocats", ou "préparez votre défense").
L'élu démocrate est un adversaire féroce de ce qu'il nomme "le syndicat du crime Trump". Il a mis en ligne un "compteur d'arnaques" détaillant les sommes empochées par le président et son cercle rapproché depuis le début de son second mandat. Dans un entretien récent au Washington Post, il déclarait qu"'il y a tant d'actes de corruption commis [par l'administration Trump] que l'entièreté du camp démocrate ne serait pas de trop pour mener l'enquête".
Avec la majorité dans les deux chambres du Parlement, les démocrates peuvent désormais convoquer des responsables politiques, consulter des documents confidentiels et tenir des auditions publiques, forçant pour la première fois le camp Trump à rendre des comptes.
Enquêter sur les transactions en cryptomonnaies de la famille Trump ou faire la lumière sur les contrats lucratifs dans le domaine de la défense négociés par Eric et Donald Trump Jr., les deux fils aînés du président, seront quelques unes des priorités des démocrates. Une enquête sur les intérêts financiers au Moyen-Orient et en Albanie de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, est déjà en cours depuis avril.
À lire aussiMidterms : la déroute républicaine fragilise l'avenir de Pete Hegseth au Pentagone
Les démocrates devraient également se pencher sur les contrats gouvernementaux impliquant le milliardaire Elon Musk, qui a fait don de près d'un demi-milliard de dollars aux candidats républicains lors des élections de mi-mandat.
Les "projets de prestige" du président à Washington ne manqueront pas non plus de faire l'objet d'un examen minutieux. Le député Jared Huffman, principal représentant démocrate au sein de la commission des ressources naturelles de la Chambre des représentants, s'est notamment engagé à déterminer si les donateurs qui ont financé la nouvelle salle de bal de la Maison Blanche ont bénéficié d'un traitement de faveur de la part de l'administration.
"Trahison des intérêts nationaux"
En parallèle de leurs enquêtes, les démocrates devront s'attaquer aux préoccupations immédiates des électeurs américains. "Plus de 90 % des électeurs estiment que le gouvernement est corrompu. Nous devons être stratégiques quant à l'orientation de nos enquêtes, sans pour autant nous laisser détourner de la résolution des problèmes financiers immédiats auxquels sont confrontées les familles américaines", déclarait le sénateur Sheldon Whitehouse, pressenti pour présider la puissante commission judiciaire du Sénat, au journal The Hill à la veille des élections de mi-mandat.
L'administration Trump s'opposera probablement aux demandes de témoignages ou à la remise de documents, ce qui pourrait ouvrir la voie à de longues batailles judiciaires. L'issue de cette confrontation pourrait façonner la politique à Washington au cours des prochaines années.
À lire aussiAprès la déroute des midterms, les règlements de compte commencent chez les républicains
En enquêtant sur les allégations de corruption au sein de l'entourage du président, les démocrates vont pouvoir se placer "du bon côté" d'un sujet qui trouve un fort écho auprès des électeurs, estime Timothy Snyder, historien à la Munk School of Global Affairs de l'université de Toronto. "Les amis [de Trump] et sa famille gagnent des milliards de dollars, essentiellement en trahissant les intérêts nationaux", a-t-il affirmé. "Si l'on ne nomme pas ces agissements pour ce qu'ils sont, il sera très difficile d'y remédier."
Échouer à lutter contre la corruption au sein du gouvernement pourrait s'avérer coûteux pour les deux partis. L'enquête d'opinion menée par AP suggère que le Parti démocrate n'est pas franchement plus populaire que les républicains auprès des électeurs, malgré la "vague bleue" qui a balayé le pays.
"La réalité, c'est que les électeurs ne sont pas satisfaits. Ils ne sont certainement pas satisfaits par les républicains, mais ils ne sont pas non plus particulièrement satisfaits des démocrates", juge Douglas Heye, ancien stratège du camp républicain. "Washington est très impopulaire. Et tant que Washington n'aura pas tenté de s'attaquer à certains de ces problèmes, cela ne changera pas."
Cet article a été traduit de l'anglais. Retrouvez ici l'article original écrit par Benjamin Dodman.
Source: France 24 · Benjamin DODMAN
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira