Cet article vous est offert
Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous.
Vous n’êtes pas inscrit sur Le Monde ?
Inscrivez-vous gratuitement
Éditorial
Le Monde
Les électeurs israéliens votent le 27 octobre. Gadi Eisenkot, l’adversaire centriste de Benyamin Nétanyahou, désapprouve le projet de colonisation E1, qui couperait en deux le plus grand territoire palestinien. Mais il s’oppose avec autant de fermeté que le premier ministre à la création d’un Etat palestinien.
Publié aujourd’hui à 10h30 Temps de Lecture 2 min.
Quels choix s’offrent aux électeurs israéliens qui se rendront aux urnes mardi 27 octobre ? En apparence, tout oppose les deux personnalités autour desquelles s’est organisée la campagne des législatives. Le premier ministre sortant, Benyamin Nétanyahou, tente de s’accrocher au pouvoir, à 77 ans, en dépit de ses responsabilités dans la catastrophe sécuritaire qui a contribué aux massacres du 7 octobre 2023, perpétrés par le Hamas.
Le bellicisme du premier ministre, illustré depuis trois ans par des guerres sans victoire à la périphérie d’Israël, jusqu’en Iran, a entraîné une dégradation sans précédent de l’image de l’Etat hébreu dans le monde. Israël paie également le prix de l’anéantissement de Gaza, dont les décombres sont aujourd’hui en grande partie réoccupés par l’armée israélienne et soumis à des bombardements qui démentent presque quotidiennement l’illusion du cessez-le-feu annoncé il y a un an.
Cette dégradation est enfin liée au partenariat assumé de Benyamin Nétanyahou avec une extrême droite suprémaciste et raciste. Cette dernière orchestre un nettoyage ethnique sans précédent des Palestiniens de Cisjordanie avec le consentement tacite de l’armée d’occupation. Après la mort de deux soldats près d’Hébron, vendredi 23 octobre, Benyamin Nétanyahou a promis de nouvelles colonies.
Face au premier ministre sortant, le centriste et ancien général Gadi Eisenkot, qui a fait irruption il y a quelques mois sur la scène politique, incarne une morale individuelle dont son adversaire s’est affranchi depuis longtemps. En mettant fin au long règne de Benyamin Nétanyahou, sa victoire permettrait de stopper une dérive illibérale qui constitue une négation des fondements d’Israël, et d’atténuer l’isolement international dont pâtit l’Etat hébreu, pays qui expulse désormais les grandes organisations humanitaires, des diplomates, ou qui interdit son territoire aux journalistes étrangers qui lui déplaisent.
Sur la question occultée et pourtant centrale du conflit israélo-palestinien, rien dans le programme de Gadi Eisenkot ne constitue cependant une rupture drastique avec la coalition qu’il entend remplacer. L’ancien militaire, dont le nom reste associé à une doctrine d’usage disproportionnée de la force expérimentée au Liban en 2006, promet lui aussi l’écrasement du Hamas, que trois ans de bombardements massifs et de destructions systématiques de Gaza n’ont jamais réussi à produire.
Gadi Eisenkot s’engage à ce que l’armée s’oppose à la terreur que font régner les colons de Cisjordanie, désapprouve le projet de colonisation E1, qui couperait en deux le plus grand territoire palestinien, mais il s’oppose avec autant de fermeté que Benyamin Nétanyahou à la création d’un Etat palestinien. Il incarne donc un faux statu quo dont les dernières décennies ont enseigné qu’il se traduit toujours par un accroissement de la colonisation et par l’effritement de la possibilité d’un tel Etat.
Ce dernier ne compte plus guère de défenseurs dans l’ancienne Palestine mandataire. L’écart est trop grand entre cette aspiration légitime et la réalité du terrain pour que les Palestiniens puissent encore y croire, et les Israéliens sont convaincus depuis le 7-Octobre qu’il constituerait une menace existentielle. La séparation reste pourtant la seule solution qui puisse permettre à deux peuples enfermés dans leurs traumatismes respectifs d’envisager, à terme, une coexistence.
Le Monde
Source: Le Monde
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira