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Les partis arabes sont en passe d’obtenir un score élevé aux élections législatives, qui les rend en mesure de faire pencher la balance en faveur de l’opposition. Selon ces partis, les accusations proférées à son encontre « révèlent la peur » du premier ministre.
Le camp de Benyamin Nétanyahou a accentué ses attaques, jeudi 29 octobre, contre les partis arabes israéliens – en passe d’obtenir un score élevé aux élections législatives qui les érige en faiseurs de roi –, et les accuse d’avoir reçu des fonds de l’étranger.
Après le dépouillement de plus de 90 % des voix, les deux principales formations politiques majoritairement arabes israéliennes, RAAM et la Liste unifiée, sont créditées d’un nombre inédit de 19 sièges, grâce à la mobilisation sans précédent de la minorité arabe contre le gouvernement sortant de M. Nétanyahou, le plus à droite de l’histoire d’Israël.
Mercredi soir, le chef de la Commission électorale, Noam Sohlberg, a adressé une lettre aux services du renseignement intérieur (Shin Bet) pour demander l’ouverture d’une enquête sur des soupçons portant sur un éventuel soutien financier qu’auraient reçu des partis de la part de pays étrangers. Il n’a pas précisé quels partis étaient soupçonnés ni sur quels éléments il s’appuyait, mais a néanmoins demandé une enquête afin de « trouver les preuves étayant ces soupçons ou de les réfuter ».
Si la lettre ne mentionne pas de pays, plusieurs responsables et médias israéliens ont évoqué le Qatar, voire la Turquie, deux pays présentés en Israël comme les incarnations d’un islam politique hostile. « On a volé les élections en Israël ! », a sans tarder lancé le parti de M. Nétanyahou, le Likoud, dans un communiqué republié sur X par le premier ministre.
Le communiqué présente l’affaire comme un « attentat contre la démocratie » visant à « islamiser Israël et faire chuter le gouvernement de droite afin de provoquer un retrait et une défaite de Tsahal [l’armée israélienne] sur tous les fronts, en premier lieu l’Iran ». Le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, pilier d’extrême droite du gouvernement sortant, a lui appelé à arrêter sans délai les chefs des partis arabes « soupçonnés d’avoir reçu de l’argent du Qatar ».
L’émirat du Golfe est souvent utilisé comme repoussoir par la classe politique israélienne, et l’opposition a d’ailleurs axé une grande partie de sa campagne en accusant M. Nétanyahou et son entourage de liens avec cet Etat gazier, soutien financier-clé du Hamas et hôte de la direction politique du mouvement islamiste palestinien pendant des années.
Le Qatar a nié jeudi toute ingérence dans les élections législatives en Israël. « Nous réfutons catégoriquement les allégations selon lesquelles le Qatar aurait interféré dans les élections israéliennes ou financé des activités visant à influencer leur issue », a écrit sur X le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Majed Al-Ansari, dénonçant des accusations « aussi ridicules que dangereuses ». « Le Qatar ne doit pas servir de bouc émissaire pour les échecs politiques de certains responsables israéliens », a dit le responsable qatari.
« Délégitimer »
Le jour même du scrutin, M. Nétanyahou avait accusé le RAAM de Mansour Abbas de tenter de « voler les élections » après l’arrestation de trois hommes munis d’enveloppes remplies d’argent à proximité d’un bureau de vote. Les autorités électorales avaient écarté toute idée de fraude massive.
Le président israélien, Isaac Herzog, a appelé à enquêter sur les « éléments de soupçon », tout en évitant de « jeter le discrédit sur toute une communauté » arabe qui a massivement voté pour faire barrage au gouvernement.
Mansour Abbas a nié en bloc : « Vous ne trouverez rien, car il n’y a rien », a-t-il réagi. « RAAM n’a absolument aucun lien avec l’affaire en question [fraude électorale] ni avec d’autres affaires, et nous déclarons que nous coopérerons pleinement avec toutes les autorités chargées de l’application de la loi afin d’établir la vérité », a-t-il affirmé.
Les accusations de fraude aux législatives émises par le camp de M. Nétanyahou à l’encontre des partis arabes « révèlent la peur » du premier ministre sortant face aux gains électoraux des listes arabes, a déclaré pour sa part jeudi la Liste unifiée. « Notre communauté s’est rendue aux urnes en réaction aux crimes de M. Nétanyahou » et de ses alliés d’extrême droite, écrit la liste, dénonçant une longue campagne « pour délégitimer » le vote arabe.
Dans son communiqué jeudi, le Likoud estime qu’il est désormais « clair qu’aucun parti sioniste ne peut être autorisé à coopérer avec RAAM ou la Liste unifiée », car cela mettrait « Israël en danger ». Une alliance entre les partis arabes et le principal bloc de l’opposition emmené par le centriste Gadi Eisenkot leur permettrait mathématiquement de prendre le contrôle du Parlement.
« Instrumentalisation de la situation »
Alors que le dépouillement touche à sa fin, la coalition de M. Nétanyahou fait la course en tête avec 53 sièges projetés devant les 48 sièges estimés pour M. Eisenkot et ses alliés, sans qu’aucun des deux camps ne puisse atteindre la majorité à la Knesset qui compte 120 sièges.
Avec un nombre de députés estimé à 19, les partis arabes sont donc en mesure de faire pencher la balance en faveur de l’opposition, qui s’est jusque-là montrée réticente à envisager ouvertement une telle alliance – notamment à cause des attaques de M. Nétanyahou, qui a inlassablement dépeint les candidats arabes comme des ennemis de l’intérieur pendant la campagne.
Réagissant aux dernières accusations, le chef de la gauche, Yaïr Golan, seul membre du bloc Eisenkot à envisager un partenariat avec les partis arabes, a accusé le camp du premier ministre de mener une « campagne nauséabonde visant à délégitimer la volonté du public, et du public arabe en particulier ».
M. Eisenkot, pour sa part, a déclaré que les autorités avaient le devoir d’enquêter « sur chaque plainte », mais mis en garde contre toute « instrumentalisation de la situation » pour retarder la validation des résultats et l’entrée en fonction du nouveau Parlement.
Le Monde avec AFP
Source: Le Monde · Le Monde avec AFP
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