Les États du monde entier sont réunis en Arménie pour tenter de se mettre d'accord pour mieux protéger la nature. Or la surexploitation des ressources naturelles et le trafic illégal est la deuxième cause de l'effondrement du vivant. En Guyane française, la faune marine paye le prix fort à cause de mauvaises pratiques de pêche et d'une pression de plus en plus intense des pêcheurs illégaux venus du Brésil et du Surinam voisin. 

De notre envoyée spéciale en Guyane,

Il y a deux semaines à peine, sur les îlets, à quelques kilomètres au large des plages de Rémire-Montjoly, ce plaisancier, qui préfère rester anonyme, fait une triste découverte. « Un filet qui encerclait toute une bande de rochers, avec des poissons morts et des tortues. Au total, on a retiré cinq tortues, dont deux qui étaient déjà mortes », déplore-t-il.

Chaque jour, il voit dériver des bouts de filets, parfois des morceaux de flotteur, des déchets issus de la pêche croisés en mer. « Il n’y a pas une seule fois où j’ai constaté un filet pris dans les rochers, sans une tortue, sans une espèce protégée et vulnérable dedans. Pas une seule fois », martèle-t-il, écoeuré.

Laurent Kelle, du WWF, dénonce lui aussi l’impact de la pêche en Guyane, en particulier l’utilisation de filets maillants dérivants, des filets laissés à la dérive derrière les bateaux. Particulièrement nuisibles, ils tuent sans discrimination tous les animaux qui se prennent dans leurs mailles. Et si les filets des pêcheurs légaux font déjà deux kilomètres et demi, ceux des pêcheurs illégaux peuvent mesurer jusqu’à dix kilomètres de long. Mis bout à bout, ils pourraient couvrir certains jours l’ensemble de la côte guyanaise.

« On ne peut pas s’empêcher de mettre en relation l’effondrement de la tortue luth dans l’ouest guyanais, qui a perdu 98 % de sa population en 20 ans, et l’omniprésence de la pêche illégale dans la même zone, là où historiquement, on avait le plus grand site de ponte au monde pour la tortue luth, pointe-t-il. Malheureusement, on a vu non seulement le maintien, mais l’augmentation de la pêche illégale dans la zone et la quasi-extinction de la tortue luth sur cette partie du territoire. »

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Une pêche en provenance des pays voisins

La pêche illégale a doublé en douze ans. Les bateaux viennent du Brésil, du Suriname ou du Guyana. Dans leurs filets, les requins, les raies, les dauphins ou les tortues ne sont que des prises accessoires car, comme les pêcheurs légaux, ils s’intéressent surtout à l'acoupa rouge, un poisson à chair blanche et aux nageoires rouges très consommé localement. Mais ce n’est pas pour le manger que le poisson est si recherché. « Depuis une bonne quinzaine d’années, il y a eu un effet bascule et maintenant, c’est plus l’organe de ce poisson, la vessie natatoire – qui sert à ce poisson à stabiliser sa flottabilité – qui est particulièrement recherchée par les pêcheurs illégaux », explique Laurent Kelle.

Le prix de la vessie natatoire est quasiment 100 fois plus élevé que le prix de la chair du poisson, estime Martin Pourtau, du Comité des pêches de Guyane. « La plaque tournante, c’est Hong Kong. Et puis après, il est utilisé, si on veut faire le parallèle, un peu comme une bouteille de vin, comme chez nous, précise Martin Pourtau. C’est des choses qu’on offre aux anniversaires, aux grandes occasions, et elle prend de la valeur avec l’âge. Et ensuite, elle est utilisée pour faire des gâteaux, des soupes, des choses comme ça. Mais la plupart des gens la gardent pour faire de la plus-value à la revente. »

L'acoupa rouge est aujourd’hui une espèce classée vulnérable. La population de poissons a chuté de 30 % ces 20 dernières années. La faute à la pêche pirate, comme l’appelle l’ingénieur : « Ce sont les pêcheurs légaux qui en pâtissent. Et là, on arrive à un moment de cassure où les pêcheurs français ne peuvent plus pêcher dans les eaux françaises du fait qu’il y a trop de pêche illégale. »

L’armée, les douanes et les gendarmes mènent pourtant régulièrement des actions en mer, saisissent et détruisent du matériel. Mais avec seulement deux frégates, la Marine ne parvient pas à endiguer le phénomène. Pêcheurs et défenseurs de l’environnement demandent plus de bateaux, plus de présence en mer et une réelle coordination avec les pays voisins.

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Source: RFI · Jeanne Richard

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