Il a finalement atterri à Miami, en Floride, mercredi 28 octobre. Après un départ précipité du Brésil entouré de beaucoup de zones d'ombre, mardi, Flavio Bolsonaro a rejoint le sol américain 24 heures plus tard. Le candidat de droite populiste défait par Lula lors de l'élection présidentielle, serait passé par l'Argentine pour rejoindre l'Équateur, d'où il s'est envolé pour les États-Unis.
Preuve de l'intérêt pour les tribulations d'un Bolsonaro "en fuite" : son vol a été le plus suivi dans le monde sur l'application Flightradar 24. "Plus de 18 000 personnes étaient connectées sur la page de ce vol mercredi matin à 8 h 30 [heure brésilienne, NDLR]", souligne la radio CBN.
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Une tradition familiale
Si personne n'a su pendant longtemps où se trouvait précisément Flavio Bolsonaro, l'administration Trump l'attendait les bras grands ouverts. Les États-Unis ont confirmé qu'ils allaient accorder un visa au candidat battu, visé par deux enquêtes judiciaires, au Brésil, respectivement pour blanchiment d'argent et corruption.
En choisissant l'exil américain, Flavio Bolsonaro risque de porter un coup fatal au bolsonarisme. Il n'est, en effet, pas le premier du clan familial à trouver refuge sur le sol américain pour échapper à des poursuites judiciaires au Brésil. Son père, l'ancien président Jair Bolsonaro, avait ainsi rejoint la Floride le 30 décembre 2022, deux jours avant l'investiture de Lula pour un troisième mandat. II faisait alors l'objet de plusieurs enquêtes judiciaires. Eduardo Bolsonaro, frère de Flavio, a également opté pour "l'exil volontaire" en 2025, alors qu'il était soupçonné d'avoir cherché à convaincre Washington d'imposer des sanctions contre le Brésil de Lula.
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"Cette situation est très négative pour l'image de la famille Bolsonaro et, pour une partie de la population, la décision de Flavio Bolsonaro correspond à un aveu incroyable de culpabilité et un manque de courage qui va déteindre sur la marque Bolsonaro", assure Fiona Macaulay, spécialiste du Brésil à l'université de Bradford.
Le bolsonarisme de Jair, dont le fils a repris le flambeau, prône un certain "machisme" et vante l'image de l'homme fort face à l'adversité. Difficile de continuer à défendre ces valeurs lorsque les membres de la famille semblent systématiquement chercher refuge auprès du puissant allié trumpiste en cas de déboires judiciaires. "L'impact négatif risque d'être réel auprès des indécis, qui ont déjà joué un rôle important lors de la présidentielle", estime Larissa Peixoto Gomes, spécialiste de politique brésilienne à l'université d'Édimbourg.
Les rumeurs d'une opposition en exil
Ces exils successifs des membres du clan Bolsonaro donnent, par comparaison, "une bonne image de Lula. En effet, lorsqu'il a fait face à des poursuites judiciaires, il est resté au Brésil pour les affronter", souligne Chris Lyon, spécialiste du Brésil à l'université de Birmingham. C'est le leader du Parti des travailleurs qui apparaît comme l'homme fort ou courageux.
Difficile, par ailleurs, pour les Bolsonaro de continuer à peser directement sur le jeu politique brésilien. Le patriarche est assigné à résidence après avoir été condamné à 27 ans de prison, tandis que deux de ses fils "peuvent difficilement revenir au Brésil sans risquer de finir derrière les barreaux (Eduardo a même été condamné à quatre ans de prison, NDLR). Les autorités brésiliennes ont également annulé leur passeport", souligne Corneel Weyers, spécialiste du Brésil au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po.
Reste la possibilité "d'une sorte de gouvernement parallèle que Flavio Bolsonaro mettrait en place depuis les États-Unis", note Larissa Peixoto Gomes. Il s'agirait "d'une opposition en exil sur le modèle cubain ou de ce qu'a fait Juan Guaido, l'opposant vénézuélien réfugié aux États-Unis depuis 2023", précise Janaina Maldonado, spécialiste de la politique brésilienne à l'Institut allemand d'études internationales et régionales (Giga, German Institute for Global and Area Studies).
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Cette perspective laisse cependant les experts interrogés par France 24 dubitatifs. "Le scénario brésilien n'a rien à voir avec le Venezuela ou Cuba, car les résultats des élections ont été largement reconnus par la communauté internationale", souligne Janaina Maldonado. Difficile dans ces conditions pour Flavio et Eduardo Bolsonaro de tenter de former un mouvement autour de l'idée d'un gouvernement illégitime au Brésil.
Le profil des diasporas est aussi très différent. "La communauté brésilienne installée aux États-Unis est principalement constituée d'immigrés venus pour des raisons économiques et non pas, comme dans le cas cubain ou vénézuélien, de réfugiés politiques qui chercheraient des leaders derrière lesquels se mobiliser", explique Fiona Macaulay.
Loin de chez eux et sans réel moyen de jouer les opposants en chef à Lula, la famille Bolsonaro serait-elle sur le point de disparaître du jeu politique, après en avoir été l'un des principaux piliers pendant près de dix ans ?
Cherchez la femme
Le clan a certes été en partie décapité, mais il reste des têtes. "Il y a encore quatre membres de la famille Bolsonaro qui ont été élus lors des élections", note Chris Lyon. "Je ne pense pas qu'on puisse enterrer ainsi le bolsonarisme, c'est-à-dire un mouvement politique réactionnaire qui n'a pas commencé avec Jair Bolsonaro en 2018", confie Corneel Weyers.
Les plus connus à être restés au Brésil sont Michelle Bolsonaro, la "jeune" épouse de 44 ans de Jair Bolsonaro qui a été élue sénatrice à Brasilia en octobre, et Carlos Bolsonaro, fils de l'ex-président et grand manitou des réseaux sociaux pour la famille, également devenu sénateur. Renan Bolsonaro, le petit dernier du clan, est quant à lui député fédéral, tout comme Renato Bolsonaro, le frère de Jair.
"Carlos Bolsonaro représente l'héritier politique naturel, mais Michelle Bolsonaro est l'étoile montante, influente auprès de certains électorats clés, comme les femmes et les évangéliques. Surtout, le président du Parti Libéral (le parti auquel appartient la famille Bolsonaro, NDLR) a annoncé avoir discuté de l'avenir du parti avec elle", indique Chris Lyon.
Cette relève peut compter "sur la portion très radicalisée de l'électorat : plusieurs dizaines de millions de votants qui adhèrent au récit de la persécution politique contre la famille Bolsonaro et vont continuer à peser politiquement", affirme Janaina Maldonado.
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Le clan Bolsonaro est également très bien représenté au Parlement, puisque "le Parti Libéral est devenu la première force politique au Sénat et à la Chambre des députés, comptant dans ses rangs de nombreux fans de Bolsonaro", insiste Fiona Macaulay.
La famille sort certes politiquement affaiblie de cette élection, mais le bolsonarisme – comme force politique – continue à bien se porter, assurent les experts interrogés par France 24. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas un courant au sein de l'opposition qui veuille tourner la page des Bolsonaro.
"Flavio Bolsonaro a réalisé qu'il était politiquement isolé lorsque son parti a rapidement reconnu les résultats du scrutin alors qu'il voulait les contester", souligne Fiona Macaulay. "La droite brésilienne n'a aucun scrupule à changer de 'héros'. Avant d'opter pour Jair Bolsonaro, elle avait hésité entre cinq autres candidats", précise Larissa Peixoto Gomes.
Cela fait maintenant deux scrutins qui échappent à la droite brésilienne alors qu'elle avait misé sur un Bolsonaro. Il y a, d'après les experts interrogés, de fortes chances qu'une guerre interne se déclenche dans l'opposition, car la droite "dispose d'alternatives pour mener les combats électoraux contre la gauche", estime Janaina Maldonado. Et les figures historiques du bolsonarisme sont condamnées à observer de loin, que ce soit derrière les barreaux pour le patriarche ou depuis la Floride pour deux de ses fils.
Source: France 24 · Sébastian SEIBT
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