Fin octobre 2024, des inondations au sud-est de l'Espagne, ont fait plus de 237 morts, dont 229 dans la région de Valence. Les véhicules entassés sur l'avenue Gomez-Ferrer, dans le quartier d'Alfafar, avaient à l'époque alors fait la une de la presse internationale, rappelle le média public espagnol RTVE.

France Télévisions

Publié le 28/10/2026 16:47 Mis à jour le 28/10/2026 16:48

Temps de lecture : 5min

L'avenue Gomez-Ferrer, à Valence (Espagne), après l'inondation en octobre 2024 et deux ans plus tard. (EFE / BIEL ALINO / ALVARO CABALLERO)
L'avenue Gomez-Ferrer, à Valence (Espagne), après l'inondation en octobre 2024 et deux ans plus tard. (EFE / BIEL ALINO / ALVARO CABALLERO)

Elle est devenue un symbole des inondations d'octobre 2024 à Valence et dans le reste du sud-est de l'Espagne. L'une des images les plus partagées de la tragédie. Elle a fait la une du Washington Post aux Etats-Unis, ou encore du quotidien italien Corriere della sera. L'avenue Gomez-Ferrer, qui sépare les quartiers de Sedavi et d'Alfafar, est depuis tristement connue comme la "rue des voitures". Des dizaines de véhicules s'y étaient alors entassés à l'intersection avec la rue Francisco-Villa "El Morenet". Certains avaient défoncé les murs de boutiques et d'habitations, d'autres avaient permis à des riverains de se mettre hors d'atteinte des flots qui les avaient pris par surprise. Le ravin, se souviennent-ils, est loin d'ici, à plus de deux kilomètres, du côté de Paiporta.

Deux ans après cette catastrophe, la pire qu'ait connue l'Espagne depuis un demi-siècle, RTVE a parcouru cette rue pour mesurer comment elle s'en est remise. Son histoire et celle de ses habitants ou de ses commerces ressemblent à bien d'autres dans la province de Valence : une demi-normalité en surface, un aspect ordinaire, mais un profond traumatisme dès que l'on gratte un peu.

C'est un mardi matin, une chaude journée d'octobre. Les habitants sont dehors. Ils marchent, font leurs courses, passent à la pharmacie. C'est seulement en regardant de près que des signes trahissent ce qui s'est produit ici. Angel nous ouvre la porte de son immeuble. Dans l'entrée, encore très abîmée, une trace de boue indique clairement jusqu'où l'eau est montée. Elle était encore plus haute dans la rue.

Chaque après-midi, il s'occupait de son petit-fils, qui a aujourd'hui presque 3 ans. Depuis le balcon, ils regardaient passer les voitures et jouaient à en deviner la couleur. Il ne se doutait pas que ces mêmes voitures allaient devenir les protagonistes d'un cauchemar. Cet après-midi-là, on lui a demandé d'"aller chercher rapidement" l'enfant à l'école. Sa fille, qui habite à Massanassa, les avait prévenus que les rues étaient déjà devenues des rivières là-bas.

Rentrés chez eux, ils se sont postés à la fenêtre comme d'habitude. Ils n'ont d'abord vu que "deux filets d'eau le long du trottoir". Mais en l'espace de "dix minutes", l'eau "coulait déjà à toute vitesse". Angel a assisté, impuissant, à la destruction. Monté sur le toit avec les enfants, il a vu les voitures fracasser les fenêtres. "Il y avait deux voitures et une caravane qui sont entrées, on entendait des explosions. Bang ! Bang !"

Les véhicules ont heurté la porte de son entrée, et ils n'ont pas pu quitter leur appartement pendant quatre jours, sans eau ni électricité. "On s'est débrouillés avec un réchaud à gaz", dit-il, ainsi qu'avec l'eau et la nourriture fournies par la mairie de Sedaví.

Angel, un voisin de la rue Gomez-Ferrer à Alfafar, montre jusqu'où l'eau est montée dans son entrée (ALVARO CABALLERO / RTVE)

Le commerce auquel il fait référence n'a jamais rouvert. D'autres ont réussi à le faire, mais tardivement. La boutique de mode de Roberta a pu reprendre après quatre mois. Le passage de l'eau et l'impact des voitures avaient détruit tous les murs du magasin, qu'il a fallu reconstruire de zéro. L'entreprise s'est depuis rétablie. Mais quand une nouvelle alerte retentit ou qu'il pleut fort, les ventes s'effondrent : "Personne ne sort d'ici." "Les gens sont très touchés, beaucoup sont sous traitement médical", confie-t-elle. Coïncidence ou non, un cabinet de soutien psychologique vient d'ouvrir, juste à côté.

Elle fait preuve de résilience : "Il faut avancer." Mais dans les conversations entre amis, ils disent tous qu'ils s'efforcent d'éviter d'évoquer les inondations. "Sinon, on se met à pleurer."

Le magasin de Roberta, dévasté par l'inondation en 2024. (DOCUMENT REMIS / RTVE)
Le magasin de Roberta, dévasté par l'inondation en 2024. (DOCUMENT REMIS / RTVE)

Le traumatisme est toujours très présent dans le bar de Nicolas, à quelques mètres de là. Ce 29 octobre 2024, l'établissement tournait comme n'importe quel autre jour. Les inondations, comme tous les témoignages le rappellent, ont pris tout le monde par surprise : il ne pleuvait pas ici. Si bien que lorsque l'eau a commencé à entrer, les propriétaires n'ont même pas eu le temps de sortir, raconte Christian, fils du patron.

Sa mère et une cliente se sont accrochées au robinet de bière pendant de longues minutes pour ne pas être emportées par le courant. Une autre est montée sur le comptoir. Son père a tenté, sans succès, de percer un trou dans le plafond. Voyant que la situation était désespérée, ils ont eu la chance qu'une voiture brise la vitre d'entrée. Son père a hésité, puis s'est dit : "Si je reste là, je vais me noyer." Il a réussi à grimper sur le véhicule, puis sur un balcon, d'où il a pu secourir les autres. L'eau avait atteint 1,90 mètre. La voiture leur avait sauvé la vie. Le mur séparant le bar de l'atelier attenant s'est effondré. A l'intérieur, un tourbillon avait tout piégé. Quand ils sont revenus quelques jours plus tard, ils ont retrouvé des débris de voie ferrée. La gare se trouve pourtant à environ 500 mètres.

Ils ont réussi à rouvrir trois mois plus tard, après un nettoyage à marche forcée et une rénovation qui a englouti une bonne partie de leurs économies. L'assurance, dit Christian, leur a à peine remboursé un quart de leurs pertes. "Si quelque chose comme ça se reproduit ici, alors on va tous faire faillite", avertit-il.

Un graffiti contre l'ancien président valencien Carlos Mazón sur l'avenue Gómez-Ferrer. (A. CABALLERO / RTVE)
Un graffiti contre l'ancien président valencien Carlos Mazón sur l'avenue Gómez-Ferrer. (A. CABALLERO / RTVE)

De nouvelles enseignes ont aussi vu le jour dans la rue, comme la boutique de chaussures de Toni. Son ancien magasin à Sedavi avait été dévasté par 2,2 mètres d'eau. Le propriétaire voulait augmenter le loyer. Il a donc décidé de chercher un local ailleurs, même si celui qu'il a trouvé ici, un ancien kiosque, était lui aussi "en mauvais état". "J'ai vu l'avenir en noir", dit-il, mais il a réussi à rénover l'espace rapidement et à y travailler avant de prendre sa retraite.

Les gens dépensent-ils moins depuis les inondations ? "Ils hésitent un peu", reconnaît-il, mais, puisque "les Valenciens sont très fêtards", il est convaincu que la consommation se redressera.

Psychologiquement, en revanche, "ils sont épuisés", et beaucoup cherchent à se reloger ailleurs. "Mes enfants cherchent un appartement et ne veulent pas se retrouver en zone inondable." Partir après avoir passé toute sa vie ici reste néanmoins "très compliqué", surtout avec les prix de l'immobilier. Quant à déménager, Toni assure ne pas y penser.

Toni, propriétaire d'un magasin de chaussures sur l'avenue Gomez-Ferrer. (Á. CABALLERO / RTVE)
Toni, propriétaire d'un magasin de chaussures sur l'avenue Gomez-Ferrer. (Á. CABALLERO / RTVE)

D'autres, au contraire, n'ont même pas encore pu rentrer chez eux. C'est le cas de la belle-mère et des beaux-frères de Lorena, 44 ans, une habitante d'une rue voisine. Ils vivaient dans un rez-de-chaussée détruit par les inondations. Après la catastrophe, ils ont emménagé chez elle et son compagnon pendant trois mois, avant de trouver un logement temporaire. Le manque de travail dans les premiers mois et les difficultés à obtenir un prêt ont prolongé une situation qui "affecte psychologiquement" toute la famille. Pour eux, comme pour beaucoup d'autres Valenciens, le retour à la normale reste une chimère.

Un article écrit par Alvaro Caballero (RTVE), initialement publié le 28 octobre 2026 à 7h05. Traduit et édité pour franceinfo par Alice Kouri.

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Source: Franceinfo · Vu d'Europe

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