La CGT a recensé jeudi, à 13 heures, « plus de 250 000 manifestants » dans 73 villes, dans le cadre de la journée de mobilisation à l’appel des syndicats pour les salaires.

Live animé par Louise Vallée, Anna Villechenon, Sandra Favier et Emile Drousie (service photo)

A Valenciennes (Nord), le 5 novembre 2026. - AIMEE THIRION POUR « LE MONDE »
A Valenciennes (Nord), le 5 novembre 2026. AIMEE THIRION POUR « LE MONDE »

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13:47 Vos témoignages

13:44 Vos questions

Bonjour,

Le RER D annonce en effet, sur son compte X, que l’arrêt St Denis n’est plus desservi en direction de Melun et Corbeil, et l’arrêt Villeneuve St Georges n’est plus desservi en direction de Creil. Il s’agit de « mesures de sécurité à la demande de la préfecture de police », peut-on lire, sans plus de détails sur les motivations de cette décision.

Même justification sur le compte de la ligne H, qui annonce que les gares de Saint-Denis et Epinay - Villetaneuse en direction de Paris Gare du Nord ne sont pas desservies jusqu’à 15 heures.

13:41

« Les cortèges se déroulent globalement bien », rapporte l’entourage de Laurent Nuñez, qui dénombre 270 000 personnes dans 180 cortèges, hors Paris

A 13 heures, « la journée d’action nationale de l’intersyndicale rassemblait 270 000 personnes dans le cadre de 180 cortèges, hors Paris », selon l’entourage du ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez. « Les cortèges se déroulent globalement bien », précise cette source, qui fait toutefois état de quelques tension.

  • A Lyon, plusieurs centaines d’individus se sont constitués en black blocs, rapporte l’entourage du ministre, précisant que « la situation reste contenue par les forces de l’ordre mais demeure tendue ».
  • A Paris, plusieurs cortèges sauvages ont été « dispersés » et redirigés vers la place de la République.
  • L’entourage du ministre fait aussi état de quelques « actions violentes » dans le cadre du mouvement lycéen à Toulouse, de « jets de boules de pétanque » à Rennes ou encore de « jets de projectiles visant des personnels d’établissement et les forces de l’ordre » à Pau et Orléans.

« Les forces de l’ordre restent fortement mobilisées sur les cortèges de l’après-midi : pour contenir les groupes violents, prévenir les débordements et intervenir chaque fois que nécessaire afin de protéger les personnes, de sécuriser les cortèges et les bâtiments publics », assure l’entourage du ministre.

13:36 Sur le terrain

A La Réunion : Patrice, 62 ans : « Je suis outré par la façon dont le gouvernement répond aux revendications de la jeunesse »

« Pourquoi je suis dans la rue aujourd’hui ? Parce que je suis un militant de l’écologie et de l’éducation populaire, avec les lycéens et contre la vie chère », lance, comme s’il énonçait une évidence, Patrice Boyer, 62 ans, professeur de lettres dans l’est de La Réunion.

Surtout, s’indigne l’enseignant, « je suis outré par la façon dont le gouvernement répond aux revendications de la jeunesse. Par de la discorde et de la fracture ». Bientôt à la retraite, il se considère comme un « privilégié ». Mais aujourd’hui, « je ne vois pas comment on ne peut pas être là », insiste-t-il. « Le monde qu’on offre aux jeunes est celui de la haine, de la xénophobie, de l’argent, de l’absence de solidarité ».

Dans un territoire où 36 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, l’enseignant s’inquiète aussi du problème de « la répartition des richesses ». Et puis, il y a cet autre sujet qui le taraude : la montée de l’extrême droite dans l’île, avec des discours décomplexés visant les personnes originaires de Mayotte ou de Madagascar et la recherche de boucs émissaires désignés.

Y compris dans certains médias locaux qui « font du CNews à leur sauce ». « Il ne faut pas se faire d’illusion », s’exaspère Patrice Boyer en tenant sa pancarte verticale où il a écrit : « Il n’y a qu’un sol : celui de notre planète ». « Ce n’est pas parce que notre île est une terre de métissage que le racisme n’existe pas. Descendre dans la rue, c’est dire non aussi à ça, et développer l’esprit critique. »

Jérôme Talpin (Saint-Denis (La Réunion), correspondant)

13:36 En photos

PARIS | Ce matin, avant le début de la manifestation, place de la République à 13 heures

Manifestation des lycéens de plusieurs lycées parisiens, ce jeudi matin, dans le quartier de Saint-Paul, à Paris, le 5 novembre 2026.
Manifestation des lycéens de plusieurs lycées parisiens, ce jeudi matin, dans le quartier de Saint-Paul, à Paris, le 5 novembre 2026.
Des lycéens manifestent, rue Saint Antoine, dans le quartier Saint-Paul, dans le 4e arrondissement de Paris, le 5 novembre 2026.
Des lycéens manifestent, rue Saint Antoine, dans le quartier Saint-Paul, dans le 4e arrondissement de Paris, le 5 novembre 2026.
Des manifestants sortent du métro près du cimetière du Père Lachaise, à Paris, le 5 novembre 2026.
Des manifestants sortent du métro près du cimetière du Père Lachaise, à Paris, le 5 novembre 2026. 
Des forces de l’ordre montent dans un immeuble, sur le boulevard Voltaire, non loin de la place de la Nation, à Paris, le 5 novembre 2026.
Des forces de l’ordre montent dans un immeuble, sur le boulevard Voltaire, non loin de la place de la Nation, à Paris, le 5 novembre 2026.

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13:25 Urgent

« Plus de 250 000 manifestants » dans 73 villes à 13 heure, selon la CGT

La CGT a recensé jeudi à 13 heures « plus de 250 000 manifestants » dans 73 villes, dans le cadre de la journée de mobilisation à l’appel des syndicats pour les salaires. « Le message est “rien ne nous arrêtera, la seule chose qui fera cesser la mobilisation est la réponse aux revendications” », a déclaré la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, à la presse avant le départ du cortège parisien. « Plus vous attendez, plus la facture s’élèvera », a-t-elle averti le gouvernement.

13:18 Vos questions

L’ambiance est calme sur la place de la République, à Paris, qui se remplit doucement. Les véhicules police et gendarmerie sont positionnés sur les rues autour de la place avec, par endroits, des barrières anti-émeutes, sauf sur le boulevard Voltaire, d’où le cortège partira en direction de Nation. Sur le boulevard, plusieurs magasins ont protégé leurs vitrines avec des panneaux de bois.

L’Orchestre du Nouveau Monde s’est installé au centre de la place, au pied de la statue.

Bastien Bonnefous

13:17 Vos témoignages

13:13 Sur le terrain

TOURS | Sasha, 19 ans : « La violence institutionnelle devient insupportable »

A Tours, la tête du cortège arrive devant l’hôtel de ville, point d’arrivée officiel de la manifestation, sans incidents ni violence jusqu’à maintenant. Un cortège massif, « plus de 20 000 » manifestants selon les organisations syndicales, 16 200 selon la police (contre 12 000 personnes lors de la dernière manifestation du 31 octobre). Importants dispositifs de CRS à l’entrée de la rue Nationale, principale artère commerçante du centre-ville. Quelques tirs de mortiers résonnent du côté d’un petit groupe de manifestants masqués et vêtus de noir. Le titre « La rage » de la rappeuse Kenny Arkana résonne sur toute la place, occultant en partie la musique d’une des fanfares présente aujourd’hui.

Étudiant en deuxième année de sociologie, Sasha, 19 ans, explique « comprendre et parfois soutenir la violence » qui s’exprime dans la rue, et qui n’a pas (encore) explosé aujourd’hui. « La violence institutionnelle en face devient insupportable », raconte-t-il. Même son de cloche chez son amie Agathe, 20 ans, étudiante en LEA qui dit « bien différencier les manifestants énervés des casseurs ou pilleurs ». Si elle affirme « ne pas avoir le courage, pour l’instant » de rejoindre les manifestants masqués, elle se contentera de « les applaudir », termine-t-elle en souriant.

Dans un coin de la place, sur l’une des sonos, une voix appelle les manifestants « qui veulent aller à la confrontation à le faire en conscience et en faisant attention à eux ». Le reste du cortège, qui termine d’arriver sur la place dans le calme, regarde avec curiosité le petit groupe masqué se rapprocher du cordon policier.

Séverin Graveleau

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13:12 Sur le terrain

PARIS | Devant le lycée Sophie-Germain, des enseignants admiratifs de la détermination des élèves : « Ils ont fait trembler le gouvernement »

Devant le lycée Sophie-Germain, dans le centre de Paris, une vingtaine d’enseignants se tenait jeudi matin derrière un piquet de grève, sous de grandes banderoles clamant leur « soutien aux lycéens ».

Dans cet établissement, bloqué depuis début octobre, les élèves ont repris les actions dès lundi, mais se heurtent aux CRS depuis mardi matin. Ces derniers étaient présents dès 6 h 30 jeudi matin pour empêcher les adolescents d’installer les poubelles devant l’entrée du lycée. Le lycée a néanmoins été fermé dès le début de matinée.

« Je suis admirative de leur action, confie Christine Barbacci, professeure de français dans l’établissement. Ils ont fait trembler le gouvernement. Ils ont réussi là où nous avions échoué en 2019 en protestant contre la réforme Blanquer [du lycée et du baccalauréat] ». Derrière elle, un autre professeur brandit une pancarte en carton barrée du slogan « Réforme Blanquer, Ctrl+Z », en référence au raccourci clavier permettant d’annuler une action. L’enseignante de 65 ans évoque la « maturité » des élèves, leur « détermination », leur « solidarité » aussi. « On disait cette génération apathique, on voit tout l’inverse : ils se lèvent aux aurores depuis des semaines, ils sont très organisés, très investis », salue-t-elle. 

Avec ses collègues, elle porte aussi un brassard « en grève » autour du bras pour revendiquer une « école plus juste et démocratique », des hausses de salaire pour les fonctionnaires − singulièrement les enseignants − ainsi que davantage de moyens pour, notamment, faire diminuer les effectifs par classe.

Eléa Pommiers

13:09 Sur le terrain

RENNES | Jean-Marc Llavori, FSU : « L’unité syndicale s’impose dans cette saturation des colères » 

Une heure avant le début de la manifestation à Rennes (Ille-et-Vilaine), les organisations syndicales s’installent place de Bretagne. Les militants de la CFTC s’affairent autour d’un barbecue où grillent des saucisses à enrouler dans une galette, le mets traditionnel breton. Dans le fumet, Thierry Peschard, secrétaire régional de la CFTC, commente : « Le parcours a été validé dans la douleur avec la préfecture, hier soir. Les onze organisations syndicales n’ont rien lâché et ont toutes signé l’appel à manifester. »

Dans les rangs des organisateurs, on appréhende cette manifestation annoncée comme massive dans la capitale bretonne. Depuis le 17 octobre, les mobilisations déplacent toujours plus de monde. Jusqu’à 13 500 participants, selon la préfecture, dont les estimations sont jugées sous-estimées par les habitués des cortèges locaux. Chaque défilé s’est soldé par son lot d’exactions et de dégradations. « On ne veut pas d’amalgame entre les casseurs et les syndicats. Nous sommes ici pour faire entendre nos revendications sur les conventions collectives hypocrites, la sinistrose qui enfle, le coût de la vie pour nos jeunes… », insiste le responsable de la CFTC.

Son homologue de FSU s’approche. Jean-Marc Llavori, professeur de mathématiques dans un collège et secrétaire départemental de FSU, opine : « On retrouve l’unité syndicale connue lors de la réforme des retraites. Elle s’impose dans cette saturation des colères. On vit un moment d’accumulation des mécontentements qui n’ont pas été écoutés depuis dix ans. »

Benjamin Keltz (Rennes, correspondant)

13:06

Sur les réseaux sociaux, des images de cortèges fournis, plutôt pacifiques et bon enfant, de Bayonne à Chambéry, Nantes ou Marseille

Les plateformes ancrées dans les communications syndicales et militantes traditionnelles accueillent les images de la mobilisation. Par exemple sur X, anciennement Twitter, où l’on trouve depuis la fin de matinée de nombreuses vidéos de cortèges dans toute la France.

Des images émanant de comptes syndicaux, militants ou de médias locaux montrent des rassemblement recouverts de drapeaux très fournis, à Nantes et Marseille notamment, avec des images de lycéens placés en tête des manifestations. Diverses actions capturées dans des localités comme Bayonne, Melun, ⁠⁠⁠Clermont Ferrand, Toulon, Saint-Brieuc, Caen, Chambéry... sont aussi diffusées.

Sur la plupart de ces images, on assiste à des cortèges pacifiques et bon enfant, ainsi qu’à des moments musicaux. Comme à Marseille, ou à Paris, où l’orchestre du Nouveau Monde est revenu ce midi sur la place de la République.

Quelques images de tension, ou de violences, sont toutefois aussi présentes. Par exemple aux abords de lycées bloqués à Strasbourg, et à Toulouse, où un établissement a été incendié. Les images du média d’extrême-droite Frontières à Paris rue de Rivoli, accueilli par des « Casse-toi » d’étudiants bloquant la rue et des jets de projectiles, circulent aussi : notamment celles où un CRS a demandé à Frontières de cesser ses « provocations ».

A Nantes, le 5 novembre 2026.
A Nantes, le 5 novembre 2026.

Michaël Szadkowski

13:06 Vos témoignages

13:03 Sur le terrain

TOULOUSE | Après une matinée agitée, confusion autour du point de départ de la manifestation

Mercredi matin, après une réunion à la préfecture des huit organisations syndicales (CGT, FO, CFDT, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU et Solidaires), l’intersyndicale faisait savoir qu’elle maintenait sa décision de manifester en centre-ville, sur les boulevards, entre Saint-Cyprien et Jean-Jaurès. La veille, la préfecture avait annoncé qu’elle interdisait ce parcours jugé trop risqué au vu des affrontements et des pillages survenus lors des trois dernières manifestations du samedi. Une décision confirmée par le tribunal administratif dans la soirée de mercredi.

Les syndicats ont donc décidé de maintenir le parcours initial, avec un départ prévu à 14 heures du quartier Saint-Cyprien, mis à part la CFE-CGC, l’Unsa et la CFTC. « Nous avons des revendications très fortes à exprimer. Et la préfecture ne peut pas tenter de les étouffer ainsi », avance Cédric Caubère, le secrétaire général de la CGT de la Haute-Garonne. Au menu des revendications : pouvoir d’achat dans le privé et le public. Les lycéens, étudiants, et « gilets jaunes » ont également été invités à rejoindre le mouvement après une matinée agitée dans certains lycées. Pour la préfecture, des appels à la violence, proférés sur les réseaux sociaux, font craindre que « des troubles à l’ordre public puissent être réitérés » jeudi.

Dans ce contexte, Fabrice Rigoulet-Roze, préfet de la région Occitanie et de la Haute-Garonne, a pris par arrêté préfectoral plusieurs mesures d’encadrement de la mobilisation comme « l’interdiction de l’achat, la vente, la cession, le port, le transport et l’utilisation d’artifices de divertissement, de fumigènes et de pétards », ainsi que « les équipements de protection (casque, gants) ». L’intersyndicale considère pour sa part qu’il « n’y a pas de fatalité à la casse » sur le parcours qu’ils proposent et que la manifestation peut se tenir de façon « convenable ». Départ prévu à 14 heures, dans la Ville rose qui semble en état de siège.

Philippe Gagnebet (Toulouse, correspondant)

13:01 Sur le terrain

MARSEILLE | Marc Pietrosino, secrétaire général de la CGT : « On ressent quelque chose de différent, parce que personne n’arrive à tenir les fins de mois »

A Marseille, une partie du cortège officiel qui devait s’arrêter place Castellane s’offre une prolongation jusqu’au boulevard Périer, alors que la queue du défilé est encore sur la Canebière. « On avait prévu ça avec la préfecture en cas de très grosse fréquentation », explique Marc Pietrosino, secrétaire général de la CGT dans les Bouches-du-Rhône, qui annonce 150 000 personnes. De son côté, la préfecture annonce qu’elle ne donnera pas de chiffres des manifestants à Marseille avant son bilan définitif de fin de journée.

« On a dépassé en nombre la manifestation du 24 octobre, poursuit le responsable syndical. Ça traduit qu’il y a dans le pays vraiment beaucoup de colère qui a besoin de s’exprimer. Ce n’est pas le mouvement contre la réforme des retraites, ce n’est pas le mouvement des “gilets jaunes” : on ressent quelque chose de différent, parce que personne n’arrive à tenir les fins de mois ». Comment voit-il la suite ? « Pour nous, c’est simple : on va appeler à des grèves reconductibles pour gripper l’économie et que le gouvernement nous entende enfin. On n’a que ça comme arme ». 

Gilles Rof (Marseille, correspondant)

12:54 Sur le terrain

SENS | « Chez nous, c’est toujours gentillet » : 400 personnes défilent dans les rues de la sous-préfecture de l’Yonne

Frédéric Cerneau, 52 ans, chasuble Force ouvrière sur le dos, a retrouvé le sourire. La veille, l’électromécanicien s’inquiétait qu’il n’y ait pas grand monde au rassemblement de Sens. Finalement, ils sont 400 – la CGT et les renseignements territoriaux sont tombés d’accord sur ce chiffre. Pour une sous-préfecture comme celle-ci, « c’est pas mal du tout », salue l’ouvrier, qui s’attendait à deux fois moins.

Certes, on n’est plus du temps des manifestations contre la réforme des retraites, en 2023, 4 000 manifestants dans les rues de la petite ville, « autant de monde qu’à Auxerre », se rengorge l’ouvrier. « On avait de l’espoir encore, on y croyait. » Puis, il y eût la douche froide du 49.3. Et, pour Frédéric Cerneau, comme pour bon nombre de camarades de son atelier, une profonde remise en question quant au rôle des syndicats. « Maintenant, on est un peu à court d’arguments pour mobiliser les gens au-delà de notre noyau dur. »

Frédéric, 52 ans, technicien, et militant syndical Force Ouvrière, au début de la manifestation à Sens (Yonne), le 5 novembre 2026.
Dans le cortège de l’intersyndicale, lors de la manifestation à Sens (Yonne), le 5 novembre 2026.
Maélysse, 16 ans, lycéenne en première, prend le micro  au début de la manifestation, à Sens (Yonne), le 5 novembre 2026.

Puis, sont arrivés les lycéens. Ce nouveau souffle a retrempé l’âme des vieux routiers des cortèges. Ce matin, on place la petite bande du lycée Janot en tête de cortège ; Maélysse, élève de première, prend le mégaphone pour annoncer le départ. Lou, Kézia, Clovis, Raphaël, Eliaz et Alanisse, sont contents de trouver là un peu plus de monde pour serrer les rangs que ce matin, seuls devant les grilles de leur lycée.

Tout le monde se connaît ici, ça se claque la bise et se demande des nouvelles des anciens. Un « gilet jaune » historique du rond-point du Super U – qui ne donnera pas son nom, mais a écrit « Sens, 17-11-2018/21-11-2026 sur son dos », est venu grossir les rangs du cortège. Il est le seul et ne tient pas à ce que ça se sache. Les autres ? « On n’est pas trop pour faire des trucs encadrés avec les syndicats normalement. »

Jean-Luc, 67 ans, retraité, sonne la corne  pendant la manifestation à Sens (Yonne), le 5 novembre 2026.
A Sens (Yonne), le 5 novembre 2026.

Quelques calicots de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et de La France insoumise plus loin, on croise Jean-Luc Guilloton, chasuble « CGT retraités », peluche de sanglier sur la tête et corne de chasse autour du cou. Fonctionnaire territorial à la retraite, il est heureux de voir qu’un média national s’intéresse à un « petit cortège de province » et à leurs revendications : « Chez nous à Sens, c’est toujours gentillet, y’a jamais eu de casse, jamais. Sauf que ça ne fait pas d’images pour les [chaînes de télévision en continu comme] BFM, qui préfèrent être en boucle là-dessus. Résultat, le guignol qui habite au fin fond de sa campagne et reste derrière sa télévision, on leur monte la tête et après ils votent » pour le Rassemblement national.

Si la tradition syndicale locale veut que les manifestants enchaînent ensuite avec le rassemblement de l’après-midi à Auxerre, le prix du carburant a malheureusement changé la donne.

A Sens (Yonne), le 5 novembre 2026.

Camille Bordenet

12:50

Plusieurs sites touristiques parisiens aménagent leurs horaires en raison de la mobilisation

« En raison du mouvement de grève nationale, la tour Eiffel est fermée aujourd’hui », annnonce, jeudi matin, la société d’exploitation sur le site du monument. Si le musée du Louvre reste ouvert, « certaines salles sont exceptionnellement fermées », précise de son côté le site du musée. Quant au musée d’Orsay, il annonce une fermeture anticipée des portes à 18 heures, avec un dernier accès à 17 heures.

12:50 Sur le terrain

VALENCIENNES | Mireille, 77 ans : « Les jeunes nous ont réveillés avec leurs revendications »

Sur le pas de sa porte, Mireille, 77 ans, applaudit le défilé en route vers son point d’arrivée, en plein cœur de Valenciennes. Elle a travaillé toute sa vie dans le textile, dans la métropole lilloise, avant de venir s’installer ici à sa retraite. « Les jeunes nous ont réveillés avec leurs revendications », se félicite-t-elle, regrettant de ne pouvoir être de la manifestation, handicapée par une récente opération de la hanche.

Un homme vient la saluer. Il tient une pancarte sur laquelle est écrit « Liberté ? Égalité ? On n’a plus que la fraternité ! ». Et s’étonne qu’il y ait relativement peu de jeunes dans le rassemblement valenciennois. Les troupes sont surtout constituées de salariés du privé et de la fonction publique, syndiqués pour beaucoup et reconnaissables avec leur gilet fluo et siglés.

A Valenciennes (Nord), le 5 novembre 2026.

Deux auxiliaires puéricultrices qui travaillent dans une pouponnière accueillant des bébés placés estiment que « maintenant, c’est aux salariés de prendre le relais. Les jeunes ne doivent pas gâcher leur année ». Mais, comment tenir sur la durée s’il faut faire grève régulièrement ? « La grève, ça coûte cher. Les manifs le samedi, c’est mieux. Et même, pourquoi pas le dimanche ? » Comme beaucoup, elles s’emportent contre « la déconnexion de nos dirigeants qui ne comprennent rien de ce qu’on vit. C’est tragique ».

Et dangereux pour la suite s’inquiète Claude Hubert, fonctionnaire territorial, qui y voit « au final, une menace pour la démocratie. Parce que, quand les gens ont le sentiment de ne jamais être écoutés et d’être méprisés alors qu’ils bossent et font ce qu’ils peuvent, ils finissent par voter n’importe comment. Suffit de voir comment le RN [Rassemblement national] a progressé dans le Nord ces dernières années ». Régulièrement, il en parle avec des collègues : « Je leur rappelle que le RN prétend défendre le peuple mais ses députés votent régulièrement contre les avancées sociales et, au final, pour les intérêts des plus riches. »

A Valenciennes (Nord), le 5 novembre 2026.

Florence Traullé (Valenciennes, correspondante)

12:45 Sur le terrain

A La Réunion : « avec la hausse continue du prix du super, nous perdons de l’argent en travaillant »

Drapeau rouge en main et tee-shirt aux couleurs de la CGT-Réunion, leur syndicat, Linda Dibar, 46 ans, et Delphine Grondin, 41 ans, ont rejoint à grand pas le cortège d’environ 1 000 manifestants, à Saint-Denis, après une première manifestation, tôt dans la matinée, devant le conseil départemental de La Réunion.

Employées comme aides à domicile pour les personnes âgées, dépendantes et malades, toutes les deux expriment le « ras-le-bol » de leur profession. Leur réalité quotidienne : des emplois à temps partiels avec 700 à 900 euros mensuels et « une grande pénibilité ». « Beaucoup de charges physiques et mentales », insiste Linda Dibar qui dénonce aussi des indemnités de déplacement avec leur véhicule personnel fixées à 0,35 euros le kilomètre. « Avec la hausse continue du super, nous perdons de l’argent en travaillant », s’emporte Linda Dibar. 

Leur syndicat milite pour la création d’un service public de l’autonomie, une revalorisation des salaires et la fin du temps partiel subi. « Les jeunes ne restent pas dans la profession parce que c’est trop dur à la longue et pas assez rémunéré », regrette Delphine Grondin. « Ces personnes ont besoin de nous pour leur repas, leur toilette ou l’entretien de leur domicile, insiste-t-elle. Les Ehpad ne sont pas assez nombreux et sont trop chers pour beaucoup. L’aide à domicile représente l’avenir ». D’autant plus que d’ici à 2050, le nombre de séniors en perte d’autonomie devrait doubler à La Réunion, selon les prévisions de la direction régionale de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Une hausse plus importante que dans l’Hexagone en raison d’un vieillissement plus rapide de la population.

Jérôme Talpin (Saint-Denis (La Réunion), correspondant)

12:44

« Frontières, casse-toi » : le média d’extrême droite accueilli froidement par les lycéens à Paris

Le média d’extrême droite Frontières a été accueilli froidement par les lycéens, sur les lieux d’un blocage organisé rue de Rivoli. « Frontières, casse-toi », scandent des lycéens sur des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, huant le journaliste Jordan Florentin, membre de la rédaction de l’émission « 100 % Frontières », à son arrivée. « A bas l’Etat, les flics et les fachos », crient d’autres manifestants derrière lui.

Sur une autre vidéo diffusée par le journaliste indépendant Hugo Couturier, un CRS demande à M. Florentin d’« arrêter la provocation », ce dernier affirmant qu’il ne cherche qu’à « faire [son] travail ». Un autre CRS appelle les manifestants à ne pas s’approcher de lui. « Mais c’est lui qui s’approche de nous », répond une lycéenne.

Le contexte

  • Cette grève générale a été annoncée le 5 octobre par une intersyndicale réunissant la CDFT, la CGT, FO, l’UNSA et la FSU. L’objectif affiché est de défendre les « salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie » et de dénoncer la « baisse des moyens des services publics ». Mardi, une carte de la CGT recensait 244 manifestations dans toute la France pour la journée de jeudi.

  • Dans l’éducation, plusieurs syndicats ont d’ores et déjà rejoint l’appel à la mobilisation comme le SNES-FSU, le premier syndicat des collèges et des lycées. Ils appellent à davantage de moyens pour l’éducation nationale, au retrait de la réforme du baccalauréat mais aussi à la fin de Parcoursup. L’ensemble des syndicats de l’enseignement privé sous contrat – qui scolarise près de 17 % des élèves français – a aussi appelé à faire grève, ce qui constitue une première, selon eux.

  • A la SNCF, les quatre principaux syndicats de la compagnie ferroviaire ont appelé les agents à se mettre en grève. La SNCF prévoit un trafic perturbé jeudi, tandis que, dans l’agglomération parisienne, la RATP table sur un trafic « normal » sur ses métros, bus et tramways, à l’exception du RER B.

  • La coordination des « gilets jaunes » espère que le 5 novembre ne soit pas juste un « 5 novembre intersyndical » mais « du peuple ». Ils appellent également à reconduire grèves et blocages le 6 novembre, puis à un « acte IV », samedi, « pour l’égalité réelle », avec des manifestations partout en France.

Source: Le Monde · Louise Vallée, Anna Villechenon, Sandra Favier et Emile Drousie (service photo)

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