Des manifestations à l’appel des lycéens, étudiants, syndicats et « gilets jaunes » ont eu lieu dès ce matin à travers la France. A Paris, le cortège partira à 14 heures de la place de la République.
Live animé par Louise Vallée, Anna Villechenon et Emile Drousie (service photo)
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11:45 Sur le terrain
Plusieurs départs de feux dans des lycées de Toulouse et de la banlieue proche
A Toulouse, alors que la manifestation est prévue à partir de 14 heures, et malgré un parcours refusé par la préfecture, c’est dans les lycées que la matinée s’est enflammée. En premier lieu au lycée Françoise de Tournefeuille. Dès 8 h 30, selon des témoignages recueillis par La Dépêche du Midi, un groupe de jeunes cagoulés a tiré des mortiers d’artifice, provoquant des incendies. La proviseure a décidé de fermer l’établissement pour des raisons de sécurité, tandis que les pompiers luttaient contre les flammes. « Ce n’étaient pas des élèves venus faire entendre leurs revendications, mais des individus venus pour terroriser, saccager et incendier. Et ils y sont parvenus », affirme une enseignante. Dans une vidéo postée sur son profil Facebook, Kamel Chibli, vice-président de la région Occitanie, se dit « profondément dépité et révolté par les dégradations commises ce matin au lycée de Tournefeuille. Ça donne envie de pleurer...».
D’autres incidents de ce type, mais de moindre importance, sont à signaler dans Toulouse. Les pompiers viennent d’arriver au lycée Victor Hugo de Colomiers pour éteindre une première tentative de départ de feu. Des forces de police sont également présentes à proximité de l’établissement. Un peu plus tard, des feux de poubelles étaient également en cours, à proximité du lycée Stéphane Hessel à Toulouse. La police s’est rapidement rendue sur place.
Philippe Gagnebet (Toulouse, correspondant)
11:40 Sur le terrain
A Tours, Elsa, 19 ans, participe à sa première manifestation : « Il y a plein de gens non politisés qui entrent dans le mouvement »
A Tours, Margot, 21 ans, explique qu’elle n’avait « jamais vraiment été en manifestation avant cet automne 2026 ». Mais l’étudiante en L3 de droit a été « très choquée par la forte répression du mouvement lycéen ». C’est ce qui l’a amenée à participer dès le 17 octobre aux assemblées générales puis au blocus de sa faculté, d’ordinaire peu prompte aux mobilisations. « J’avais peur de venir, c’est pour ça que je suis là », lit-on sur sa pancarte rose et noire.
A côté d’elle, son amie Elsa, 19 ans, participe à sa première manifestation. « Il y a dans notre entourage plein de gens non politisés qui entrent dans le mouvement » raconte-t-elle, en poussant la voix sous son masque chirurgical rose. Si elle se mobilise, c’est contre « les conditions d’études dégradées » dans les lycées et les universités, mais aussi pour dénoncer le plan « Bienvenue en France », qui instaure des droits d’inscription majorés pour les étudiants étrangers, et « la montée du racisme » en France. Derrière elle résonne le mème devenu slogan : « On fait caca sur Bardella, pipi sur les nazis… ». La queue du cortège, festif dans son ensemble, quitte à peine le point de départ de la manifestation qui a démarré ici à 10 h 30.
Séverin Graveleau
11:30 En vidéo
11:16 En photos
11:14 Sur le terrain
A Paris et en Seine-Saint-Denis, une « présence policière plus forte depuis le début de la semaine », source de tensions
Devant le lycée Paul-Robert aux Lilas (Seine-Saint-Denis), la situation est tendue en début de matinée. Des lycéens bloquent l’entrée principale et l’entrée pour les pompiers qui doit légalement rester dégagée. L’interpellation d’une assistante d’éducation mardi est encore dans toutes les têtes. « C’était choquant, on espère que cela va bien se passer aujourd’hui », assure Rita, lycéenne déterminée à « ne pas lâcher sur ses revendications ». Des slogans tels que « acab » (all cops are bastards) ou « tout le monde déteste la police » retentissent.
Des parents essaient de jouer les médiateurs alors que les forces de l’ordre ont expliqué qu’ils devront libérer l’accès. « On est venu les soutenir », explique Laure, mère d’un lycéen mobilisé. « Ils manifestent pacifiquement pour leurs droits. La charge des policiers mardi les a laissés dans une grande incompréhension », assure-t-elle.
Au lycée Voltaire à Paris aussi, « la présence policière est plus forte depuis le début de la semaine », de l’avis des lycéens et enseignants interrogés. Vers 9 h 30, les forces de l’ordre sont parties. Après une minute de silence pour les victimes de l’attentat de Trappes (Yvelines), la musique reprend et les élèves dansent devant les poubelles au son de « Sexy nana » d’Aya Nakamura. Plus tôt dans la matinée, les policiers ont tenté d’empêcher le blocus de se tenir, selon plusieurs témoins, avant que la proviseure décide de l’annulation des cours pour la journée.
« Avant les vacances, il y avait seulement deux, trois policiers qui regardaient ce qui se passait. Depuis le début de la semaine, ils sont plus d’une dizaine et ils arrivent tôt le matin », raconte Jade, élève de première mobilisée depuis le début. « On ne se voit pas reprendre les cours dans ce contexte. On aurait l’impression d’abandonner. » A côté d’elle, son amie Héléna pense tout de même qu’il « va falloir trouver des alternatives au blocage ».
Des enseignants sont présents aux abords du lycée. Ils sont en grève aujourd’hui pour exprimer leur soutien au mouvement et demander de meilleures conditions de travail et de salaire. « C’est encore gérable mais la situation se tend, c’est vrai. Les profs sont divisés, les parents sont divisés, les élèves commencent à l’être sur la suite du mouvement. Et la présence policière n’aide pas à l’apaisement », juge Marie, professeure du lycée, en grève aujourd’hui. Elle se dit néanmoins « admirative » de la capacité de ses élèves à « se mobiliser, discuter, réfléchir entre eux. Il va falloir leur laisser davantage la parole. » Un cortège commun entre enseignants et élèves doit se rendre à la manifestation cet après-midi.
Sylvie Lecherbonnier
Sur Le Monde aujourd’hui
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11:12
Sur les réseaux sociaux, l’heure est à la convergence
Dans les canaux Signal, Telegram et autres des « gilets jaunes » et organisations lycéennes ou étudiantes, l’heure est à la convergence. Contrairement à ce qui s’échangeait samedi 31 octobre, très peu d’appels à ne pas suivre les manifestations syndicales autorisées circulaient jeudi matin. Dans ces boucles, les incitations tournent plutôt pour aller prêter main forte aux blocages de lycées et premiers cortèges d’étudiants, ou à rejoindre des piquets de grève en attendant le départ des manifestations. Car les 417 rassemblements déclarés sur le site 17octobregiletjaune.net recoupent beaucoup ceux diffusés par les centrales syndicales − comme ceux de la carte des manifestations du jour tenue par la CGT.
Dans ces boucles, qui avaient largement servi de base et de discussions pour les mobilisations du 17, 24 et 31 octobre, des rengaines appelant au prolongement sont aussi rediffusées. On croise encore quelques appels à la grève le « 6-7 novembre » - en référence au « six - seven » populaire chez les plus jeunes.
Mais c’est surtout un acte IV des « gilets jaunes » fixé au samedi 7 novembre, à 14 heures à Concorde, qui est le plus poussé. Une vidéo de la « coordination générale 17 octobre » appelle depuis mercredi les « “gilets jaunes”, jeunes, parents, retraités, travailleurs, travailleuses, paysannes, paysans, fonctionnaires, personnels soignants, utopistes, quartiers populaires... toutes et tous place de la Concorde (...) pour reprendre nos vies en main ». « Si la préfecture interdit le rassemblement, nous appellerons à désobéir massivement », précise cet appel.
Michaël Szadkowski
11:04
L’UNSA appelle à une augmentation du point d’indice des fonctionnaires et à revoir les bas salaires
Le secrétaire général de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) fonction publique, Luc Farré, a rappelé, jeudi sur BFM-TV, que les revendications sur le pouvoir d’achat touchent « l’ensemble des Français ». Il a alerté sur les difficultés économiques partagées par les fonctionnaires, dont le pouvoir d’achat se réduit du fait de l’inflation et appelé à augmenter le point d’indice mais aussi à revoir les bas salaires, soulignant que 862 000 agents sont payés sous le smic.
Lire aussi :
M. Farré rappelle qu’une augmentation d’1 % du point d’indice est estimée à 1,5 milliard d’euros, et souligne que les aides publiques aux entreprises ont représenté, elles, 211 milliards d’euros en 2023, selon les calculs de la commission d’enquête sénatoriale. « Il y a des choix politiques qui sont faits ».
10:46 Urgent
Mouvement lycéen : Matignon fait état de 2,2 % des établissements « bloqués » ; l’Union syndicale lycéenne estime que plus de 1 000 lycées sont à l’arrêt
Selon Matignon, à 10 heures, environ 2,2 % des établissements étaient « bloqués » jeudi matin, soit 81 lycées sur 3 700. Et « aucune situation de blocage n’est relevée dans 84 % des départements », a ajouté le ministère de l’éducation. Le gouvernement ne précise pas si ce chiffre inclut les lycées fermés.
Selon l’Union syndicale lycéenne, les remontées du début de matinée permettent d’établir un premier bilan à plus de 1 000 lycées à l’arrêt. Ce chiffre inclut les lycées bloqués par les lycéens et lycéennes, mais aussi les lycées fermés administrativement sous la pression de précédents blocus.
Une estimation confirmée par le SNES-FSU, premier syndicat dans le secondaire, qui recense « près d’un millier de lycées bloqués, partiellement ou totalement, ou fermés administrativement » et 52 % des personnels en grève dans les collèges et lycées.
10:39 Sur le terrain
A Marseille, « là, il y a le risque qu’on nous mette des absences non justifiées. Et ça va sur Parcoursup »
Une marée de poubelles renversées bloque une des entrées du lycée Thiers dans le centre-ville de Marseille (1er), mais un cordon de CRS protège la ruelle qui accède à la cantine de l’établissement. « C’est un barrage filtrant pour permettre aux élèves qui veulent rentrer au lycée de le faire. Les CRS ont menacé de nous gazer si nous le refusions », explique Leila, 15 ans, un prénom d’emprunt choisi par cette élève de seconde.
« Quand tout est bloqué, les absences sont justifiées… là, il y a le risque qu’on nous mette des absences non justifiées. Et ça va sur Parcoursup », explique sa copine Clara, 15 ans elle aussi, qui vient d’un lycée professionnel des quartiers sud où la mobilisation est plus faible.
Alors qu’un petit cortège se forme pour rejoindre la manifestation prévue à 10 h 30 à l’appel de l’intersyndicale, les deux amies disent toujours espérer une issue positive pour le mouvement lycéen. « Les propositions faites par le gouvernement ne sont pas à la hauteur. Et avec la présidentielle qui arrive, ces politiques-là ne seront plus au pouvoir pour les appliquer », constate l’une. « La force de la jeunesse c’est l’espoir et il faut continuer d’y croire et espérer que le mouvement continue à s’entendre », poursuit son amie.
Gilles Rof (Marseille, correspondant)
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10:36 Sur le terrain
Des lycéens bloquent la rue de Rivoli, à Paris, avant d’être dispersés par les forces de l’ordre
Peu avant 9 h 45, environ deux cents lycéens ont érigé deux barricades à l’aide de vélos et de poubelles, rue de Rivoli, où la circulation a été coupée près de l’église Saint-Paul. Les manifestants se sont levés à 6h30 pour rejoindre leur lycée, puis d’autres établissements « qui avaient du mal à bloquer » avant d’aller « bloquer la rue » dit un élève de 1ère.
Ils viennent des quatre établissements du centre de Paris, Sophie Germain, Charlemagne, Victor Hugo et Simone Weil, et d’autres des environs, où des blocus ont été levés par les CRS au petit matin et les cours banalisés. « C’est pour montrer qu’on est encore là, qu’on peut faire des choses et qu’on veut être écoutés sur nos revendications, pas juste avoir des promesses en l’air », explique une élève de seconde, qui n’a pas souhaité donner son nom.
Ils se sont regroupés jusqu’à arriver rue de Rivoli et monter une barricade de poubelles qui a tenu une demie heure avant d’être démantelée par une charge de CRS qui a commencé à disperser les adolescents vers 10 heures.
« On est deux cents lycéens, on bloque le trafic, d’accord, mais quand même ils nous chargent sans sommation. » On se partage une photo de cuisse zébrée d’un coup de matraque, celle d’une lycéenne. On cherche le nom du professeur qui a tenté de s’interposer et s’est pris un coup de matraque, tout à l’heure. Quelques œufs volent en direction des forces de l’ordre. Le projet des lycéens est de rejoindre le cortège principal et autorisé à République, tout à l’heure.
Eléa Pommiers et Jean-Philippe Rémy
10:36
Vers des « manifestations coordonnées dans toute l’Europe » contre la vie chère les 20, 21 et 22 novembre ?
La mobilisation sociale pourrait bien grossir encore au cours du mois de novembre alors que des syndicats et associations de droit au logement issus de sept pays européens ont appelé mardi à « des manifestations coordonnées dans toute l’Europe » contre la vie chère les 20, 21 et 22 novembre. Après des manifestations disparates dans plusieurs pays européens, des représentants d’organisations espagnoles, françaises, italiennes, britanniques, portugaises, grecques et belges, réunis à Paris, ont dit espérer réunir « des millions » de personnes dans les rues.
Dans un « moment crucial » de crise de pouvoir d’achat en Europe, « nous avons décidé de nous coordonner pour avancer ensemble », a déclaré lors d’un point presse Carme Arcarazo, porte-parole de la Confédération des syndicats de locataires espagnols, à l’origine de cette rencontre. Leurs principales revendications concernent une « garantie du droit au logement » et « le contrôle des prix du logement, de l’alimentation et de l’énergie ».
Elles comprennent aussi des demandes sociales et politiques plus générales comme l’augmentation des salaires et des pensions de retraite. Il s’agit de « garantir des services publics, notamment l’éducation, la santé et des logements publics », le « droit au travail » sans « exclure les migrants », de promouvoir « la taxation des riches » et de réclamer « la fin des politiques de réarmement » et de développement « des énergies fossiles », a énuméré Carme Arcarazo.
En Espagne, les principaux syndicats ont appelé à la grève générale le 11 novembre pour faire avancer leurs revendications sur le logement et les salaires avant les élections législatives anticipées du 29 novembre. Jeudi, en Grèce, lycéens, étudiants et enseignants descendent à nouveau dans la rue pour réclamer davantage de moyens dans l’éducation. Un rassemblement est prévu en matinée devant l’Université d’Athènes pour réclamer une éducation publique gratuite. La fédération des enseignants du secondaire (OLME) a prévu un arrêt de travail de quatre heures afin de permettre aux enseignants de prendre part aux manifestations.
10:32
SNCF | Trois nouvelles mesures de pouvoir d’achat ; les syndicats maintiennent l’appel à la grève jeudi
La SNCF a annoncé mardi trois mesures pour améliorer le pouvoir d’achat de ses salariés face à l’inflation, à l’issue d’une réunion avec les syndicats qui réclament plutôt une hausse générale des salaires pour 2026. Une prime de partage de la valeur (PPV) de 400 euros sera versée à la fin de novembre aux salariés de SNCF SA, SNCF Voyageurs, SNCF Réseau, SNCF Gares et Connexions et SNCF Optim’Services, soit à quelque 140 000 personnes sur les 280 000 salariés du groupe ferroviaire public.
A compter du 1er novembre, les indemnités pour heures de nuit, dimanches et fêtes sont aussi augmentées de 2 % pour les quelque 100 000 salariés qui assurent la continuité du service ferroviaire ou travaillent en horaires décalés. A la même date, tous les salariés qui utilisent un véhicule personnel pour les besoins du service verront leur allocation kilométrique augmentée de 5 %.
Ces mesures de pouvoir d’achat s’ajoutent à celles déjà prises plus tôt dans l’année, notamment le versement d’une première prime de partage de la valeur de 250 euros en mars, une prime de 100 euros en juillet, un intéressement d’un montant moyen de 1 050 euros sur l’année, et une reconduction de la prise en charge des frais d’abonnement de transport public à 75 %.
Les quatre principaux syndicats, CGT, UNSA-Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT se sont associés au mot d’ordre de grève national jeudi pour les salaires et l’emploi et demandent « l’ouverture de réelles négociations salariales ». Mardi, la direction a précisé que les négociations annuelles obligatoires sur les salaires pour 2027 auraient lieu « en janvier 2027 », avec des réunions bilatérales préparatoires « courant décembre ».
10:25 Sur le terrain
A Valenciennes, des travailleurs sociaux dénoncent la crise du pouvoir d’achat : « On a le droit de vivre, pas de survivre »
S’il est bien un secteur en première ligne pour évaluer les difficultés liées au pouvoir d’achat, c’est le travail social. Mais à écouter ces professionnels, venus manifester à Valenciennes, on mesure vite que, eux aussi, sont frappés par la crise du pouvoir d’achat.
Jérémy Bury, 44 ans, est éducateur spécialisé et travaille sur le secteur de Denain (Nord). Un territoire très marqué par la précarité. Il décrit des conditions de travail très dégradées, des salaires non revalorisés depuis des années, des métiers devenus tellement peu attractifs qu’il faut faire appel à des gens non qualifiés pour s’occuper d’enfants en grande difficulté. « C’est catastrophique ». Jérémy gagne 2 200 euros par mois, avec la prime d’internat, n’est pas parti en vacances cette année. Divorcé et père de trois enfants, il juge que « dix ans de macronisme ont laissé le pays à feu et à sang ». Il se dit « complètement dépité. Je ne sais même plus pour qui voter ».
Sa collègue Julie Dylbaitys, représentante CFDT à l’Alefpa, se désole : « on ne peut même plus faire d’économies. Tout le monde est impacté ». A 44 ans, elle explique optimiser ses transports : « Pour les conduites des enfants au sport, on covoiture maintenant. Je profite des conduites au sport pour aller faire mes courses, chercher les colis. Il faut toujours faire plus avec moins ». Et encore, avec un salaire de 2 400 euros, cette mère de 4 enfants, se considère « dans la moyenne haute. Dans mon boulot, je rédige des contrats de travail, je vois ce que les gens gagnent. C’est anormal. On a le droit de vivre, pas de survivre ».
Florence Traullé (Valenciennes, correspondante)
10:24 Vos témoignages
10:22 À retenir
EN CHIFFRES | Retour sur les mobilisations du mois d’octobre
Samedi 17 octobre : 550 000 personnes ont manifesté dans la France entière, selon le ministère de l’intérieur ; 800 000, selon les organisateurs ;
Samedi 24 octobre : 410 000 personnes étaient dans la rue dans toute la France, selon le ministère de l’intérieur ; 800 000, selon les organisateurs ;
Samedi 31 octobre : 320 000 manifestants ont défilé en France, selon le ministère de l’intérieur ; 500 000, selon les organisateurs.
10:18 Sur le terrain
A Lyon, orchestre en « luth » en prélude à la manifestation
La manifestation démarre en musique avec le concert d’une centaine d’élèves des écoles d’art de Lyon. Adossé à la maison des formations de l’université Lyon 3 Jean Moulin, l’orchestre enchaîne chants populaires et classiques, comme la symphonie du Nouveau monde de Dvorjak ou le chœur des esclaves de Nabucco.
« Il y a un répertoire militant dans le classique, à toutes époques, on le reprend », explique Martin, pour le collectif Musiciens en luth. Sans oublier l’humour avec la douce mélodie de Darth Vador, en allusion aux policiers suréquipés. L’orchestre s’étoffe de manif en manif, surtout depuis le gazage de l’Orchestre du Nouveau Monde, place de la République à Paris.
Richard Schittly (Lyon, correspondant)
10:12 Sur le terrain
A La Réunion, « si je ne rentre pas chez ma mère, je ne mange pas à ma faim »
Au nom de « la convergence des luttes », ils sont venus aux côtés des salariés et des retraités. « Même si on est un peu désorganisés et éparpillés », s’excuse presque Fanny, 20, étudiante à l’université de La Réunion et membre du « Kolektif sans nom ». Dans le cortège qui, à Saint-Denis, rassemble près de 1 000 manifestants, elle et une dizaine d’autres étudiants veulent dénoncer à la fois le manque d’enseignants, les locaux dégradés, les séances de travaux dirigés à 80 élèves, la fermeture de certaines filières.
« Certains doivent se rabattre sur un master qu’ils n’ont pas vraiment choisi car partir dans l’Hexagone n’est pas possible financièrement pour eux », se désole Fanny, en licence « d’info-com ». En fin de semaine passée, le président de l’Université, Jean-François Hoarau a déclaré que certaines revendications des étudiants réunionnais sont « les mêmes que celles que nous soulevons depuis un an ». Il pointe, de son côté, une « sous-dotation » des crédits de l’Etat marquée par 38 millions par an de moins par rapport à une université comparable dans l’Hexagone, celle de Limoges, et cinq cents enseignants en moins. « L’éloignement géographique ne doit pas devenir une inégalité de traitement », a martelé M. Hoarau.
Dans le cortège, les étudiants réunionnais pointent en outre de leur précarité encore plus aiguë dans un département où les prix des produits alimentaires sont 36 % plus chers que dans l’Hexagone. « Je vis avec 4 à 5 euros par jour », confie Noah, 20 ans qui se débrouille avec bourse d’études de 600 euros. « Si, je ne rentre pas chez ma mère, je ne mange pas toujours à ma faim ». Comme 28 % des étudiants réunionnais, selon une étude de plusieurs enseignants de l’université.
Jérôme Talpin (Saint-Denis (La Réunion), correspondant)
10:08 À retenir
A Strasbourg, Paris, Bordeaux ou Toulouse, les lycéens de nouveau mobilisés avant les manifestations
Des lycéens et étudiants étaient une nouvelle fois mobilisés jeudi matin pour dénoncer le manque de moyens dans l’éducation nationale, avant des manifestations prévues dans la journée partout en France contre la vie chère.
- A Strasbourg, plusieurs dizaines de lycéens se sont rassemblés devant le lycée Marie Curie pour une tentative de blocage, avant d’être rapidement dispersés par les forces de l’ordre.
- A Paris, des tentatives de blocages d’établissements ont également été empêchées par les forces de l’ordre, réparties à différents endroits de la capitale. Devant Honoré-de-Balzac dans le 17e arrondissement et Hélène-Boucher dans le 20e, les CRS ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.
- A Bordeaux, une centaine d’élèves étaient rassemblés avant 9 heures devant l’entrée du lycée Montaigne au centre-ville, pour en bloquer l’accès avec des poubelles.
- A Toulouse, les étudiants de Sciences Po poursuivent aussi le blocus de leur établissement entamé le 1er octobre, après une interruption pendant les vacances scolaires.
- Devant le lycée Thiers dans le centre ville de Marseille, plusieurs dizaines de lycéens ont installé barrières et poubelles devant l’entrée principale de l’établissement.
- A Lille, les principaux campus de l’université sont fermés, a annoncé l’université à l’Agence France-Presse. Les fermetures ont été décidées dès mercredi matin, pour 48 heures, en raison de blocages étudiants.
10:07 Sur le terrain
« Même si on est dans un département RN, on veut montrer qu’il y a aussi de la diversité et de l’engagement dans la jeunesse rurale » : dans l’Yonne, une poignée de lycéens maintiennent la flamme de leur mobilisation
En cette journée de mobilisation générale, ils sont une micro-poignée, dans le petit matin glacé de novembre, devant les grilles du lycée Janot de Sens (Yonne), à entretenir la flamme de leur mouvement depuis lequel tout est parti. Lou, Kézia, Clovis, Raphaël, Eliaz, Mélody, Alanisse, Maélysse… ça va de la seconde à la terminale, du bac pro à la terminale spécialité cinéma ou arts plastiques, du look kawaï à la doudoune de l’AS Monaco. La plupart viennent de « patelins » alentour : leur réveil a sonné à 5 heures et ils ne rentreront pas chez eux avant la nuit tombée.
Il faut voir la gravité d’adultes sur leurs visages encore mouchetés d’acné lorsqu’ils énumèrent la somme de leurs angoisses et revendications pour l’avenir. La fierté, aussi, à l’évocation des trois jours de blocus de leur lycée de sous-préfecture, fin septembre : leur œuvre.
« Elle est où Melody ? », demande-t-on : « En cours sinon sa mère la déchire ». Depuis septembre, les troupes se sont clairsemées. Chacun a ses excuses : les révisions, le bac, parcoursup, le compteur des heures d’absence. Maélysse en est à 64, elle montre sur son application Pronote. Ce matin, ça commence mal : le local ciné où sont rangées leurs pancartes est fermé. Qu’importe, on en a vu d’autres. Ni une ni deux, on sort des feuilles doubles pour bricoler des pancartes de fortunes : « les lycéens font plus d’heures que le soleil ». La petite troupe se prépare pour aller grossir les rangs du rassemblement à l’appel des syndicats, à 10 heures.
« J’y vais aussi pour mes parents, le prix de l’essence, de la vie tout court », dit Lou, fille d’un policier et d’une infirmière. « Même si on est dans un département qui vote Rassemblement national [la circonscription est au main du porte-parole du parti Julien Odoul] on veut montrer qu’il y a aussi de la diversité et de l’engagement dans la jeunesse rurale », dit Clovis, 16 ans, quoiqu’un peu déçu du « désintérêt politique » du reste de ses camarades : « Certains partent du principe que parce qu’on n’est pas dans une grande ville ça sert à rien, qu’on est tenu à l’écart des décisions ».
Pour certains, les échanges avec les parents qui pensent à l’opposé sont parfois âpres. « On se prend trop de la hate [haine] ! » lâche Lou, qui tente de discuter avec son père policier. Que leurs revendications obtiennent ou non des réponses, et même si tous n’auront pas l’âge de voter en 2027, ils auront appris qu’ils ont le « droit de revendiquer leurs droits ».
Camille Bordenet
10:04 En photos
Le contexte
Cette grève générale a été annoncée le 5 octobre par une intersyndicale réunissant la CDFT, la CGT, FO, l’UNSA et la FSU. L’objectif affiché est de défendre les « salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie » et de dénoncer la « baisse des moyens des services publics ». Mardi, une carte de la CGT recensait 244 manifestations dans toute la France pour la journée de jeudi.
Dans l’éducation, plusieurs syndicats ont d’ores et déjà rejoint l’appel à la mobilisation comme le SNES-FSU, le premier syndicat des collèges et des lycées. Ils appellent à davantage de moyens pour l’éducation nationale, au retrait de la réforme du baccalauréat mais aussi à la fin de Parcoursup. L’ensemble des syndicats de l’enseignement privé sous contrat – qui scolarise près de 17 % des élèves français – a aussi appelé à faire grève, ce qui constitue une première, selon eux.
A la SNCF, les quatre principaux syndicats de la compagnie ferroviaire ont appelé les agents à se mettre en grève. La SNCF prévoit un trafic perturbé jeudi, tandis que, dans l’agglomération parisienne, la RATP table sur un trafic « normal » sur ses métros, bus et tramways, à l’exception du RER B.
La coordination des « gilets jaunes » espère que le 5 novembre ne soit pas juste un « 5 novembre intersyndical » mais « du peuple ». Ils appellent également à reconduire grèves et blocages le 6 novembre, puis à un « acte IV », samedi, « pour l’égalité réelle », avec des manifestations partout en France.
Source: Le Monde · Louise Vallée, Anna Villechenon et Emile Drousie (service photo)
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