Flavio Bolsonaro, favori face au président sortant Lula avant le second tour dimanche, dit partager son objectif de mettre fin à la déforestation illégale de ce "poumon vert", mais promet en même temps de revenir aux politiques de dérégulation de son père, l'ancien président Jair Bolsonaro.

France Télévisions

Publié le 25/10/2026 07:00

Temps de lecture : 6min

Flavio Bolsonaro (à gauche) et le président sortant Lula, participent à un débat entre les deux tours de l'élection présidentielle au Brésil, le 18 octobre 2026. (MARINA UEZIMA / BRAZIL PHOTO PRESS / AFP)
Flavio Bolsonaro (à gauche) et le président sortant Lula, participent à un débat entre les deux tours de l'élection présidentielle au Brésil, le 18 octobre 2026. (MARINA UEZIMA / BRAZIL PHOTO PRESS / AFP)

On fait difficilement plus différent que Luiz Iniacio Lula da Silva et Flavio Bolsonaro. Les deux candidats qui s'affrontent dimanche 25 octobre au second tour de l'élection présidentielle au Brésil affichent pourtant une même ambition : mettre fin à la "déforestation illégale" dans le pays, notamment dans la forêt amazonienne, dont 60% de la superficie se trouve sur le territoire national. Le président sortant de gauche, Lula, promet d'y parvenir d'ici 2030. Son rival d'extrême droite, fils de l'ancien président Jair Bolsonaro, assure dans son programme y arriver dès... 2029.

Mais derrière ces objectifs quasi identiques, les deux hommes proposent deux visions radicalement opposées de l'avenir de la plus vaste forêt tropicale du monde. Et c'est à travers son destin, scellé par l'élection de l'un ou de l'autre, que se joue l'avenir du Brésil, mais aussi du reste de la planète. Les arbres de la forêt amazonienne stockent plus de 100 milliards de tonnes de carbone qui, s'ils sont détruits, serait relâché dans l'atmosphère, alimentant la hausse des températures mondiales. Un rôle crucial pourtant loin d'avoir été au cœur de la campagne.

En promettant de lutter contre la déforestation illégale, Flavio Bolsonaro n'entend pas vraiment empêcher les acteurs économiques d'abattre les arbres pour occuper le terrain, craint Claudio Angelo, coordinateur des politiques internationales à l'Observatoire du climat du Brésil. Pour ce dernier, "la seule façon" de croire que le candidat d'extrême droite atteindra l'objectif affiché, "c'est de penser qu'il va abroger le code forestier et légaliser toute déforestation illégale", a-t-il analysé pour le site spécialisé Carbon Brief juste avant le premier tour, il y a trois semaines.

Le puissant secteur de l'agro-industrie et les paysans qui en dépendent, ainsi que les grandes compagnies minières, veulent en effet repousser cette dernière frontière du développement économique et comptent sur l'appui du candidat ultralibéral.

"Au risque de paraître alarmiste, je n'ai cessé de dire que la réélection de Lula est la seule chose qui nous sépare d'une destruction massive de l'Amazonie. "

Claudio Angelo, coordinateur des politiques internationales à l'Observatoire du climat du Brésil

au site Carbon Brief

Sous la présidence de Lula, la déforestation en Amazonie brésilienne a en effet enregistré une baisse de 42% sur un an entre 2025 et 2026, atteignant son plus bas niveau depuis le début des relevés, en 1988. Selon les données officielles, elle a reculé de 71,2% depuis son élection en 2022. A l'inverse, le déboisement avait fortement augmenté pendant les quatre ans du mandat de Jair Bolsonaro (2019-2023), père du candidat à la présidence. Pour y parvenir, son gouvernement avait détricoté le code forestier, coupé les financements des agences environnementales et légalisé l'accaparement de terres protégées par des entreprises privées.

Or, Bolsonaro fils assume pleinement l'héritage de son père. "La meilleure façon de traiter la question de l'environnement, c'est ce que nous avons fait durant [son mandat]", a-t-il affirmé pendant la campagne. En visite lundi dans l'état du Para, particulièrement touché par la déforestation, le candidat a promu l'exploitation de la forêt. "Je vais entreprendre la plus grande régularisation foncière jamais vue au Para. Vos terres vous appartiendront officiellement", a-t-il lancé lors d'un rassemblement de motards, rapporte le quotidien O Globo.

"Nous respecterons la propriété privée. Vous pourrez cultiver, élever du bétail, faire ce que vous voulez sur vos terres, et tout ce que vous en tirerez vous appartiendra."

Flavio Bolsonaro, candidat à l'élection présidentielle au Brésil

lors d'un meeting à Maraba, dans l'Etat du Para

Alors que la législation brésilienne autorise les propriétaires terriens en Amazonie à supprimer jusqu'à un cinquième de la superficie de forêt tropicale présente sur leurs terres, il a fustigé des "obstacles environnementaux qui n'existent que pour des raisons idéologiques".

Dans le prolongement de son action à la tête du Brésil, Lula affiche un objectif plus ambitieux, bien qu'un peu ambigu : "zéro déforestation net" d'ici 2030. Cette politique implique de compenser, notamment via du reboisement, toute "suppression légale de la végétation indigène et les émissions de gaz à effet de serre qui en découlent", peut-on lire dans les engagements climatiques transmis à l'ONU par le Brésil en 2025.

Comme la plupart de ses collègues spécialisés dans les sciences du climat en Amazonie, Carlos Nobre estime que "ce pour quoi nous devons réellement nous battre, c'est le 'zéro déforestation''' tout court. Sans quoi l'Amazonie s'expose à un "risque total", explique le chercheur dans le New York Times, qui affirme que la déforestation entraînerait aussi une chute des précipitations sur une grande partie de l'Amérique du Sud, menaçant l'agriculture brésilienne, avec des conséquences pour les prix mondiaux des denrées alimentaires.

A défaut d'être à la hauteur des attentes de la communauté internationale pour l'Amazonie, la politique promise par Lula garantit aux peuples autochtones le maintien des instruments déjà déployés par son gouvernement pour lutter contre l'accaparement des terres qu'ils revendiquent. Joint par une journaliste brésilienne du site spécialisé Mongabay, à quelques jours du second tour, le ministre des Peuples autochtones, Eloy Terena, assure être "très inquiet" en cas de victoire de Flavio Bolsonaro.

"D'un simple trait de plume, il peut anéantir tous les progrès accomplis ces quatre dernières années."

Eloy Terena, ministre des Peuples autochtones au Brésil

au média Mongabay

Les craintes concernent principalement la reconnaissance des territoires autochtones, remise en cause par Jair Bolsonaro, puis accélérée sous l'ère Lula. Par ce processus, appelé "démarcation", les communautés obtiennent le droit de gérer leurs propres territoires. Si elles peuvent toujours choisir de mettre leurs terres à disposition des entreprises et des fermiers qui les convoitent, l'expérience a montré que cette politique de restitution contribuait activement à lutter contre la destruction de la forêt, souligne l'Unesco .

Face aux acteurs du secteur agricole, réunis en avril pour un salon dans l'Etat du Mato Grosso, le candidat d'extrême droite a ainsi promis qu'"aucune de ces réserves ne sera délimitée", dans le sillage de la politique menée autrefois par son père. "La vocation de l'Etat est la production", a-t-il encore lancé, tout en se disant favorable à "l'autonomie des peuples autochtones, afin qu'ils puissent décider de ce qui doit être fait sur leurs terres".

Marqués par les violences et les intimidations qui ont émaillé la présidence de Jair Bolsonaro, des dirigeants autochtones ont activement fait campagne pour la réélection de Lula. A l'approche du deuxième tour, leurs peurs se sont concrétisées, alors que certains ont reçu des menaces via Whatsapp, a révélé Folha de São Paulo. Dans des messages audios, "des fermiers déclarent qu'ils envahiront des territoires autochtones dans l'Amazone si Flavio Bolsonaro remporte l'élection", écrit le quotidien brésilien.

Dans les Etats de l'Amazonie, les populations urbaines, majoritaires, sont de plus en plus critiques vis-à-vis de la lutte contre la déforestation menée par le président sortant, explique le chef du bureau du New York Times au Brésil, Adam Ellick. "Les personnes ayant perdu leurs revenus à la suite de ces interventions se sont souvent retrouvées livrées à elles-mêmes", sans "aucun soutien pour opérer une transition vers d'autres moyens de subsistance, comme l'agriculture durable, par exemple", poursuit-il. "En a résulté un ressentiment croissant, qui a fait basculer la région vers la droite."

Depuis le 4 octobre, date du premier tour de la présidentielle, le nombre de foyers d'incendies répertoriés dans la forêt a explosé. "Il a presque triplé par rapport aux dix jours précédant l'élection, principalement autour de Manaus", a compté Ane Alencar, directrice scientifique de l'Institut de recherche environnementale de l'Amazonie, citée le 15 octobre par l'agence Associated Press.

Une forêt en partie détruite par un incendie à Autazes, dans l'Etat d'Amazonas, dans le nord du Brésil, le 9 octobre 2026. (MICHAEL DANTAS / AFP)
Une forêt en partie détruite par un incendie à Autazes, dans l'Etat d'Amazonas, dans le nord du Brésil, le 9 octobre 2026. (MICHAEL DANTAS / AFP)

Elle qui s'attendait à voir croître le nombre d'incendies à cette période de l'année, en raison du phénomène El Niño, n'a pas pour autant écarté le motif politique. "Un événement a incité les gens à brûler davantage", a-t-elle suggéré. Déjà un coup dur pour ce précieux puits de carbone, dont bénéficie l'ensemble de l'humanité.

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Source: Franceinfo · Marie-Adélaïde Scigacz

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