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Par Ghazal Golshiri
Publié aujourd’hui à 18h04, modifié à 19h16Article réservé aux abonnés
ReportageDans cette ville, où une manifestation a été réprimée dans le sang en juin, deux jeunes femmes de 18 ans et leurs mères racontent leur quotidien : les écoles clandestines, la peur des représailles, un club de lecture organisé dans un cimetière… Et, malgré tout, l’espoir tenace de pouvoir, un jour, quitter le pays.
Avec ses longs sourcils noirs, Sanam (un pseudonyme, comme ceux des autres femmes citées dans cet article par crainte de représailles) baisse les yeux lorsqu’elle évoque les événements qui ont bouleversé sa vie depuis le retour des talibans au pouvoir, en août 2021.
Il y a eu d’abord le 23 mars 2022 : alors que les lycées devaient rouvrir après plusieurs mois de fermeture, les talibans ont annoncé au dernier moment que les filles n’y seraient finalement plus admises. Puis, au printemps 2026, l’école clandestine où Sanam enseignait l’anglais a été contrainte de fermer à son tour. Enfin, il y a eu ce 9 juin, lorsque, dans sa ville de Herat, dans l’ouest de l’Afghanistan, les talibans ont ouvert le feu sur des manifestants.
Ce jour-là, le rendez-vous avait été fixé dans l’après-midi, dans le quartier de Jebrail, dans le nord-ouest de la ville, habité en grande partie par les Hazara, une minorité ethnique majoritairement chiite. Le secteur était en ébullition. Le mot d’ordre était clair : se rassembler pour dénoncer l’arrestation et la détention de plusieurs dizaines de femmes, quelques jours plus tôt, par des agents du ministère pour la promotion de la vertu et la prévention du vice. Elles étaient accusées d’avoir enfreint le code vestimentaire imposé par le régime.
Accompagnée par ses parents, Sanam avait rejoint le lieu du rassemblement, le ventre noué. A peine leur voiture s’était-elle arrêtée à proximité de la petite foule déjà réunie que les tirs avaient commencé. « Les gens couraient dans tous les sens. J’ai entendu des coups de feu. Je voyais l’angoisse sur les visages. Nous avons rapidement fait demi-tour et nous sommes rentrés chez nous », raconte la jeune femme de 18 ans, assise, en octobre, dans une cabine fermée réservée aux femmes, dans un restaurant de Herat, l’un des rares endroits où celles-ci peuvent encore se retrouver. A ses côtés se trouvent sa mère, Khadija, sa tante maternelle, Mojda, et sa cousine Najiba. Comme le jour de la manifestation, c’est son père, commerçant, qui les a conduites jusqu’au restaurant. « Il est solidaire de nos souffrances », souligne Khadija.
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Source: Le Monde · Ghazal Golshiri
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