Le patron de SpaceX assure que les forces de Kiev utilisent le réseau satellitaire à des fins offensives, ce qui contrevient aux conditions d'utilisation du service.

France Télévisions

Publié le 26/10/2026 18:30

Temps de lecture : 3min

Des officiers ukrainiens déploient des terminaux Starlink sur une position de la région de Donetsk, le 19 octobre 2026. (DMYTRO SMOLIENKO / NURPHOTO / AFP)
Des officiers ukrainiens déploient des terminaux Starlink sur une position de la région de Donetsk, le 19 octobre 2026. (DMYTRO SMOLIENKO / NURPHOTO / AFP)

Nouvelle étape dans le bras de fer entre Kiev et Elon Musk. Le patron de SpaceX a accusé l'Ukraine d'avoir violé les conditions d'utilisation du réseau satellitaire Starlink, dans un message posté dimanche 25 octobre. "Les conditions d'utilisation de Starlink sont restées cohérentes : il s'agit d'un système civil, et non d'un moyen de tuer", a écrit le milliardaire. "L'armée ukrainienne a violé les conditions d'utilisation de Starlink et l'a utilisé pour des frappes de drones offensives visant à tuer des personnes, a poursuivi Elon Musk. Cette faille a été corrigée la semaine dernière."

L'Ukraine se plaignait depuis le 14 octobre d'une limitation de la vitesse des terminaux Starlink au-delà de 160 km/h, ce qui entravait notamment ses capacités à utiliser certains drones. Concrètement, cela signifie que les appareils militaires ukrainiens, notamment les drones aériens, perdent leur connexion s'ils dépassent cette vitesse. "L'avantage qu'offre Starlink réside précisément dans sa capacité à maintenir un contrôle sur de longues distances, constituant ainsi un outil efficace contre des cibles mobiles", souligne auprès de franceinfo Mykhaïlo Liouksikov, rédacteur en chef du site ukrainien Militarniï.

Elon Musk n'a pas livré davantage de détails sur les éventuelles infractions constatées au sein du service commercial Starlink. Il a par ailleurs rappelé l'existence de sa version militaire, "Starshield, un système différent (...) contrôlé par le gouvernement américain", au sein notamment du Pentagone. "Ce qu'ils décident de faire leur appartient." 

Ce service constitue la colonne vertébrale de la majorité des opérations conduites par les forces ukrainiennes. Des sources au sein du ministère de la Défense ont annoncé samedi la reprise des communications à des vitesses supérieures à 161 km/h. Le ministre de la Défense ukrainien, Yevhen Khmara, a par ailleurs signalé que le système Starlink/Starshield fonctionnait de façon stable au-delà de 400 km/h.

Kiev a rejeté les accusations formulées par Elon Musk. Serhiï "Flash" Beskrestnov, conseiller technologique de Volodymyr Zelensky, a notamment rappelé que Starlink et Starshield étaient désactivés en Russie, et que les terminaux Starlink étaient soumis à une vitesse de déplacement depuis l'hiver 2026. "Nous ne pouvons pas, physiquement, utiliser Starlink à des fins commerciales pour des frappes de longue et moyenne portée", a-t-il assuré.

Les drones de longue portée fonctionnent aujourd'hui avec "des systèmes de navigation inertielle et d'autres dispositifs, en suivant des itinéraires préprogrammés", explique le journaliste Mykhaïlo Liouksikov. Mais les services de SpaceX permettent en revanche de mener des opérations en territoire ukrainien occupé, à moyenne portée. Une unité militaire avait ainsi signalé des pertes de connexion et l'annulation de certaines missions près d'une localité de la région de Zaporijjia.

Les pilotes des hélicoptères de l'armée utilisent entre autres Starlink pour le guidage des cibles, notamment des drones Shahed, en lien avec les officiers au sol, a expliqué le porte-parole de l'armée de l'Air, Iouri Ignat, au cours d'un podcast.A terme, Kiev souhaiterait également exploiter ce service pour contrer les nouvelles versions à réaction du Shahed, bien plus rapides. "L'utilisation de Starlink pour ces futurs drones intercepteurs à réaction ne sera plus possible si la vitesse est bridée. C'est pour ça qu'on a besoin de Starshield, avant tout pour protéger notre espace aérien contre ces menaces."

Volodymyr Zelensky, par ailleurs, réclame toujours l'ouverture de l'espace aérien russe aux services de Starlink/Starshield, afin de frapper les lanceurs de missiles balistiques. Sauf qu'"Elon Musk ne veut pas", a constaté le président ukrainien, cité par le média ukrainien NV. Cette demande fait désormais partie des trois requêtes exigées par l'Ukraine en échange d'un arrêt des frappes contre les raffineries russes. Volodymyr Zelensky réclame également la livraison de missiles intercepteurs Patriot et la signature d'un cessez-le-feu énergétique durable avec Moscou.

Elon Musk a changé plusieurs fois de position sur l'Ukraine depuis 2022, mais il a toujours affirmé que les éventuels dysfonctionnements relevaient de la responsabilité du gouvernement américain, et non de sa société SpaceX. "Celle-ci a fait bien plus pour la défense de l'Ukraine que n'importe quelle autre entreprise privée au monde", a-t-il ajouté. "Si Starlink devait être désactivé, la ligne de front ukrainienne s'effondrerait immédiatement."

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Source: Franceinfo · franceinfo avec AFP

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