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ReportagePrises à partie par le premier ministre sortant Benyamin Nétanyahou et ses alliés, marginalisées par l’opposition, deux listes arabes en lice mobilisent leurs électeurs. Elles pourraient détenir l’une des clés du scrutin en devenant incontournables pour la formation d’une coalition.
Ce couple juif n’en revient pas. « C’est nouveau, un meeting en deux langues ! », s’émerveille Kobi Peterzil, professeur de mathématiques à l’université de Haïfa venu assister, lundi 19 octobre au soir, avec sa compagne, Naomi Avraham, à un meeting de Raam, l’une des deux listes arabes en lice pour les élections législatives israéliennes du 27 octobre. Organisée à Hof HaCarmel, une localité située au sud de la grande ville portuaire israélienne, la rencontre publique se tient effectivement en arabe et en hébreu, ce qui constitue déjà en soi un événement dans une société dominée par la haine et la peur de l’autre.
Certes, l’assistance dans la salle est clairsemée, mais elle est représentative de la plaine côtière du nord du pays où Juifs et Arabes se côtoient dans des villes dites « mixtes ». Venue en famille, la tête couverte et tout de noir vêtue, Faouzia Fayçal, qui a perdu son fils de 17 ans il y a trois mois, victime collatérale d’une fusillade, veut témoigner de l’explosion de la criminalité dans les cités arabes. Et elle aussi trouve « formidable » cette réunion à laquelle participent le député sortant Mansour Abbas, tête de liste de Raam (acronyme en hébreu de « Liste arabe unie »), et son numéro 2, Yoav Segalovich, 67 ans – un « super flic » très connu en Israël, cofondateur de Lahav 433, une unité chargée de lutter contre la criminalité et la corruption, ancien chef du département des enquêtes et renseignement de la police, et ex-ministre adjoint délégué à la sécurité en 2021.
La présence de celui qui se dit lui-même « juif, sioniste et libéral » sur une liste menée par un musulman pratiquant à la tête d’un parti islamique conservateur a créé la surprise. Considérée comme une « trahison » par beaucoup, en Israël, cette alliance inattendue est vue par d’autres comme une « petite révolution » – « probablement la plus rafraîchissante dans le climat actuel », selon le professeur Peterzil. « Lorsque l’information [de son ralliement] a commencé à circuler, je me trouvais à l’étranger en vacances, et un journaliste israélien m’a appelé pour me demander si c’était vrai que j’allais “partir en guerre” », ironise Yoav Segalovich dans un entretien au Monde.
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Source: Le Monde · Isabelle Mandraud
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