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Tribune
Thierry Allafort-Duverger
Vice-président de l’ONG Alima
Si les stratégies déployées pour limiter la propagation du virus en Afrique ne sont pas efficaces, ce n’est pas en raison de la méfiance ou du refus des populations, mais car ces dernières ne peuvent pas les mettre en œuvre, explique, dans une tribune au « Monde », le vice-président de l’ONG Alima Thierry Allafort-Duverger.
Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 3 min.
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Dans la lutte contre Ebola, trop de malades meurent avant d’accéder aux soins car la majorité des chaînes de transmission échappent encore à la surveillance. Selon les données officielles analysées par les Centers for Disease Control and Prevention, seuls 15 % à 20 % des nouveaux malades avaient été préalablement identifiés comme cas contacts dans les dernières données disponibles, et 59 % des décès confirmés survenaient hors d’un centre de traitement.
Certains expliquent régulièrement ces échecs par la peur, la méfiance ou le refus des consignes. Malheureusement, aucune voix ne s’élève pour alerter sur ces consignes qui, comme Ebola, sont elles-mêmes mortifères, et impossibles à appliquer véritablement. Une personne qui vit de son travail quotidien ne peut pas rester chez elle pendant plusieurs jours sans revenu. Une famille ne peut pas réduire les contacts dans un logement exigu, sans eau, sans nourriture ni matériel d’hygiène.
La première personne au contact d’un malade n’est pas toujours un médecin en combinaison intégrale. C’est souvent celle qui lui apporte à boire, lave ses vêtements, nettoie la maison et dort sous le même toit. Très souvent, c’est une femme. Dans les quatre centres de traitement de l’ONG Alima, 29 % des personnes infectées prises en charge étaient désignées comme des « ménagères » ; cette proportion dépassait la moitié en milieu rural. Derrière cette catégorie statistique se trouvent surtout de jeunes femmes chargées des tâches domestiques et des soins quotidiens.
Une expérience menée pendant l’épidémie de 2018-2020 en République démocratique du Congo a montré ce que change un véritable accompagnement. L’étude a comparé 585 contacts à haut risque ayant choisi un isolement communautaire volontaire pendant vingt et un jours à 26 739 contacts bénéficiant d’un suivi classique. Les personnes pouvaient rester à domicile ou être accueillies dans une structure aménagée. Elles recevaient de la nourriture, de l’eau, du matériel d’hygiène, des latrines, de l’électricité solaire, un soutien psychosocial et une compensation pour la perte de revenus. Le dispositif reposait sur le consentement et associait les familles et les responsables communautaires.
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Source: Le Monde · Thierry Allafort-Duverger
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