"On se fait plaisir, on est disciplinés. Allez les gars, au boulot ! Let’s go !" Assis, le genou à terre, les joueurs des Dragons écoutent religieusement leur coach avant le début de leur entraînement. Une fois debout, ils se réunissent tous en cercle, le poing levé : "Un, deux, trois, dragons ! Quatre, cinq, six, envie !", crient-ils tous en chœur.

On pourrait se croire dans une série américaine, mais nous sommes bien sur un terrain de sport parisien. Créée en 2011, dans le 15e arrondissement, l’association ASPT 75 regroupe le seul club amateur de football américain de la capitale – les Dragons – qui évolue en deuxième division. En ce jeudi 15 octobre, les séniors et les U19 s’entraînent. Au bord du terrain, les licenciés enfilent leur tenue réglementaire : un casque, un protège-dents, un bas muni de "pads" (des protections rigides), des épaulières et des gants.

Les joueurs de l'équipe de football américain des Dragons de Paris écoutent leur coach avant le début de l'entraînement, le 16 octobre 2026.
Les joueurs des Dragons de Paris écoutent leur coach avant le début de l'entraînement, le 16 octobre 2026. © Stéphanie Trouillard, France 24

"On loue cet équipement au club. Si on veut notre propre casque, les prix peuvent monter jusqu’à 600 euros pour un bon modèle", explique Nicolas. À 27 ans, ce Parisien est un novice. Il a intégré l'équipe de défense au mois de septembre. "J’ai commencé cette année parce qu’avec ma copine, on regarde le foot US depuis deux ou trois ans. Je suis tombé sur la vidéo d’un youtubeur qui expliquait le parcours de joueurs comme Tom Brady et cela m’a donné envie de connaître ce sport", raconte-t-il.

Après un petit mois d’expérience, Nicolas ne regrette pas d’avoir frappé à la porte des Dragons – dont le nom et le logo font référence à la Garde républicaine. "Dans les grandes lignes, c’est simple, mais dans les faits, c’est de la tactique en temps réel. Ce sont des actions qui durent cinq à quinze secondes. Chacun à son objectif. Si tu te trompes, tu es mort", décrit-il. "J’aime l’esprit d’équipe et la discipline. C’est un sport qui est très noble", ajoute-t-il avec enthousiasme.

À ses côtés, Alexandre, 19 ans, joue depuis deux ans chez les jeunes. Lui a découvert le football américain en lisant un manga : "L'anime 'Eyeshield 21' m’a donné envie de tester ce sport. Je me suis renseigné sur les clubs les plus proches de chez moi et j’ai trouvé les Dragons." Devenu "running back", un des joueurs clés en attaque qui reçoit le ballon du "quarterback" pour aller inscrire un "touchdown", il s’entraîne deux soirs par semaine. "C’est un sport de contact. Du coup, on crée des liens très forts", souligne-t-il. "Ce que j’aime bien aussi, c’est le sérieux qu’il faut garder à l’entraînement. Si tu ne l’es pas, cela va se voir aux matches et tu risques de te blesser."

Deux joueurs de l'équipe, Nicolas et Alexandre, sont des débutants dans le football américain. L'un a commencé cette année et l'autre l'an passé.
Nicolas et Alexandre sont des débutants dans le football américain. L'un a commencé cette année et l'autre l'an passé. © Stéphanie Trouillard, France 24

À voir aussiFootball américain : le sport qui monte en France

"Cela commence à se développer"

D’aspect très physique voire violent, le football américain peut effrayer. Chris, 30 ans, se veut toutefois rassurant. Il pratique ce sport depuis 16 ans et affirme que des mesures sont prises, d’année en année, pour limiter les chocs. "On nous a appris à initier le contact seulement avec les mains et non plus avec le casque. C’est devenu très réglementé pour limiter les dangers", insiste-t-il.

En plus d’une décennie, ce Marseillais d’origine a vu sa discipline évoluer à vitesse grand V : "Cela commence à se développer. Il y a des équipes européennes professionnelles qui ont été créées et Paris compte deux équipes à l’heure actuelle (les Paris Musketeers et les Paris Lights, NDLR)."

Chris fait partie des vétérans de l'équipe de football américain des Dragons de Paris. Il pratique ce sport depuis 16 ans.
Chris fait partie des vétérans des Dragons de Paris. Il pratique le football américain depuis 16 ans. © Stéphanie Trouillard, France 24

Pour ce passionné, les retransmissions en clair du Super Bowl, la finale de la NFL – le championnat des États-Unis –, ont aussi "eu un impact". "Depuis que les New Orleans Saints, dont l’équipe va jouer à Paris fin octobre, ont repris tous les droits marketing de la NFL en France, cela aide aussi", précise ce vétéran qui joue en ligne offensive.

À (re)lire aussiTouchdown Paris : Saints vs Steelers, l'affiche de NFL au Stade de France en octobre

Évoluant au poste de "quaterback", Arnaud, 31 ans, constate aussi une plus grande médiatisation de son sport, qui était "jusque-là méconnu en Europe et un peu niche" : "On en parle beaucoup en ce moment avec le match des Saints contre les Steelers. C’est une super initiative et j’aimerais qu’il y ait d’autres éditions de la NFL à Paris."

Pour ce pratiquant depuis 14 ans, le football américain a tous les ingrédients pour plaire au plus grand nombre. "C’est un sport qui est très spectaculaire mais qui peut aussi ressembler à un jeu d’échecs. Chaque détail compte et chaque numéro a un rôle précis. Si un joueur ne connaît pas son assignation précise, il peut faire tout capoter", insiste celui qui a le rôle de chef d’orchestre de l’attaque.

Arnaud évolue au poste de "quarterback", C'est le chef d'orchestre de l'équipe. Il porte un bracelet tactique sur lequel il peut consulter les combinaisons annoncées par l'entraîneur.
Arnaud évolue au poste de "quarterback", le joueur le plus exposé de l'équipe. Sur son avant-bras, il porte un bracelet tactique sur lequel il peut consulter les combinaisons annoncées par l'entraîneur. © Stéphanie Trouillard, France 24

L’un des joueurs les plus âgés du club, Cyprien, 36 printemps au compteur, observe aussi cet intérêt grandissant. Il est tombé dans le football américain quand il était encore adolescent, après avoir joué au jeu vidéo "Madden NFL". "À l’époque, quelques matches étaient retransmis sur Canal+ et commentés par George Eddy", se souvient-il. "Il y avait très peu de sponsors et de supporters. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de monde. Des clubs ouvrent même dans des petites villes", constate ce receveur.

À (re)lire aussiFootball américain : avec un "mini Super Bowl sur Paris", la NFL veut séduire la France

"L'explosion du flag"

Aux premières loges, le président de la fédération, Frédéric Paquet, acquiesce : "On a plus de 35 000 licenciés et on compte 400 clubs un peu partout en France qui regroupent trois disciplines – le football américain, le flag et le cheerleading. Je me suis fixé comme objectif d’ici quatre ou cinq ans d’atteindre 50 000 licenciés, notamment avec l’explosion du flag."

Version du football américain sans plaquage, le flag enregistre une forte croissance avec 15 à 20 % de nouveaux licenciés chaque année. Il se joue le plus souvent à cinq contre cinq (sept contre sept parfois) et certaines règlent diffèrent : stopper un adversaire requiert d'attraper une des deux bandes de tissu accrochées à ses hanches sans obstruction physique, ce qui réduit drastiquement les risques de blessure et de commotions cérébrales. Moins dangereux, le flag attire ainsi un plus grand nombre de pratiquants, notamment des filles : "Depuis qu’il est devenu olympique (il sera présent aux JO de Los Angeles en 2028, NDLR), ce sport a une exposition accrue. C’est une discipline qui est aussi plus facile à mettre en œuvre car elle est mixte et nécessite moins de joueurs et moins de contact."

Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

À lire aussiLe flag football féminin explose aux Etats-Unis, avec les JO 2028 en ligne de mire

La NFL organise désormais son propre tournoi national de flag pour jeunes, filles et garçons, avec sponsors et contrats de diffusion télévisée. La Ligue professionnelle de football américain, championnat le plus puissant au monde financièrement, entend aussi se développer en France à travers cette discipline. Pendant deux jours, avant la première rencontre historique au Stade de France, une initiation au flag est ainsi organisée au pied de la tour Eiffel. "La NFL va aussi distribuer des kits de flag dans toutes les écoles où on va intervenir. Ils ont des moyens que nous n’avons pas et qu’ils mettent à notre service", précise Frédéric Paquet.

Réaliste, le président de la fédération sait qu’il ne va pas multiplier son nombre de "licenciés par trois dans les quinze prochains jours". "Nous faisons un travail de fond", concède-t-il. Pour lui, sa principale mission est de faire venir les spectateurs au stade. "Il y a un nombre important de personnes qui suivent la NFL. Ce qui nous manque, c’est que les gens sachent qu’en France, cela joue aussi, et que les gamins y aillent. On espère qu’avec le match de NFL, on va augmenter enfin cette visibilité."

Source: France 24 · Stéphanie TROUILLARD

At a glance

Topic
Sports
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira