Le Parti démocrate a engrangé des victoires spectaculaires lors des élections aux postes ⁠de gouverneurs, mardi 3 novembre, aux ​États-Unis, s'imposant dans plusieurs bastions du Parti républicain, selon les résultats encore provisoires du scrutin. Ces élections de mi-mandat marquent aussi une victoire pour les femmes.

Les défenseurs du droit à l'avortement ont en effet remporté des victoires importantes dans plusieurs États. Les électeurs ont rejeté un projet d’amendement à la Constitution du Missouri qui aurait rétabli des restrictions sur la plupart des avortements. Le vote de mardi a, pour l’essentiel, confirmé la décision prise par les électeurs il y a deux ans. Ils étaient alors devenus les premiers dans le pays à annuler une interdiction de l’avortement en vigueur, en approuvant un amendement garantissant le droit à l’interruption volontaire de grossesse.

Des partisans du droit à l’avortement se rassemblent à l’intérieur du Capitole du Missouri, le 21 janvier 2026, à Jefferson City (Missouri).
Des partisans du droit à l’avortement se rassemblent à l’intérieur du Capitole du Missouri, le 21 janvier 2026, à Jefferson City (Missouri). David A. Lieb, AP

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La chambre locale, contrôlée par les républicains, avait ensuite soumis au vote, cette année, une nouvelle version — moins restrictive — d’une interdiction de l’avortement. Cette mesure n’aurait autorisé l’IVG qu’en cas d’urgence médicale, d’anomalies fœtales, ou encore de viol ou d’inceste, et ce, jusqu’à 12 semaines de grossesse. Le texte aurait également modifié la Constitution afin d’interdire certains actes médicaux pour les mineurs transgenres.

En Virginie, une mesure a également été adoptée pour garantir un "droit fondamental à la liberté en matière de procréation" dans la Constitution de l’État, garantissant la possibilité d’avorter durant les deux premiers trimestres de la grossesse. Cet amendement instaure aussi, entre autres, un droit à la contraception et aux soins liés à la fertilité.

Depuis que la Cour suprême des États-Unis a annulé, en 2022, le droit à l’avortement à l’échelle nationale, les électeurs de plus d’un cinquième des États ont approuvé des mesures visant à protéger le droit à l’avortement lors de réferendums locaux.

Toutefois, dans l’Idaho — un État à tendance républicaine —, les électeurs ont rejeté, mardi, une mesure qui aurait inscrit le droit à l’avortement dans la législation de l’État. L'actuelle interdit l’avortement, sauf s’il est nécessaire pour sauver la vie de la femme enceinte, ou lorsqu’il a lieu durant le premier trimestre de la grossesse dans des cas de viol ou d’inceste ayant fait l’objet d’un signalement aux forces de l’ordre. Il y a deux ans, des initiatives visant à protéger le droit à l’avortement ont échoué en Floride et dans le Dakota du Sud.

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Des élues américaines qui entrent dans l'Histoire

Ces élections représentent aussi un tournant historique pour l'avancée des femmes en politique aux États-Unis. Plusieurs d'entre elles ont brisé des plafonds de verre longtemps indestructibles. 

En Géorgie, l'ancienne maire d'Atlanta Keisha Lance Bottoms s'est imposée face au milliardaire républicain Rick Jackson, qui a fait fortune dans le secteur de la santé, pour succéder au gouverneur républicain sortant Brian Kemp. Outre qu'elle devient la première femme noire élue gouverneure aux États-Unis, elle offre aussi au Parti démocrate sa première élection à ce poste en plus d'un quart ‌de siècle.

Keisha Lance Bottoms, candidate démocrate au poste de gouverneure de Géorgie — troisième en partant de la droite —, prend un selfie avec le sénateur démocrate de Géorgie Raphael Warnock — deuxième en partant de la droite — et d’autres perso
Keisha Lance Bottoms, candidate démocrate au poste de gouverneure de Géorgie — troisième en partant de la droite —, prend un selfie avec le sénateur démocrate de Géorgie Raphael Warnock — deuxième en partant de la droite — et d’autres personnes, lors d’une soirée électorale, le mardi 3 novembre 2026, à Atlanta. Brynn Anderson, AP

Au Texas, Gina Hinojosa est devenue la ​première gouverneure d'origine hispanique jamais élue dans cet État profondément conservateur. Elle a battu le sortant républicain Greg Abbott. C'est la première fois depuis 1990 que le Parti démocrate s'empare du poste de gouverneur du Texas. L'élection de cette femme est d'autant plus une surprise que le Parti démocrate ne nourrissait initialement guère d'ambitions pour ce poste et qu'il ​avait peiné à trouver un candidat pour ‌faire face à Greg Abbott, l'un des gouverneurs les plus connus et les mieux dotés financièrement du pays. Selon le Texas Tribune, le gouverneur républicain a dépensé lors de la campagne près de huit fois plus ⁠d'argent que sa rivale.

Deb Haaland, membre de la tribu Laguna Pueblo, est devenue, de son côté, la première femme amérindienne à se hisser à la fonction de gouverneure, dans le Nouveau-Mexique. Elle avait déjà marqué l'histoire comme première Amérindienne à obtenir un portefeuille ministériel lorsqu'elle était devenue ministre chargée des terres fédérales sous l'ex-président Joe Biden. Dans le Minnesota, Peggy Flanagan a également franchi un cap symbolique en étant la première Amérindienne à faire son entrée au Sénat. Elle était jusque-là vice-gouverneure de l'État.

Peggy Flanagan, candidate démocrate au Sénat et vice-gouverneure du Minnesota, prend la parole lors d’une soirée électorale, le mardi 3 novembre 2026, à St. Paul, dans le Minnesota.
Peggy Flanagan, candidate démocrate au Sénat et vice-gouverneure du Minnesota, prend la parole lors d’une soirée électorale, le mardi 3 novembre 2026, à St. Paul, dans le Minnesota. Abbie Parr, AP

Dans l'Ohio, la démocrate Amy Acton, qui est médecin, a battu l'homme d'affaires Vivek Ramaswamy, proche allié du vice-président J.D. Vance, à l'issue d'une campagne mouvementée, marquée par une vidéo diffusée par l'équipe de campagne de son adversaire dans laquelle la propre mère de l'élue qualifiait sa fille de menteuse et exhortait les électeurs à voter contre elle. Elle contestait le fait qu'elle ait maltraité son enfant. Amy Acton, ancienne directrice du ‌département de santé de l'Ohio pendant la pandémie de Covid-19, dit avoir été abusée sexuellement par son beau-père, qui a fui l'Ohio après la plainte pour viol de sa belle-fille et n'a jamais été jugé. Il est mort en 2004.

La sénatrice démocrate américaine Amy Klobuchar a également été élue gouverneure du Minnesota, battant la républicaine Lisa Demuth, présidente de la Chambre des représentants de l'État, au terme d'une campagne marquée par un vaste scandale de fraude au sein de l'administration de l'État. Amy Klobuchar succédera au gouverneur sortant Tim Walz — candidat démocrate à la vice-présidence en 2024 —, qui a renoncé à briguer un troisième mandat après qu'une enquête sur des fraudes, en cours depuis longtemps, a pris une ampleur nationale. Elle devient la première femme à occuper le poste de gouverneure du Minnesota.

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Une sous-représentation persistante

Le site "The Women Voices" souligne toutefois que "ces victoires ne doivent pas masquer la persistance d’une forte sous-représentation féminine dans les institutions américaines". Elles étaient pourtant plus nombreuses à voter que les hommes lors de la dernière présidentielle, 91,3 millions de femmes contre 82,6 millions.

"Avant le scrutin (des midterms 2026, NDLR), seules 27 femmes siégeaient au Sénat et 125 à la Chambre des représentants, soit moins de trois parlementaires sur dix", précise ce média d’information politique et générale dont la vocation est d’amplifier les voix des femmes dans la sphère publique. Il ajoute que "la féminisation du pouvoir politique progresse, mais demeure inégale selon les partis et les institutions. Les démocrates présentent davantage de candidates que les républicains, ce qui contribue à expliquer pourquoi leurs victoires électorales peuvent favoriser l’arrivée de nouvelles élues".

Avec Associated Press, AFP et Reuters

Source: France 24 · Stéphanie TROUILLARD

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