Dominique A branche à nouveau sa guitare et opère un retour à soi. Il dessine sur Spirales une géographie personnelle, mais il s’attaque aussi à des thèmes plus politiques. Dans un air du temps électrique en France, le chanteur jusqu’ici bien éloigné du bruit permanent des réseaux sociaux, n’a cependant pas pu éviter la polémique en pleine sortie d’un 16e disque résolument rock.
Publié le : 05/11/2026 - 16:56
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Les boucles offertes par la vie ont souvent joué un rôle important chez Dominique A. Dans son livre Y revenir (*), paru en 2012, le chanteur avait déjà raconté son retour à Provins, la ville où il avait grandi jusqu’à l’adolescence et contre laquelle il avait gardé une dent. Peu avant cela, il devait sortir une chanson appelée « Ostinato », du nom de ces boucles musicales répétitives qui n’en finissent jamais.
Pour Spirales, il revient à Provins, retrouve ses amis (« Un jour j’ai disparu », « Evanoui »), et puis se souvient de Picasso Y Los Simios, ce groupe de new wave croisé lors de ses débuts à Nantes. « Quand j’ai tiré le fil de la première chanson, "La roue du jardin Garnier", je me suis dit que j’allais faire ce à quoi je me suis souvent refusé : parler de moi, relater des expériences de ma jeunesse... J’ai juste eu envie d’exprimer cela en réaction à mon disque studio précédent, Le monde réel, où j’avais plus une posture de narrateur extérieur », explique Dominique A.
« Enclencher la distorsion et envoyer le boulet »
Les retrouvailles avec les vieux camarades sont empreintes d’une nostalgie légère. Le temps a simplement conservé les souvenirs heureux. Ce retour à des endroits et des personnes qui ont compté va de pair avec la mise en avant des guitares électriques. L’idée d’aller vers un rock brut de décoffrage s’est mise en place avec le contrebassiste Sébastien Boisseau, le batteur Etienne Bonhomme et le clavieriste Julien Noël, les musiciens qui ont accompagné sa dernière tournée.
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Dans une époque électrique, brancher les guitares a eu valeur de défouloir. « Le premier signe, ça a été le concert en commun donné en 2019 avec Mark Long, dont il est question dans la chanson "Mark" (**), rembobine-t-il. J’étais assez impressionné parce que je jouais avec des musiciens anglais qui ne me connaissaient pas forcément. Et c’est ce que raconte la chanson : on a répété, j’ai entendu le batteur cogner comme un sourd et je me suis dit "Je vais mettre la disto !" J’ai enclenché plusieurs pédales et on a fait du bruit. Je me suis rendu compte le soir du concert que j’adorais ce truc primaire : enclencher la distorsion et envoyer le boulet. On dit que tout le monde peut le faire, c’est vrai, mais qu’une rage froide passe là-dedans, ce n’est pas si évident. »
Alors qu’ils apparaissent rêches au premier abord, les 16 morceaux de Spirales laissent entendre plus de nuances qu’il n’y paraît. Les gris s’y dessinent et, au fil des écoutes, on se surprend à découvrir des paysages sonores plus contemplatifs (« Longueville »), tandis que la contrebasse roule. Les boucles de batterie épileptiques et les stridences répondent à des morceaux plus contemplatifs et à des montées post-rock (« 39 rue Sainte-Croix »).
Un propos directement politique
Comme dans beaucoup de disques de notre époque en France, la crainte de la guerre court entre ses lignes. On retrouve également une critique de la société connectée dans « Coltan », qui évoque l’exploitation minière pour la fabrication des smartphones, et « Shining à 12 ans », sur le fait que ces mêmes téléphones permettent à nos ados d’accéder sans filtre à des images violentes. L’auteur du « Courage des oiseaux » s’inquiète de la perte d’attention entraînée par les écrans et des conséquences néfastes du fait d’être connecté en permanence avec le monde entier depuis son téléphone.
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Mais au-delà de ce constat, son propos se fait aussi plus politique et direct. « Peut-être qu’un peu de bromure / En haut lieu un peu plus souvent / Rendrait le monde un peu moins dur / Plein de gens vivraient plus longtemps », dit-il dans « Bromure ». Ce qui va dans le sens des positions d’un auteur-compositeur-interprète qui s’est jusqu’ici bien gardé de se dire engagé, tout en ne faisant pas mystère de ses convictions politiques à gauche. En avril dernier, il avait ainsi annoncé sur Instagram son intention de boycotter les Relay, ces maisons de la presse présentes dans les gares, et de ne plus se produire à l’Olympia ou au Casino de Paris, parce qu’ils appartiennent tous au milliardaire breton Vincent Bolloré proche de l’extrême droite.
Est-ce cette prise position qui lui est revenu comme un boomerang en pleine figure ? Un climat politique très tendu à six mois de la prochaine élection présidentielle ? Un bashing qui vise en ce moment les artistes ? A la veille de notre entretien, Dominique A devait poster une « mise au point » sur les réseaux sociaux. Une interview accordée à Paris Match, hebdomadaire désormais dans le giron de Bolloré, et titrée sur son site internet « Je ne suis absolument pas LFIste, Mélenchon est dangereux », lui a valu une « shit storm ». Préoccupé par cette campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux, le chanteur devait rappeler dans un long message son opposition franche au Rassemblement National (RN), et tout en se positionnant à gauche, se dire « très gêné par le culte du chef » chez La France Insoumise (LFI).
Une grande première en près de 35 ans de carrière pour quelqu’un dont le propos a surtout été d’amener un peu de poésie à qui l’écoute.
(*) Dominique Ané, Y revenir, Stock, 2012.
(**) Mark Long était le chanteur du groupe de new-wave britannique The Opposition, qui a largement influencé Dominique A.
Dominique A Spirales (Cinq 7 / Wagram Music) 2026
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Source: RFI · Bastien Brun
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