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Publié le 03/11/2026 06:01

Temps de lecture : 5min

Halima El Bakhti et Ahmed Touloub, au tribunal judiciaire de Blois, le 2 novembre 2026. (INES PONS-TEIXEIRA / FRANCE TELEVISIONS)
Halima El Bakhti et Ahmed Touloub, au tribunal judiciaire de Blois, le 2 novembre 2026. (INES PONS-TEIXEIRA / FRANCE TELEVISIONS)

Ahmed Touloub, 74 ans, et Halima El Bakhti, 72 ans, sont jugés par la cour d'assises du Loir-et-Cher, près de quarante ans après que la petite Inass a été retrouvée morte et mutilée. Le père devra faire l'objet d'une expertise psychiatrique complémentaire à la demande de la défense.

Ils ne s'adressent pas un regard mais sont assis côte à côte au premier rang. Halima El Bakhti et Ahmed Touloub, respectivement 72 et 74 ans, font face, lundi 2 novembre, à la cour d'assises du Loir-et-Cher, trente-neuf ans après la mort de leur fille Inass, qu'ils ont abandonnée le long de l'autoroute A10 en août 1987. Séparés depuis 2010, tous deux comparaissent libres à leur procès et sont arrivés l'un après l'autre au tribunal judiciaire de Blois.

La mère de la fillette a lentement gravi les marches du palais de justice, camouflée sous la robe noire de son avocat, le pénaliste Camille Radot. Le père, représenté par le ténor lillois Frank Berton et son associée Yasmina Belmokhtar, s'est présenté avec un masque chirurgical et des lunettes de soleil. Tous deux sont scrutés par les 80 journalistes présents pour le dénouement judiciaire de l'un des plus vieux "cold cases" français.

Le célèbre pénaliste Frank Berton monte les marches du tribunal. Il représente le père de la fillette. Il est suivi de son confrère, Camille Radot, qui représente la mère. Celle-ci cache son visage sous la robe de son avocat. https://t.co/1y44mUgnC9

— Juliette Campion (@JulietteCampion) November 2, 2026

Dans l'après-midi, la salle d'audience est plongée dans l'effroi. Le compte-rendu de l'autopsie du corps supplicié de la petite Inass semble interminable : "L'aspect général est celui d'une enfant battue de sexe féminin, de corpulence normale, mesurée à 95 cm", "de très nombreuses plaies d'âges différents sont disséminées sur le corps", "une bonne partie de ses plaies ont l'aspect de morsures". "Le décès n'est probablement pas survenu brutalement mais plutôt progressivement", complète le rapport glaçant du légiste.

Les ex-époux écoutent attentivement, à quelques centimètres l'un de l'autre. Halima El Bakhti regarde dans le vide, manifestement émue. La mère de "la petite martyre" de 4 ans ne lâche pas son imperméable beige, emmitouflée dans une grosse écharpe. A ses côtés, Ahmed Touloub, le père au crâne dégarni et à la barbe blanche, reste immobile pendant l'heure de lecture des faits. Il fixe ses pieds, le visage posé dans sa main, semblant presque dormir.

"Monsieur Touloub ? Vous arrivez à entendre ce que je dis ? S'il y a des problèmes d'audition, vous me le dites", lance soudainement la présidente, visiblement inquiète de l'état de santé de l'accusé. Le septuagénaire fait signe qu'il entend bien. La magistrate reprend. Dans le public, cinq femmes oscillent entre tristesse, dégoût et gêne, en écoutant les déclarations des époux lors de leurs gardes à vue, en juin 2018, puis au cours de leurs interrogatoires successifs.

Halima El Bakhti a reconnu qu'elle "tapait" régulièrement sa fille et "lui donnait des gifles" mais "ne se rappelait plus de brûlures ou de morsures sur l'enfant". Ahmed Touloub a décrit une fillette martyrisée par les violences de son épouse et a admis avoir été "un lâche" en ne l'ayant jamais dénoncée "de peur que les enfants ne soient placés". Les six autres enfants du couple, tous auditionnés, ont dépeint une mère fragile sur le plan psychologique, en proie à de violentes "crises", se mettant par terre ou déchirant ses vêtements sans raison apparente, puis redevenant tendre et attentionnée avec eux.

La deuxième fille du couple, née juste avant Inass, a remis un texte au sujet de sa mère. Agée de 6 ans au moment de la mort de sa petite sœur, elle évoque aujourd'hui, à 45 ans, "une violence imbriquée, enlisée, mélangée avec un amour inconditionnel, violent et épuisant".

"Si j'avais eu la maturité et la distance suffisante, j'aurais compris que c'était ce que l'on appelle folie, être fou."

La deuxième fille du couple

dans une lettre lue au tribunal

En fin d'après-midi, la présidente invite Halima El Bakhti à venir à la barre pour la première fois de la journée. La magistrate rappelle que la septuagénaire est poursuivie pour "actes de torture et barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Qu'a-t-elle à dire sur ces qualifications pénales, pour lesquelles elle encourt la réclusion à perpétuité ? "Ils ont menti sur moi, ce n'est pas vrai", déclare d'abord Halima El Bakhti d'une voix peu assurée, accusant son ex-mari et ses filles d'avoir "beaucoup menti".

C'est au tour d'Ahmed Touloub de se positionner : l'homme s'appuie sur l'huissier et avance péniblement jusqu'au pupitre, aidé de sa canne. "Je n'ai rien fait de... Je n'ai jamais touché à aucun de mes enfants", déclare-t-il d'une petite voix, semblant chercher ses mots. Reconnaît-il la complicité du crime de sa femme, dont il est accusé et pour lequel il encourt, lui aussi, la perpétuité ? "Moi-même j'ai été battu, alors, comment puis-je être complice ?" lance-t-il avant de regagner sa chaise.

La présidente précise avoir fait passer des examens médicaux aux deux accusés pour s'assurer de leur capacité à comparaître jusqu'au 18 novembre. Examinée le 16 octobre, Halima El Bakhti présente un symptôme dépressif et des troubles cognitifs légers mais "comprend les questions et coopère", souligne le rapport. Le médecin estime que "son état de santé est compatible avec sa comparution". La présidente lui demande si elle se pense capable d'assister au procès. "Les séances sont longues", se plaint la septuagénaire, qui précise avoir "mal aux reins". La présidente insiste et explique que le procès doit permettre de comprendre "comment les choses se sont passées". "Je vais essayer de venir et d'assumer", déclare Halima El Bakhti.

Le médecin ayant examiné Ahmed Touloub le 15 octobre signale à son sujet "des troubles cognitifs légers à modérés". Il estime néanmoins que "son état de santé est compatible avec sa comparution devant la cour d'assises". Le père d'Inass l'assure : "Des fois, j'ai des trous de mémoire." Les deux avocats de la défense réclament des expertises psychiatriques complémentaires pour leurs clients, Frank Berton rappelant que l'on ne "peut pas faire comparaître quelqu'un qui ne serait pas en mesure de comprendre les questions". Une demande à laquelle s'oppose le ministère public. "Le dossier est prêt à être jugé", insiste l'avocat général, Stéphane Javet. Il incite la cour à s'adapter à son rythme, en reformulant "les passages complexes".

Après délibérations, la présidente annonce dans la soirée le rejet de la demande de supplément d'expertise pour Halima El Bakhti, mais la valide concernant Ahmed Touloub. Elle se fonde notamment sur le fait que le rapport du médecin en octobre a fait état d'"une probabilité de démence modérée". Les débats ne seront toutefois pas suspendus, souligne la présidente, qui espère recevoir les résultats médicaux concernant le père de l'enfant "dans les prochains jours". De cette nouvelle expertise dépend la suite du procès.

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Source: Franceinfo · Juliette Campion

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