La politique du maintien de l’ordre française dans le cadre des récentes manifestations des 17 et 24 octobre derniers est dénoncée par plusieurs organisations et associations internationales.
Passer la publicité Passer la publicitéDes experts mandatés par l’ONU se sont indignés de la réponse du gouvernement français au mouvement de protestation sociale qui bouscule la France depuis plusieurs semaines. Relevant du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, quatre rapporteurs spéciaux ont publié un communiqué le 28 octobre pour déplorer que la réponse sécuritaire ait pris le pas sur les causes profondes de la mobilisation. L’ONG Amnesty International s’est également prononcée sur ce qu’elle qualifie de «dérives autoritaires».
«Inacceptables et injustifiables»
«Recours excessif à la force, violences et interpellations massives ne sont pas des réponses appropriées à un mouvement social de contestation dans un État de droit», ont notamment affirmé ces experts. Ils se disent «consternés par le niveau de violence subi par les lycéens et étudiants qui manifestent dans toute la France pour réclamer ce qui leur est dû de longue date : un système éducatif qui fonctionne, des conditions matérielles d'éducation dignes, des rythmes scolaires et universitaires adaptés, et l'égalité territoriale et sociale dans l'accès à une éducation de qualité, notamment».
Depuis la mi-septembre, un mouvement de mobilisation impliquant d'abord les lycéens puis également des étudiants a gagné en ampleur en France. «Les blessures graves et, dans certains cas, irréversibles subies par des manifestants mineurs dans le cadre d'opérations de maintien de l'ordre sont inacceptables et injustifiables», ont relevé les experts, mandatés par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU mais qui ne s'expriment pas au nom de l'organisation.
Une «disproportion» pointée du doigt
Les rapporteurs soulignent que les autorités françaises ont «engagé en octobre plusieurs initiatives pour faciliter le dialogue et répondre aux demandes des lycéens et étudiants». Mais «la priorité accordée à une réponse principalement sécuritaire aux manifestations a conduit à reléguer au second plan les causes profondes de la mobilisation», ont affirmé ces experts, parmi lesquels le rapporteur spécial sur le droit de réunion pacifique et la liberté d'association Gina Romero et le rapporteur spécial sur le droit à l'éducation Farida Shaheed.
«Nous regrettons que des policiers aient été blessés, de nombreux bâtiments endommagés et commerces vandalisés. Nous condamnons ces actes de violence. Des mesures sont nécessaires pour enquêter sur ces faits et traduire leurs auteurs en justice», ont-ils indiqué. «Toutefois, l'ampleur des interpellations et des gardes à vue, qui touchent plusieurs milliers de personnes, principalement des mineurs, apparaît disproportionnée et a pour conséquence de dissuader l'exercice des libertés d'expression et de réunion pacifique des manifestants», ont-ils conclu, après avoir appelé à un positionnement clair et «sans équivoque» pour dénoncer «les violences policières».
Un glissement autoritaire pour Amnesty
Dans la foulée, c’est au tour de l’ONG Amnesty International, spécialisée dans les droits de l’homme, de se prononcer dans le même état d’esprit. Elle évoque sept points d’alerte sur un «glissement vers des pratiques autoritaires». Dans un long article publié le 29 octobre, l’association énumère les critères qui, selon elle, sont caractérisés en France : «attaquer la presse, écraser la dissidence, instrumentaliser les technologies, gouverner par la peur, fabriquer un ennemi, exploiter les inégalités, éliminer les contre-pouvoirs».
Selon Amnesty, cette «dérive» s’inscrit dans une tendance mondiale. Citant les États-Unis, l’Argentine de Milei ou l’Italie de Meloni, c’est dans tous les cas un «État de droit en état d’alerte» qui est désigné. «la France n’est plus à l’abri de cette tendance mondiale.» La concentration des médias, les arrestations de mineurs, la vidéosurveillance algorithmique ou encore une «surenchère sécuritaire» dans la législation font partie des illustrations, selon l’ONG, de l’accroissement de ces «pratiques autoritaires».
Source: Le Figaro · Valentin Hermier
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