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Par Benoît Hopquin
Publié aujourd’hui à 09h16 (republication de l’article du 04 janvier 2026 à 06h00)Article réservé aux abonnés
RécitElles s’appelaient Madeleine Raisin, Suzanne Olivier, Colette Pons… Des noms qui n’évoquent rien. Membres de réseaux clandestins ou proches du chef résistant, elles ont œuvré, souvent au péril de leur vie, pour tenter d’éviter le pire après son arrestation, le 21 juin 1943. La paix revenue, elles ont contribué à honorer sa mémoire. Une postérité à laquelle ces héroïnes n’ont jamais eu droit.
Les derniers jours de Jean Moulin, la trahison et l’arrestation à Caluire (Rhône), le 21 juin 1943, dans la maison du docteur Dugoujon, l’agonie sous la torture, constituent une page majeure de la Résistance. Par l’esprit de sacrifice qu’elle incarne mais aussi par la part de mystère qu’elle conserve. Ces heures sombres ont fait l’objet, à partir des années 1960, d’une abondante production historique, de multiples documentaires ou œuvres de fiction. Un nouveau film, Moulin, biopic de László Nemes, avec Gilles Lellouche dans le rôle-titre, qui sort en salles ce 28 octobre, revient sur cet épisode.
S’il est une constante dans la plupart des récits publiés sur Caluire, c’est bien l’effacement des femmes, comme un résumé de la longue minoration de leur rôle dans la Résistance. A peine évoque-t-on généralement la figure de Lucie Aubrac, qui fit évader de façon spectaculaire le 21 octobre 1943 à Lyon, son mari, Raymond, arrêté à Caluire aux côtés de Jean Moulin et de six autres responsables de réseaux clandestins.
Les personnages féminins n’existent guère, estompés voire exclus du drame. Leurs traces dans l’histoire, quand il y en a, sont réduites à de brèves notices biographiques. Leur écot fut pourtant énorme. L’image du « cortège d’ombres », du « peuple de la nuit » décrit par André Malraux, lors de la panthéonisation de Jean Moulin en décembre 1964, sied particulièrement à ces héroïnes sans visage qui se battaient dans les ténèbres de l’Occupation.
Enchaînement de revers
Les historiens s’accordent pour dire que Caluire est la conséquence d’un enchaînement de revers pour la lutte clandestine. Comme l’a fait un rapport de la Gestapo daté du 17 juillet 1943, baptisé « Flora » et exhumé à la Libération, on peut en faire remonter l’origine à l’arrestation à Marseille de Thérèse Floiras, le 14 avril 1943.
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Source: Le Monde · Benoît Hopquin
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