De Berlin à Tunis, de Dakar à Antananarivo, la création africaine et diasporique s’empare des musées, festivals et galeries pour interroger violences coloniales, identités noires, héritages sénégalais et imaginaires cosmologiques. Voici des rendez‑vous des cultures afro et africaine à ne pas manquer en ce mois de novembre. Et n’hésitez pas à nous envoyer vos prochains événements culturels « incontournables » à l’adresse rfipageculture@yahoo.fr.
Le Musée historique allemand à Berlin explore actuellement les liens et les différences entre la violence coloniale et la violence nazie. « Depuis les années 1930, ces questions ont été posées à maintes reprises par des penseurs anticolonialistes, des journalistes, des femmes politiques, des historiens et des survivants de l’Holocauste. » L’exposition Une parenté controversée. Violence coloniale et nazie ramène le débat persistant sur les similitudes, les différences et les assimilations à ses origines historiques.
Le Baltimore Museum of Art présente actuellement Monuments tissés : tapisserie et identité au Sénégal, la première exposition muséale américaine consacrée aux tapisseries sénégalaises depuis quarante-cinq ans. Woven Monuments regroupe une douzaine d’œuvres monumentales réalisées pour l’essentiel au sein des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs de Thiès, un établissement soutenu par l’État. Parmi les artistes à l’œuvre : Badara Camara, Ansoumana Diédhiou, Théodore Diouf, Souleymane « Souley » Keïta… « Ces tapisseries aux couleurs vives reflètent les efforts déployés par le pays pour forger une nouvelle identité nationale après l’indépendance en 1960. » À travers les thèmes de l’innovation artistique, de la diplomatie culturelle et de la collaboration, l’exposition explore l’investissement ambitieux du Sénégal dans les arts après l’indépendance ainsi que le rôle de ces tapisseries en tant qu’ambassadrices culturelles.
À partir du 5 novembre, la galerie parisienne Loeve&Co accueille Frédérique Devaux Yahi : Entre deux rives. L’artiste est connue pour son « langage visuel singulier, à la croisée du lettrisme, de la photographie et du film documentaire ». À travers son œuvre, ancrée dans son héritage franco-algérien et ses origines kabyles, Yahi explore les questions de l’exil, de la filiation et de la mémoire postcoloniale, retraçant la relation complexe entre identité et appartenance.
À partir du 5 novembre, l’artiste ivoirien Roméo Mivekannin présente à la Galerie Fakhoury Abidjan Dieu n’est pas obligé, « un panthéon de rituels et d’images donnant corps à une quête entre Afrique de l’Ouest, Europe et Brésil, traversée par les manifestations du sacré, les métamorphoses des gestes et l’ambivalence du fait religieux ».
À partir du 8 novembre, Working Times marque la deuxième exposition du peintre soudanais Salah Elmur chez Mariane Ibrahim et sa première avec cette galerie aux États-Unis. Réunissant une nouvelle série de peintures, l’exposition explore la figure de l’ouvrier qui, tout au long de l’histoire de la peinture moderne, a incarné la dignité individuelle et les aspirations politiques de sociétés en pleine mutation.
À partir du 9 novembre, l’artiste met en place Violence silencieuse au Musée du Quai Branly, à Paris. À travers quatre sculptures métalliques créées pour l’occasion, il pose la question : « Comment regarder les exhibitions coloniales sans en reproduire la violence ? »
Du 5 au 15 novembre, le Festival de films africains à Hambourg, en Allemagne, nous invite avec Augen Blicke Afrika. Au programme, 36 films provenant de 21 pays africains, dont The Fisherman, réalisé par Zoey Martinson, cinéaste, actrice et humoriste ghanéenne-américaine. C’est son premier long métrage, entièrement produit et tourné au Ghana.
Du 5 au 8 novembre, ART X Lagos, premier salon international d’art d’Afrique de l’Ouest, ouvre ses portes. Il s’agit d’une plateforme créée en 2016 pour célébrer et promouvoir la culture contemporaine africaine et celle de la diaspora africaine. Des artistes et des galeries de plus de 70 pays sont attendus pour cette programmation couvrant la musique, le cinéma, le design, la littérature et l’art.
Du 5 au 14 novembre, le festival Africlap à Toulouse célèbre les archipels africains sous le thème Créativités Insulaires & Diasporiques. « Des îles de l’océan Indien aux rivages de l’Atlantique, des diasporas urbaines aux circulations imaginaires, l’Afrique se pense aussi comme un archipel : un ensemble de territoires reliés par l’histoire, les courants, les langues, les musiques et les mémoires. »
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Du 6 au 17 novembre aura lieu le Festival du film franco-arabe à Noisy-le-Sec, en région parisienne. L’Égypte sera le pays d’honneur de cette 15e édition, avec une rétrospective dédiée au centenaire de l'œuvre de Youssef Chahine. Également au programme : une vingtaine de films projetés sur les révolutions arabes et les conflits au Proche-Orient.
Du 6 au 10 novembre, le Festival des cinémas d’Afrique du Pays d’Apt accueille ses visiteurs autour de 20 longs métrages, 3 programmes de courts et 41 séances avec des cinéastes invités et des rencontres. Depuis sa création, le festival a accueilli plus de 50 000 spectateurs. « Ce qui frappe maintenant, c’est l’émergence d’une vague de réflexions sur la question du genre… comme une exploration cinématographique d’une (re)mise en question du masculin/féminin associée à d’autres formes d’affranchissement social, culturel et politique. »
Du 7 au 15 novembre, le festival Lumières d'Afrique à Besançon nous invite à découvrir dans la ville natale des frères Lumière une programmation avec une trentaine de films de 24 pays. La compétition de longs métrages est ouverte à toutes les productions de films tournés sur le continent africain de moins de deux ans par des réalisateurs africains. Créé en 1996, il s'agit du plus ancien festival de cinémas d'Afrique de France en activité. Afrotopia, un long-métrage dramatique gabonais et film d’ouverture réalisé par David Mboussou, raconte l’histoire d’Ézékiel, un aspirant cinéaste de 25 ans, au cœur du bassin du Congo. Lors d'une mission, il découvre que son père prévoit d'exploiter une forêt sacrée (Bigousala), qui constitue le dernier refuge d'une communauté autochtone et le gardien d'une tragédie coloniale enfouie.
Au Togo, du 7 au 11 novembre, l'Emergence Films Festival présente à Lomé et à Kpalimé son édition 2026. 41 films venant de 24 pays d'Afrique et de sa diaspora sont au programme de ce rendez-vous cinématographique fondé en 2014.
Jusqu’au 7 novembre, le Festival international du film africain (AFRIFF) fête sa quinzième édition à Lagos, au Nigeria, sur le thème Frames of the Future : Africa's Creative Intelligence (« Les cadres du futur : l'intelligence créative de l'Afrique »). Le film d’ouverture, Lady, réalisé par Olive Nwosu, raconte l’histoire d’une des rares femmes chauffeurs de taxi de la ville, dans la nuit agitée de Lagos. L’événement réunit des cinéastes, des producteurs, des critiques, des chercheurs, des artistes et des stratèges du divertissement au service d’une portée internationale de la création narrative africaine.
C’est l’histoire d’un homme, Sellam, qui sillonne les routes de l’Atlas, au sud de Marrakech, à la recherche d'un oiseau mystérieux. Du 8 au 10 novembre, À la recherche de l’Oiseau gris, récompensé par le Prix Jean Vigo du court-métrage 2026, est en tournée dans les Instituts français au Maroc, à travers des projections-débats en présence du réalisateur Saïd Hamich Benlarbi.
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Du 11 au 20 novembre, le Festival international du film du Caire présentera une sélection d’une centaine de films de nombreux pays. Le Festival se considère comme « le plus ancien et le seul festival cinématographique annuel du monde arabe, de l'Afrique et du Moyen-Orient qui jouit d'une reconnaissance internationale ».
À partir du 12 novembre, le Zeitz MOCAA présente Si ce n’était pas pour les ombres… Cette exposition collective met en avant les pratiques artistiques singulières de six artistes basés au Cap : Kemang Wa Lehulere, Haroon Gunn-Salie, Thania Petersen, Igshaan Adams, Unathi Mkonto et Berni Searle. Le titre est tiré d’une phrase de l’essai de l’auteur japonais Jun’ichiro Tanizaki, Éloge de l’ombre, explorant la beauté de l’ombre, de la subtilité et de l’ambiguïté.
Du 12 au 15 novembre, Paris Photo, première foire internationale dédiée à la photographie et à l’image, ouvre ses portes au Grand Palais, à Paris. C’est le rendez-vous le plus attendu du marché de l’art photographique. Parmi la centaine de galeries présentes se trouvent aussi cinq galeries du continent africain : L’Atelier 21 de Casablanca, les galeries Southern Guild et Stevenson du Cap, Tintera du Caire et Afronova de Johannesbourg.
À partir du 13 novembre, la Fondation H, à Antananarivo, accueille l’artiste malgache Temandrota avec Masoandro amam-bolana (Du Soleil et de la Lune). Premier lauréat du Prix Paritana, l’artiste questionne cette fois-ci « l’univers visuel, spirituel et philosophique de l’artiste, en développant une réflexion sur la relation entre l’humanité, le monde vivant et le cosmos ».
À partir du 19 novembre, OH Gallery présente Ce qui demeure. Modernités sénégalaises, filiations et héritages, avec des œuvres d’Omar Ba, Amadou Ba, Seyni Awa Camara, Soly Cissé, Viyé Diba… Nichée au centre historique de Dakar, la galerie est dédiée à l’art contemporain et mène un travail de fond sur les modernités artistiques africaines, notamment sénégalaises.
À partir du 19 novembre, Dak’Art, la Biennale de Dakar, accueille dans sa sélection officielle soixante-seize propositions du continent et des diasporas. L’édition 2026 promet de transformer la fragilité en une force. « L’(anti)fragilité désigne une capacité à faire de situations fragiles un lieu d’invention et de puissance expressive. Le projet valorise le lien social et communautaire, la co-création, les gestes de soin et les réponses qui permettent de transformer l’expérience des chocs en nouveaux possibles. »
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Jusqu’au 19 novembre, la galerie parisienne Lelong accueille l’œuvre d’Alison Saar. Ses travaux sont souvent inspirés par la culture afro-américaine et la critique de la mythologie coloniale. Née en 1956 à Los Angeles, son œuvre intègre des influences très variées, de la culture afro-américaine au folklore, en passant par la spiritualité des Caraïbes, la mythologie et l’art brut, avec un focus sur l’identité des femmes noires aux États-Unis. En 2026, la Fondation Obama a confié à Saar la création d’une œuvre spécialement destinée au Centre présidentiel Obama, à Chicago.
Du 20 au 28 novembre 2026, Nantes et plusieurs villes du département accueillent le Festival des 3 Continents pour célébrer le cinéma d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Le film d’ouverture, Alea Jacarandas, du réalisateur algérien Hassen Ferhani, racontera un retour à Alger, où le cinéaste suit son père, l’écrivain Ameziane Ferhani, dans une déambulation à travers la ville.
Du 20 au 28 novembre aura lieu la 23e édition du Festival international du Film de Marrakech. Les cinémas du monde seront à l’honneur à travers une sélection de 76 films en provenance de 39 pays, dont dix films en première mondiale. La comédienne Marion Cotillard sera la présidente du jury décernant l’Étoile d’or.
Le très attendu festival Écrans noirs se déroulera du 21 au 28 novembre à Yaoundé, avec une décentralisation prévue à Douala. Après une sélection des 423 œuvres reçues en provenance de 18 pays, la 30e édition prévoit 38 films et séries. Le thème central sera « Écrans Noirs, 30 ans : le cinéma, notre arme de paix ». Le festival rendra également hommage au réalisateur décédé Bassek Ba Kobhio, fondateur de la manifestation.
Jusqu’au 22 novembre, la Biennale d’art Jaou, en Tunisie, se déploie à travers des expositions, des performances, des concerts, des débats et des programmes publics. Pour la première fois de son histoire, la Biennale de l’Image en Mouvement quitte Genève pour s’installer à Tunis, marquant ainsi sa première édition sur le continent africain. Au cœur de cet événement se trouve Becoming the Ocean, une exposition majeure de BIM’26, réunissant seize artistes récemment sélectionnés, originaires d’Afrique, du monde arabe, d’Asie, d’Amérique latine et de leurs diasporas.
Deux regards, un dialogue. Jusqu’au 22 novembre, l’exposition L’Art entre 2 continents du collectif 16 Anges, à Rueil Malmaison, regroupe 35 plasticiens d’origine africaine et française. Un événement organisé à l’occasion des 50 ans de disparition d’André Malraux et de la rencontre de l’écrivain, résistant et homme politique avec Léopold Sédar Senghor en 1966 lors du Festival des Arts Nègres (FESMAN) qui s’est tenu à Dakar.
Le 26 novembre commenceront les Rencontres de Bamako, la prestigieuse Biennale africaine de la photographie. Pendant deux mois, la 15e édition est dédiée au thème Refabulation(s), une occasion d’« explorer la photographie comme un espace de fiction, de mémoire et de réinvention des récits ». Sous la direction de la commissaire générale Armelle Dakouo, 49 artistes, dont 25 femmes, originaires de 26 pays, ont été sélectionnés.
Du 26 au 30 novembre aura lieu la 6e édition du festival Afriques en vision, consacré aux cinémas du continent africain et ses diasporas. Durant cinq jours, le Cinéma Utopia Bordeaux présentera des films de la nouvelle génération de cinéastes ainsi que plusieurs pépites restaurées. BLKNWS: Terms & Conditions (USA, Ghana), le film d’ouverture réalisé par Kahlil Joseph, promet « une expérience cinématographique unique conçue comme une œuvre hybride entre cinéma, installation et album visuel ».
Du 27 novembre au 13 décembre se tiendra la deuxième édition du festival pluridisciplinaire Instant Togo II. Portée par l'Institut français du Togo et le programme Création Africa, cette programmation de seize jours met à l'honneur la création contemporaine africaine à travers le spectacle vivant, la musique, les arts visuels, mais met aussi en avant les innovations digitales, l’e-gaming et les cultures numériques.
Source: RFI · Siegfried Forster
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