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Chronique
Jean-Pierre Filiu
Professeur des universités à Sciences Po
Les menaces de « représailles » après le lâcher de simples cerfs-volants révèlent la difficulté d’Israël à identifier encore un ennemi dans l’enclave palestinienne.
Publié aujourd’hui à 07h00 Temps de Lecture 3 min.
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Un cessez-le-feu est censé prévaloir entre Israël et le Hamas depuis le 10 octobre 2025 dans la bande de Gaza. Plus de 1 500 Palestiniens, majoritairement des civils, ont pourtant été tués depuis lors par l’armée israélienne. Celle-ci n’a, en revanche, subi aucune perte directe depuis le 28 octobre 2025, date de la mort d’un de ses soldats dans un accrochage avec des miliciens palestiniens à Rafah, au sud de l’enclave palestinienne. Trois militaires israéliens avaient déjà été tués, le 19 octobre 2025, au cours d’un combat dans cette même zone, systématiquement détruite et sous le contrôle désormais exclusif de l’armée israélienne et de ses supplétifs palestiniens.
Cela fait donc une année que les morts dans les rangs des occupants ont été toutes causées par des « tirs amis » entre unités israéliennes ou l’effondrement prématuré d’un bâtiment en voie de démolition. Il n’en est que plus légitime de se demander contre qui l’armée israélienne se bat vraiment à Gaza, où plus de deux millions de femmes, d’hommes et d’enfants restent condamnés à survivre dans des conditions extrêmes.
Durant mon séjour de plus d’un mois dans la bande de Gaza, durant l’hiver 2024-2025, j’avais déjà été frappé par le paradoxe d’une « guerre » menée de fait par un seul des belligérants. Les Nations unies avaient ainsi recensé, du 3 au 10 janvier 2025, 527 « actes de guerre » israéliens (dont 375 bombardements par les airs, la terre ou la mer et 10 incursions terrestres) contre 6 tirs de mortier palestiniens. Alors qu’une cinquantaine de Palestiniens, la plupart civils, étaient tués en moyenne chaque jour, j’avais tenté de décrire des hostilités aussi déséquilibrées par l’expression de « guerre à sens unique ».
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Mais le cessez-le-feu proclamé le 19 janvier 2025, sous la pression de Donald Trump, s’était avéré tout aussi unilatéral, puisqu’Israël avait rétabli, dès le 2 mars, un strict blocus de l’enclave palestinienne, avant de reprendre les bombardements massifs, le 18 mars, en coordination avec le renseignement américain. Durant l’été 2025, des milliers de civils palestiniens périrent du fait de la famine, qu’ils soient morts de faim, ou bien emportés par des maladies ou des blessures aggravées par la malnutrition, voire tués lors des distributions chaotiques de nourriture menées par une fondation proche de la Maison Blanche.
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Source: Le Monde · Jean-Pierre Filiu
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