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Tribune

Alors que la conscience des IA reste hypothétique, la sensibilité animale, elle, est scientifiquement établie. Envisager des droits pour les machines avant de les reconnaître pleinement aux animaux, un paradoxe moral pour le philosophe et chercheur Martin Gibert.

Publié aujourd’hui à 11h30 Temps de Lecture 3 min.

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C’est inédit en éthique de l’intelligence artificielle (IA). A partir du 12 novembre, Anthropic interdira les comportements abusifs des utilisateurs envers Claude, son modèle d’IA, « lorsque ceux-ci sont répétés et gratuits ». La mesure vise les cas extrêmes, sans sanctionner la frustration ordinaire ni les tests de recherche. Elle ne présuppose pas que Claude souffre ou soit un véritable patient moral. C’est plutôt le résultat d’un principe de précaution.

On ne peut guère reprocher à l’entreprise d’agir trop tôt. On le sait, l’acceptation culturelle de nouvelles responsabilités éthiques peut s’avérer fastidieuse. A cet égard, la façon dont nous continuons de traiter les animaux malgré les multiples preuves de leur sensibilité constitue un exemple éloquent.

Les grands modèles de langage comme Claude impressionnent par leurs capacités de raisonnement, mais, pour l’heure, rien ne prouve qu’ils soient sentients : rien ne prouve qu’ils soient capables de ressentir des expériences agréables ou désagréables. Qu’un modèle d’IA maîtrise l’intelligence émotionnelle ne signifie pas qu’il éprouve des émotions. En fait, la question de savoir s’il y a « quelqu’un » dans la machine est une des plus difficiles qui soit. Car comment ne pas se laisser leurrer par des programmes conçus pour simuler le langage humain ?

Deux certitudes hâtives

En juin, une équipe de chercheurs a proposé des indicateurs permettant d’évaluer la présence ou l’absence de conscience artificielle. Dans le cas de Claude, Anthropic a constaté des représentations associées aux émotions et des mécanismes rappelant l’« espace de travail global », une théorie influente de la conscience humaine. Aucun de ces résultats ne démontre que Claude ressent quoi que ce soit. Ils nous invitent plutôt à écarter deux certitudes hâtives : que les IA actuelles sont sentientes et qu’aucune IA ne pourrait le devenir.

Cette incertitude sur les IA contraste avec ce que nous savons des animaux d’élevage. Chez les mammifères et les oiseaux, la conscience bénéficie de solides preuves scientifiques. La déclaration de New York sur la conscience animale, publiée en 2024, ajoute que chez les poissons et de nombreux invertébrés il existe au minimum la possibilité d’expériences conscientes.

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Source: Le Monde

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