Pour la première fois de l'histoire, un match de football américain de la NFL sera disputé en France, avec l'affrontement entre les Saints de la Nouvelle-Orléans et les Steelers de Pittsburgh, dimanche, au Stade de France.

France Télévisions - Rédaction Sport

Publié le 25/10/2026 06:00

Temps de lecture : 6min

Les couleurs de la NFL lors d'un tournoi de flag football organisé à la Tour Eiffel, vendredi 23 octobre, deux jours avant le match NFL à Paris. (PIERRICK ROCHER / SIPA)
Les couleurs de la NFL lors d'un tournoi de flag football organisé à la Tour Eiffel, vendredi 23 octobre, deux jours avant le match NFL à Paris. (PIERRICK ROCHER / SIPA)

Six ans après la NBA, la NFL se lance dans l'aventure française. La puissante ligue de football américain va disputer le premier match de son histoire dans l'Hexagone, dimanche 25 octobre (14h30 sur France 2 et france.tv) avec un affrontement entre les Saints de la Nouvelle-Orléans et les Steelers de Pittsburgh.

Un choix d'équipes alléchant avec l'équipe la plus titrée, les Steelers (six Super Bowl remportés, à égalité avec les Patriots de la Nouvelle-Angleterre). Mais un choix aussi logique avec l'équipe la plus française, les Saints. En effet, elle est établie en Louisiane, ancien territoire français, a pour emblème la fleur de lys et tire son nom de la fête catholique de la Toussaint car elle a été créée le 1er novembre 1966.

Ce match devrait donc proposer un spectacle de qualité sur la pelouse du Stade de France, mais aussi poser la première pierre en France de l'expansion de la NFL en Europe. Une connexion qui a débuté en 2007 avec les premiers matchs internationaux à Londres, et qui n'a fait que s'accentuer depuis, ajoutant Munich, Francfort, Dublin, Madrid et donc Paris à son programme européen.

Sport roi aux Etats-Unis, bien loin devant tous les autres, le football américain reste encore très confidentiel en France. Au terme d'une semaine d'événements en tout genre, la NFL espère réussir son pari à Paris, car elle ne s'en cache pas : elle veut "devenir une marque mondiale, c'est très clair", ambitionne auprès de franceinfo: sport son "commissionnaire" Roger Goodell. "Nous jouons neuf matchs internationaux cette année, un record, mais nous avons l'ambition d'aller jusqu'à 16 et d'être capable de continuer d'étendre notre présence", poursuit le boss de la NFL.

Face à un marché saturé aux Etats-Unis, la NFL prend donc la tangente de la NBA, déjà internationalisée depuis longtemps, au contraire de la MLB (baseball) et de la NHL (hockey sur glace), qui campent toujours en Amérique du Nord. "Il y a une logique générale pour la NFL de faire comme la NBA, c'est-à-dire qu’il faut essayer de consolider différents marchés. Parce que plus il y a d'attrait pour ces compétitions, plus il y aura de droits télé, plus il y aura de droits commerciaux", résume Jean-Pascal Gayant, économiste du sport et directeur de l'IUT de Saint-Malo.

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— Kurt Badenhausen (@kbadenhausen) October 12, 2026

Malgré les efforts déployés par la NFL pour draguer un nouveau public, l'économiste pense que la ligue va se heurter à un mur culturel. "Je suis quand même très sceptique. On a vu les audiences du Super Bowl qui ont baissé depuis 2019, donc on n'est pas trop dans la logique d'une progression. J'ai vraiment l'impression que le football américain ne prend pas en Europe. Peut-être qu’en Allemagne ou dans les pays d'Europe du centre où le rugby n'est pas très développé, on aura peut-être un intérêt pour la NFL. Mais pour la France, je n’y crois pas du tout", considère-t-il.

Si la NBA y est parvenue, pourquoi la NFL ne le pourrait-elle pas ? Car les sports ancrés profondément en France dévorent déjà tout selon lui. "Le football est le premier sport mondial et continue à croître. On ne voit pas de lassitude véritable", estime Jean-Pascal Gayant. "Le basket est un sport qui est déjà culturellement présent en Europe, il plaît aussi parce qu'il est pratiqué. Pour le football américain, la nécessité première serait d'avoir une pratique", développe l'économiste. Pour comparaison, il y a plus de joueurs de football américain en université aux Etats-Unis (48 000) que de licenciés en France (33 558), même si le nombre était en hausse de 12 % entre 2024 et 2025.

La question des chocs est aussi au cœur du problème, notamment chez les jeunes qui s'y essaient, même si le constat vaut également pour le rugby. "Aux États-Unis, on fait pratiquer justement le 'soccer' aux enfants jeunes parce qu’on veut les protéger. Et c'est plutôt dans une deuxième partie de la jeunesse qu’on passe au football américain. Aujourd'hui on a une conscience de plus en plus importante de cela. Je vois mal des parents encourager leurs enfants à faire du football américain", poursuit-il.

Pour parer cet argument, la NFL compte deux as dans sa manche. Tout d'abord le flag football, soit le football américain sans contact, où le plaquage est remplacé par un tissu, le "flag" accroché à la ceinture des joueurs. "On voit l'évolution de ce sport : nous avons 20 millions de personnes qui font du flag football dans le monde. Il sera au programme de Los Angeles 2028, cela va évidemment donner un gros coup de boost", appuie de son côté Roger Goodell.

En France, parmi les trois disciplines de la fédération française de football américain (football, flag et cheerleading), le flag a connu une croissance de 18 % l'an passé, contre 2 % pour le football en lui-même. Pour Jean-Pascal Gayant, sa présence à L.A. parmi les cinq nouveaux sports ne suffira pas à le faire décoller. "Sur les grands évènements comme les JO, on a par moments un engouement sur des sports qui vont être médiatisés, mais souvent le soufflé retombe très vite. Ça ne booste pas l’attractivité et le côté 'bankable' du sport. Sinon, je pense qu'il y a des nageurs, des athlètes et des kayakistes qui seraient beaucoup plus riches aujourd'hui", déplore l'économiste.

L'autre avantage de la NFL, c'est sa puissance et sa visibilité sur les réseaux, en plus de son côté spectaculaire. Des ingrédients à même de séduire les jeunes, comme a pu le faire la NBA. "Le seul élément qui peut effectivement faire changer les choses, c'est cette 'gen Z' qui serait un tout petit peu plus dans le virtuel. On peut avoir un engouement incroyable pour un sport sans que les gens n'aillent jamais voir de compétitions. Peut-être qu'on va avoir des gens devenir dingues de foot américain, qui vont dépenser tout leur argent dans des produits dérivés. Ça peut arriver, mais ça n'est pas arrivé jusqu'à présent", note l'économiste.

La NFL est en tout cas en passe de réussir son premier pari : malgré des prix globalement élevés, le Stade de France affichera complet dimanche, avec plus de 80 000 billets vendus. L'attrait est réel, mais est-il dû à la nouveauté ou à une vraie base de passionnés en France ? "Oui, ça va être rempli le Stade de France. Mais pour moi, ça ne sera pas significatif d’un engouement de moyen ou long terme. Ce sera un coup", juge Jean-Pascal Gayant.

Quoi qu’il en soit, la NFL a pu jauger de sa popularité, portée par la connexion entre les Saints de la Nouvelle-Orléans et la France. Pourrait-on donc voir dès l'an prochain un nouveau match NFL dans la capitale ?

"Absolument, la NFL reviendra à Paris. Nous ne sommes pas là pour jouer un seul match, ça fait partie d'un projet à long terme."

Roger Goodell, commisionner de la NFL

à France Télévisions

Le commissionner avait même avancé l'idée cet été d'avoir carrément une équipe basée en Europe. Les Jacksonville Jaguars, qui jouent depuis 2013 au moins un match en Europe chaque année, et dont le propriétaire est également celui du club de Fulham en Premier League, sont les candidats désignés. "Je pense que c'est possible. En observant les premières réponses, les fans en veulent clairement une. Il y a des stades magnifiques ici pour jouer. Je pense qu'il y a un potentiel immense, de plein de manières, mais une chose est sûre : la NFL sera là", conclut Roger Goodell.

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Source: Franceinfo · Théo Gicquel, Loris Belin

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