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Publié le 31/10/2026 07:29

Temps de lecture : 9min

Les démocrates Jon Osoff et Alexandria Ocasio-Cortez font face au vice-président J.D. Vance et au président américain Donald Trump, à l'occasion des midterms organisés le 3 novembre aux Etats-Unis. (APOLLONIA HILVERDA / FRANCEINFO)
Les démocrates Jon Osoff et Alexandria Ocasio-Cortez font face au vice-président J.D. Vance et au président américain Donald Trump, à l'occasion des midterms organisés le 3 novembre aux Etats-Unis. (APOLLONIA HILVERDA / FRANCEINFO)

Si le président américain en exercice sort rarement gagnant de ce scrutin, le revers pourrait être lourd pour Donald Trump, mardi 3 novembre. Les sondages prédisent à l'opposition démocrate une majorité à la Chambre des représentants et peut être même au Sénat, l'autre chambre du Congrès américain.

Comment se dérouleront les deux dernières années de Donald Trump à la Maison Blanche ? C'est, en creux, la question que les Américains trancheront lors des élections de mi-mandat, organisées mardi 3 novembre. Les électeurs sont appelés à s'exprimer lors de nombreux scrutins locaux, et à renouveler une grande partie des deux chambres qui composent le Congrès. Une victoire des démocrates, prédite par les sondages, viendrait empoisonner la vie du président populiste. Mais les jeux sont encore loin d'être faits. Franceinfo vous explique tout ce qu'il faut savoir sur ce rendez-vous politique.

C'est quoi les midterms exactement ?

Les midterms ("mi-mandat" en anglais) sont les élections organisées deux ans après la dernière présidentielle, et deux ans avant la prochaine. Il s'agit d'un rendez-vous phare de la politique américaine, le seul où des électeurs de tout le pays sont appelés à s'exprimer en cours de mandat présidentiel. Ces élections sont systématiquement organisées le premier mardi de novembre. Certains Etats, notamment le Minnesota ou la Virginie, autorisent le vote anticipé, tandis que d'autres, comme la Californie, permettent de voter par correspondance.

Une multitude de scrutins sont organisés simultanément mardi 3 novembre. Traditionnellement défavorables au président en place, les midterms décideront, d'abord, de la majorité qui contrôlera le Congrès jusqu'à la fin du mandat de Donald Trump. Les Américains vont ainsi renouveler la totalité des 435 sièges de la Chambre des représentants, où les républicains disposent pour l'instant d'une courte majorité, avec 218 sièges. Des élus emblématiques y siègent, comme la démocrate Alexandria Ocasio-Cortez ou le conservateur Mike Jonhson, président de la Chambre.

Ils se prononceront aussi sur le renouvellement d'une partie du Sénat – actuellement à majorité républicaine –, où chaque Etat américain est représenté par deux élus. Un peu plus d'un tiers (35) des 100 sièges sont remis en jeu cette fois-ci.

S'ajoutent une myriade d'élections locales. Au total, plus de 40 000 postes seront renouvelés mardi, comptabilise l'entreprise BallotReady. Des millions d'Américains voteront ainsi pour choisir leurs shérifs, leurs élus au niveau des Etats, ainsi que leurs juges. Certains s'exprimeront aussi sur des référendums, dont les questions vont de la protection de l'avortement aux impôts, en passant par le mode de vote. Au total, les électeurs éliront aussi 39 gouverneurs (dont trois dans des territoires qui ne sont pas des Etats).

Quels sont les thèmes abordés durant la campagne ?

Les élections de mi-mandat s'apparentent généralement à un référendum pour ou contre la politique menée par le pouvoir en place. La figure de Donald Trump, qui a personnalisé l'exercice du pouvoir comme rarement avant lui, plane logiquement sur le vote. Le républicain est particulièrement impopulaire : seuls 31% des Américains approuvent l'action du milliardaire, selon un sondage pour Reuters publié le 19 octobre. "Une grande partie du problème vient de l'inflation, du prix de l'essence, le coût des courses, de la conjoncture économique générale. La situation ne s'est pas améliorée sous Donald Trump", pointe Hans Noel, professeur de sciences politiques à l'université Georgetown, à Washington.

L'enlisement des Etats-Unis dans la guerre contre l'Iran, lancée en février, n'arrange rien. Chez une partie de l'électorat, la brutalité de l'administration, notamment "la politique de lutte contre l'immigration agressive menée par" la police, ne passe pas non plus, relève Hans Noel. Conscient de son impopularité, Donald Trump a multiplié les promesses, jusqu'à s'engager, en septembre, à envoyer des chèques de 5 000 dollars à l'ensemble des adultes américains en cas de victoire républicaine. Une promesse à la légalité douteuse, et impossible à tenir financièrement.

Que disent les sondages ?

La grande majorité des enquêtes d'opinion sont très favorables aux démocrates. L'agrégateur de sondages de la chaîne NBC News prédit ainsi une victoire du parti progressiste à la Chambre des représentants, lui accordant jusqu'à 227 sièges, alors que 219 sont nécessaires pour obtenir une majorité.

Compilant les enquêtes sur les intentions de vote, NBC News juge aussi probable que les démocrates comptabilisent au moins 49 sièges au Sénat, et en classe cinq autres comme "incertains", c'est-à-dire pouvant basculer d'un côté comme de l'autre. Remporter deux de ces cinq sièges offrirait donc la majorité au parti des ex-présidents Barack Obama et Joe Biden. Ce qui serait une performance d'autant plus impressionnante que la majorité des 35 sièges de sénateurs en jeu pour ces midterms se trouvent dans des Etats traditionnellement conservateurs.

"La vague démocrate pourrait ne pas être aussi importante que certains sondages le laissent entendre, mais il est presque certain qu'ils prendront le contrôle de la Chambre des représentants", décrypte Hans Noel. "Outre les sondages, si on analyse la presse, la campagne et les discours, on observe un mouvement très clair vers les démocrates", ajoute Ludivine Gilli, spécialiste des Etats-Unis et directrice de l'observatoire de l'Amérique du Nord de la fondation Jean-Jaurès. Les républicains sont même menacés dans certains de leurs bastions historiques, comme "le Texas, le Kansas et l'Iowa", pointe la spécialiste.

Quels sont les scrutins à suivre ?

L'attention médiatique se focalise sur les élections au Sénat, dont l'issue est plus incertaine, et en particulier sur les sièges qui pourraient faire basculer la majorité du côté des démocrates. Ils se trouvent dans les "swing States", ces "Etats pivot" sans majorité politique nette, mais aussi dans des Etats traditionnellement acquis aux conservateurs. Ainsi, au Texas, qui n'a plus eu de sénateur démocrate depuis 1988, le progressiste James Talarico est pour l'instant en tête des intentions de vote face au républicain Kevin Paxton.

"Une victoire démocrate [au Texas] représenterait un bouleversement majeur. Même si c'est temporaire, ce sera un événement historique."

Hans Noel, professeur de sciences politiques à l'université Georgetown

à franceinfo

Dans le Maine, la victoire de la candidate républicaine sortante Susan Collins, peu compatible avec Donald Trump, montrerait qu'il est possible de se détacher du chef de l'Etat. Les dirigeants du parti démocrate observent aussi avec attention les tendances en Géorgie, où le charismatique Jon Ossoff avait ravi un siège en 2021 et cherche à le conserver. La campagne a aussi fait émerger de nouveaux profils, comme celui d'Abdul el-Sayed, candidat dans le Michigan. Ouvertement socialiste, comme le maire de New York Zohran Mamdani, son résultat sera analysé par les dirigeants démocrates.

Pourquoi certains observateurs s'inquiètent-ils d'entraves au vote ?

De nombreux observateurs, dont l'OSCE, s'inquiètent des entraves au vote lors de ces midterms. Le premier enjeu est celui du "gerrymandering", le redécoupage partisan des circonscriptions électorales. S'il n'est pas une nouveauté aux Etats-Unis, il s'est largement accéléré. A l'été 2025, Donald Trump a poussé les républicains du Texas à redessiner leurs circonscriptions en cours de mandat pour faire gagner des sièges aux républicains à la Chambre des représentants. De quoi déclencher une guerre de "redistricting" entre plusieurs Etats démocrates et conservateurs.

En juin, Reuters estimait que les nouvelles cartes donnaient aux républicains un avantage potentiel supplémentaire de 16 sièges, contre six pour les démocrates. Un état de fait qui pourrait cependant "provoquer un retour de bâton" de la part des électeurs, qui pourraient "se mobiliser encore plus fort" pour contrecarrer ces projections, prévient Hans Noel.

Donald Trump est aussi en guerre contre le vote par correspondance, qu'il estime être à l'origine de sa défaite face à Joe Biden en 2020, du fait de fraudes électorales dont il n'a jamais apporté la preuve. Plusieurs recours ont été portés devant les tribunaux par son administration. Courant octobre, le ministère de la Justice a par exemple attaqué la Californie dans le but d'empêcher le comptage de bulletins par correspondance de 20 000 personnes, soupçonnées de ne pas avoir la citoyenneté américaine. Des affirmations rejetées par l'Etat démocrate, rapporte Reuters.

Plus largement, Ludivine Gilli s'alarme des "risques de chaos, de confusion et de perturbation des élections" causés par le gouvernement. "Il y a des menaces d'envoi d'observateurs fédéraux du ministère de la Justice ou de la police de l'immigration, l'ICE, à proximité des bureaux de vote", relève-t-elle.

Quelles seraient les conséquences pour Donald Trump en cas de victoire démocrate ?

Un succès des démocrates à la Chambre des représentants, voire au Sénat, viendrait fortement compliquer l'exercice du pouvoir par le président républicain. Le Congrès vote le budget fédéral et a plusieurs outils de contrôle de l'exécutif à sa disposition. Une majorité démocrate permettrait également de bloquer certaines nominations de Donald Trump, à commencer par les juges de la Cour suprême. A l'inverse, le maintien des républicains faciliterait la mise en œuvre de sa politique lors des deux prochaines années.

Reste à savoir comment le conservateur réagirait au premier de ces scénarios. "Si les midterms sont une défaite, soit [le président] contestera les résultats (...), soit il expliquera que ce sont les républicains qui ont perdu, et non lui", estime Ludivine Gilli. Interrogé mardi par la presse pour savoir s'il respecterait le résultat du scrutin, Donald Trump a répondu : "Oui, s'il est honnête." En outre, "la plupart des actions du président se font actuellement par décrets, qui ne nécessitent pas l'approbation du Congrès", rappelle Hans Noel. Donald Trump pourrait donc simplement y "recourir encore davantage".

Les résultats peuvent-ils avoir une influence sur la présidentielle de 2028 ?

Il est encore trop tôt pour s'avancer sur le scrutin présidentiel de 2028, auquel Donald Trump n'a pas le droit de concourir. "Il y a un effet de balancier naturel d'une élection à l'autre, rappelle Hans Noel. En 2024, lors des dernières élections, tout le monde disait : 'Regardez ce grand changement, les Républicains dominent' ; maintenant, en 2026, on dit le contraire."

Les scores des différents candidats seront tout de même analysés par les états-majors des partis politiques. Côté démocrate, les yeux se tournent vers ceux qui se réclament du socialisme démocratique, plus à gauche que la ligne traditionnelle du parti. "S'ils emportent leurs élections, cela encouragera cette aile à se présenter à la présidentielle, décrypte Hans Noel. En cas de défaite, le parti pourrait ressentir le besoin d'un candidat plus consensuel."

Les Républicains, eux, regarderont avec attention les résultats de ceux qui ont pris leurs distances avec Donald Trump. Le vice-président J.D. Vance, pourrait lui-même chercher à se distinguer du chef de l'Etat. Pour l'instant, ce dernier "conserve le soutien de sa base, les Maga", souligne Ludivine Gilli. Mais jusqu'à quand ?

Je n'ai pas eu le temps de tout lire, vous pouvez me résumer ?

Des élections de mi-mandat, ou midterms en anglais, auront lieu le 3 novembre aux Etats-Unis. Elles visent à renouveler l'intégralité de la Chambre des représentants et un tiers des sièges du Sénat. De nombreux autres scrutins sont aussi organisés en parallèle, notamment au poste de gouverneur.

Le principal enjeu est de savoir qui contrôlera les deux chambres du Congrès, pour l'instant toutes deux à majorité républicaine. L'impopularité de Donald Trump et de ses politiques, comme la guerre en Iran, donne un net avantage aux démocrates, que les sondages placent en grands favoris pour une majorité à la Chambre et dans la course pour celle du Sénat. En cas de victoire, ils pourraient exercer un contrôle plus grand sur les décisions du chef de l'Etat, même s'il conserverait une certaine marge de manœuvre. Plusieurs duels, notamment au Texas, au Michigan ou en Géorgie, des bastions républicains fragilisés, sont scrutés de près. Leur résultat déterminera notamment la stratégie des deux partis pour la prochaine élection présidentielle, en 2028.

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Source: Franceinfo · Fabien Jannic-Cherbonnel

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