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Chronique

Guillemette Faure

Dans sa chronique, Guillemette Faure met en lumière les transformations invisibles de notre époque. Cette semaine, les funérailles où des inconnus s’emparent du micro pour s’épancher sur leur proximité avec le défunt.

Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 3 min.

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Les prises de parole se sont généralisées lors des cérémonies d’obsèques, qu’elles soient laïques ou religieuses. Et il arrive de plus en plus souvent qu’après les enfants, les conjoints actuels ou passés, les frères et sœurs, les amis de toujours, le mentor professionnel, quelqu’un que personne ne semble remettre s’avance vers le micro. Un inconnu qui paraît plus bouleversé que le reste de l’assistance, et qui parle du défunt avec une familiarité déconcertante. S’agit-il d’un ancien collègue ? D’un voisin ? D’un amoureux clandestin ? Ou de quelqu’un qui se serait trompé de cérémonie ?

On connaissait les « wedding crashers » (ceux qui se faufilent à un mariage sans y avoir été invités), voilà que l’on soupçonne certains d’être des « funeral crashers ».

C’est arrivé près de chez nous

A la différence des très proches, qui doivent se faire violence pour dire quelques mots, l’inconnu prononce un discours d’une longueur suspecte et ne semble pas prêt à lâcher le micro.

Il n’hésite pas à marquer son territoire à coups de : « Nous avions une relation très particulière », et de : « Peu de gens connaissaient cette facette de lui. » Etait-il finalement plus proche du défunt que tous ceux qui sont assis aux deux premiers rangs ?

Les obsèques se prêtant peu aux apartés, chacun en est réduit à se demander intérieurement : « Mais c’est qui ? » (quand la véritable question est plutôt : « Pourquoi lui et pas moi ? »).

On aurait dû s’en douter

Le phénomène du « mais c’est qui, lui ? » tient au télescopage de différentes évolutions de la société : la personnalisation des obsèques, l’injonction à exprimer ses émotions et le millefeuille de nos existences.

Autrefois, c’était simple, le rite religieux prenait toute la place et personne ne parlait. Aujourd’hui, on attend des funérailles qu’elles fassent revivre une personne à travers les témoignages de ceux qui l’ont côtoyée. Au point que le compliment « c’était une belle cérémonie » appelle systématiquement l’approbation : « Ça lui ressemblait. »

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Source: Le Monde · Guillemette Faure

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