Gravement touchées par des grenades policières lors de la manifestation du 17 octobre à Marseille, Suzanne, Laurie et Olive resteront blessées à vie. Deux d'entre elles ont annoncé déposer plainte.

Radio France

Publié le 06/11/2026 19:47

Temps de lecture : 3min

Lors de la manifestation le 17 octobre 2026 à Marseille. (THIBAUD MORITZ / AFP)
Lors de la manifestation le 17 octobre 2026 à Marseille. (THIBAUD MORITZ / AFP)

Elles ne se connaissaient pas avant le 17 octobre mais elles sont désormais liées par ce qu'elles ont vécu ce jour-là. Trois jeunes femmes de 21, 31 et 34 ans témoignent vendredi 6 novembre sur franceinfo. Toutes ont été très gravement blessées par des grenades de la police qui les ont mutilées aux pieds ou aux jambes en l'espace de trente minutes au même endroit à Marseille. Aucune n'est sûre de pouvoir remarcher normalement un jour. Deux d'entre elles vont déposer plainte dans les prochaines heures.

La nuit tombe près de la gare de Marseille quand Suzanne, Laurie et Olive se retrouvent noyées sous les gaz lacrymogènes. Face à elles, un barrage de police, puis soudain des explosions, raconte Suzanne : "À l'endroit où j'étais, je ne pensais pas une seule seconde que je pouvais être atteinte par quoi que ce soit. On était assez loin. Au moment où je reçois l'explosif à mon pied, je suis juste sonnée, j'ai des acouphènes. Je suis vraiment comme suspendue. Je vois les gens qui me disent de venir vers eux, mais je n'avais même pas compris que j'étais blessée au pied."

"Une fois les acouphènes estompés, j'ai entendu les gens autour de moi et mes amis dire que j'avais un gros trou dans le pied. C'est là que j'ai compris que j'étais vraiment atteinte."

Suzane, victime d'une grenade tirée par la police

à franceinfo

Toutes les trois racontent cette sidération puis la découverte de leurs blessures : des trous béants jusqu'à 11 centimètres dans le pied ou dans la jambe et cette incertitude de pouvoir remarcher normalement un jour. "On est des cyborgs", résume Olive. "Ce sont des blessures de guerre, en fait. Si ça s'infecte, c'est l'amputation. Ce n'est pas pour être dramatique, mais c'est ce que les soldats de la seconde guerre mondiale avaient. Les gueules cassées, c'est nous", déclare Olive en riant.

Mais derrière ce rire se cache surtout une grande détresse psychologique, confie Laurie. "Je me rends compte qu'il y a un stress post-traumatique que je n'avais pas mesuré parce que j'habite dans le centre-ville de Marseille, pas très loin des points de départ des manifestations. J'entends les grenades tomber, j'entends des slogans. Il y a un stress post-traumatique existant que je ne peux pas nier. Il y a des nuits où je me réveille et j'ai du mal à croire que j'ai pris une grenade dans le corps. C'est quand même choquant", explique-t-elle.

"Je ne pensais pas, en tant que Française, bien que militante, vivre ça un jour dans ma vie."

Laurie, victime d'une grenade tirée par la police

à franceinfo

"C'est très angoissant cette situation. Il y a un basculement qui s'apparente à un règne de la terreur", estime Laurie. À tel point, ajoute Olive, qu'elle n'est pas sûre de retourner manifester un jour. "Ça fait aussi repenser l'engagement. Parce qu'on ne va pas se mentir, les gens qui manifestent, c'est quand même des gens qui sont concernés. Ils subissent beaucoup de choses dans leur vie et c'est pénible de voir que c'est devenu un danger de manifester. Donc comment on fait ?"

Laurie et Suzanne affirment avoir une peur panique pour leurs proches qui continuent de descendre dans la rue. Deux de ces trois jeunes femmes vont déposer plainte, surtout pour faire changer les choses. Saisir la justice n'était une évidence pour aucune des trois. Mais ce qui motive surtout Suzanne, c'est de se faire voir et de se compter pour avoir enfin un chiffre réaliste du nombre de manifestants blessés. "Il y a cette colère de ne pas voir les chiffres sortir des recensements de blessés. Qu'on ne sache pas combien on est, combien de personnes ça représente avec des blessures graves ou même plus légères. Il y a une grosse colère à plein de niveaux, mais surtout celle-là", s'indigne Suzanne.

Elles veulent aussi se battre aussi pour faire interdire ces armes qui, disent-elles, "peuvent tuer et qui vont peut-être les laisser handicapées à vie". Ce combat lie désormais ces trois jeunes femmes qui s'écrivent tous les jours. "C'est leur seul rayon de soleil", indiquent-elles, dans ce moment qui a fait basculer leur vie.

Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?

Sur le même thème

Shorts

Source: Franceinfo · franceinfo

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira