Les riverains racontent leur sidération après les tirs et expriment leur inquiétude face à la haine raciste. Certains disent craindre désormais pour leurs proches, tandis que d’autres dénoncent un climat qui, selon eux, s’est installé au fil des années.

Radio France

Publié le 24/10/2026 08:30

Temps de lecture : 3min

Les experts de la police scientifique sur les lieux d'une station-service où un homme a ouvert le feu depuis sa voiture à Trappes, en banlieue parisienne, le 23 octobre 2026. (DIMITAR DILKOFF / AFP)
Les experts de la police scientifique sur les lieux d'une station-service où un homme a ouvert le feu depuis sa voiture à Trappes, en banlieue parisienne, le 23 octobre 2026. (DIMITAR DILKOFF / AFP)

Emmanuel Macron a qualifié d'"attaque terroriste raciste" les faits survenus vendredi 23 octobre dans les Yvelines. Un homme de 39 ans est en garde à vue, après un périple meurtrier qui a fait un mort et cinq blessés à Trappes et à La Verrière. Dans le quartier du Bois de l'Étang, où deux personnes ont été blessées par balle, les habitants sont en colère.

Sur le parking du petit centre commercial de son quartier, Selmen s'approche du ruban jaune de la police. C'est là qu'il a vu le tireur viser deux personnes. "Je suis parti prendre mon petit déj, j'ai pris ma petite boisson avec mon petit croissant. J'ai entendu des détonations. Au moment de payer, j'entends 'pa pa pa'. Je sors de la boulangerie. Je vois un monsieur. Il tire sur des gens et les deux personnes sont au sol", raconte-t-il. Pour lui, il s'agit d'un acte raciste. "C'est un attentat raciste. Il a tiré sur les Africains. Là, je me dis qu'on vit dans un pays où on peut sortir de chez nous et se faire tirer dessus juste parce qu'on est Africains. Pourquoi tant de haine ? Je ne comprends pas."

Le visage et les yeux de l'homme à la mitraillette tournent encore en boucle dans la tête d'Abdel. Il était à son garage quand il a entendu les détonations. En sortant, il s'est retrouvé nez à nez avec la Clio grise du suspect. "Il est passé devant une fois. Il a fait demi-tour. Il y a un parking en bas, sans issue. Et quand il est passé à côté de moi, il m'a dit : 'Vous avez de la chance.' Et après il est parti. Quand il m'a dit ça, j'ai compris tout de suite, je reviens de loin. Il aurait pu me canarder aussi. Sauf qu'il était pressé. Il était énervé, stressé, pressé de continuer son travail, je pense. Il n'y avait pas assez de monde à éliminer, un vendredi. Il y a la mosquée à côté. Il s'est trompé, il pensait qu'il y avait peut-être du monde à ce moment-là", explique-t-il.

"C'est terrifiant. Il tournait la tête de tous les sens. Il comptait faire un carton. En fait, il voulait faire un carton."

Abdel

à franceinfo

La mosquée se trouve à 30 mètres du lieu des tirs. Mustafa se demande ce qui se serait passé si le suspect était arrivé à l'heure de la grande prière du vendredi, quand il y a beaucoup de monde devant. "Ce n'est pas ça, la France, regrette-t-il. J'ai 58 ans, je ne reconnais plus chez moi. Moi, je suis français. Je suis désolé de vous dire ça : une grosse partie de ce qui arrive, c'est à cause des médias. Tout ce qui se passe là, les casseurs et tout, on met tout ça sur le dos des musulmans. Vous voyez ?"

Ce discours, qui accuse certaines chaînes d'attiser la haine, revient dans la bouche de presque chaque habitant rencontré. Comme Ali, que la police scientifique vient tout juste de laisser récupérer sa voiture. Une balle a traversé le capot. "On ne se sent pas à l'abri, explique-t-il. On se dit que ça peut arriver à notre sœur, à notre mère. Je ne sais pas, moi, ma mère qui est voilée, elle peut sortir du travail et se faire shooter par un mec parce qu'il est raciste, parce qu'il n'aime pas les Arabes ou qu'il n'aime pas les voilées. Des années que ça dure quand on entend 'le voile par-ci, les Arabes par-là', et ça finit comme ça. Enfin, un mec qui vient et qui se dit : 'Bah, je vais aller tuer du Noir et de l'Arabe'."

"On se fait tirer dessus comme du bétail, comme à la chasse, quoi."

Ali

à franceinfo

Derrière, une tache de sang est visible par terre, au pied d'un Kangoo criblé d'impacts de balles. C'est la voiture d'un des blessés, un employé de ménage fauché alors qu'il sortait son matériel. Le seau et la serpillière sont toujours sur le trottoir.

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