Cinq travailleurs indépendants ont déposé plainte contre l'entreprise américaine Scale AI dans quatre pays européens, dont la France. Ils dénoncent une collecte excessive de leurs données personnelles. Sollicitée par franceinfo, l'entreprise conteste ces accusations.

Radio France

Publié le 28/10/2026 09:37

Temps de lecture : 2min

Intelligence artificielle : cinq travailleurs portent plainte contre Scale AI pour surveillance présumée (Maxppp)
Intelligence artificielle : cinq travailleurs portent plainte contre Scale AI pour surveillance présumée (Maxppp)

Derrière les prouesses des entreprises de l'intelligence artificielle, il y a aussi des humains. Des travailleurs de l'ombre chargés d'entraîner les machines, de corriger leurs erreurs et d'améliorer leurs réponses. Mais certains accusent aujourd'hui les outils numériques de surveiller leur propre travail.

Mardi 27 octobre, cinq travailleurs indépendants ont déposé plainte contre Scale AI, une entreprise américaine spécialisée dans l'entraînement des intelligences artificielles. Les procédures "ont été engagées en France, en Italie, aux Pays-Bas et en Autriche", explique Lisa Steinfeld Leiser, juriste au sein de l'association noyb, spécialisée dans la défense des droits numériques qui dépose ces plaintes.

Au cœur de l'affaire : Outlier, une plateforme qui revendique plus de 900 000 contributeurs dans le monde. Ces travailleurs réalisent des missions rémunérées à la tâche, notamment pour évaluer les réponses produites par des intelligences artificielles, les comparer ou les corriger. Scale AI compte parmi ses clients de grands noms du secteur, dont Meta, Google et OpenAI.

Les plaignants dénoncent l'utilisation de dispositifs de surveillance numérique, appelés "trackers", susceptibles de collecter des informations sur leur activité. Certains permettraient de suivre leur navigation lorsqu'ils quittent la plateforme Outlier pour consulter d'autres sites internet.

Ces pratiques ont été étudiées pendant deux ans par des chercheurs du collectif français DiPLab. Leur enquête a identifié jusqu'à 19 traceurs et différents outils de surveillance, dont certains pourraient permettre de reconstituer une session de travail sous forme de vidéo.

"Il existe des extensions qui contrôlent les mouvements de la souris de ces travailleurs, qui prennent des captures d'écran de leurs sessions ou qui peuvent parfois être utilisées pour reconstituer intégralement leurs activités, comme s'il s'agissait d'une vidéo."

Antonio Casilli, chercheur à Télécom Paris

à franceinfo

Autre pratique contestée : les vérifications d'identité imposées pour accéder à certaines missions. Les travailleurs doivent notamment fournir une pièce d'identité et des images de leur visage, parfois à plusieurs reprises. Ces contrôles sont effectués avec l'intervention d'un prestataire spécialisé dans la vérification d'identité. Pour les plaignants, ces dispositifs conduisent à une collecte excessive de données personnelles. Ils dénoncent également l'absence de réponse à certaines demandes d'accès aux informations détenues sur eux.

Contactée par franceinfo, Scale AI rejette les accusations portées contre elle, qu'elle juge "infondées et inexactes". L'entreprise reconnaît néanmoins que, pour certaines missions, un logiciel peut enregistrer le temps consacré aux tâches et l'activité à l'écran. Elle assure que les contributeurs sont informés de ces pratiques, qu'ils doivent donner leur consentement et activer eux-mêmes l'outil concerné.

Selon Scale AI, ces contrôles visent notamment à prévenir la fraude, à protéger les informations confidentielles de ses clients et à garantir une rémunération exacte des travailleurs. Concernant les documents d'identité et les images du visage, l'entreprise explique qu'ils servent à vérifier l'identité des contributeurs et à sécuriser leurs comptes. Elle affirme également respecter le règlement général sur la protection des données (RGPD).

L'association Noyb demande aux autorités d'enquêter sur les pratiques de Scale AI et d'envisager des sanctions. À ce stade, les accusations formulées dans les plaintes n'ont pas fait l'objet d'une décision définitive des autorités compétentes. Au-delà de cette entreprise américaine, l'affaire pose une question plus large : jusqu'où les plateformes numériques peuvent-elles contrôler l'activité de travailleurs indépendants, notamment lorsqu'ils utilisent leurs propres ordinateurs ?

Avec un paradoxe : alors que l'intelligence artificielle promet d'automatiser toujours plus de tâches, elle repose encore sur le travail de centaines de milliers d'êtres humains. Et certains de ceux qui apprennent aux machines à mieux travailler dénoncent désormais la surveillance exercée sur leur propre activité.

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Source: Franceinfo · franceinfo, Sofiane Aklouf

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