En Israël, le meilleur espoir du camp anti-Netanyahu vient de l’armée. Son ancien chef d’état-major, Gadi Eisenkot et son parti Yashar devancent légèrement dans les sondages le Likoud du Premier ministre sortant à quelques jours des élections législatives israéliennes du 27 octobre.

S'il n'est pas rare dans le paysage politique israélien de voir un militaire bien placé dans les sondages, cela montre cette fois l’importance de l’armée dans cette campagne électorale, la première depuis les attentats du Hamas sur le sol israélien du 7 octobre 2023.

Une armée de candidats au passé militaire

Gadi Eisenkot est loin d’être le premier candidat issu des rangs de l’armée à mener la bataille électorale. “En Israël, le bloc anti-droite a besoin d’un militaire sous peine d’être à la traîne, comme avec Amir Peretz en 2019” candidat du Parti travailliste qui n'a récolté que 4,4 % des voix, souligne Eitan Tzelgov, spécialiste de politique israélienne à l’université d’East Anglia (Norwich).

La candidature de Gadi Eisenkot fait écho à celle de Benny Gantz en 2019, également ancien chef d’état-major, qui avait fait jeu égal avec Benjamin Netanyahu.

Mais dans ce cas, l’ombre du 7-Octobre et des guerres israéliennes à Gaza, au Liban et contre l’Iran plane au-dessus de la campagne de Gadi Eisenkot.

En Israël, l’image de l’armée dans l’opinion est sortie renforcée de cette multiplication des conflits. “C’est de loin l’institution qui bénéficie de la plus forte confiance dans le pays, atteignant près de 80 % d’opinion positive”, souligne Anders Persson, spécialiste de la politique israélienne et du conflit israélo-palestinien à l’université Linné en Suède.

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Image de couverture : moisi © France 24

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La candidature de Gadi Eisenkot profite également du fait que son histoire personnelle est dramatiquement liée aux événements du 7 octobre 2023. L’un de ses fils a été tué lors d’une explosion à l’entrée d’un tunnel du Hamas dans la bande de Gaza.

Lors de cette campagne, il y a, en effet, “une sorte de ‘brevet’ du 7-Octobre qui joue en faveur des candidats dont le parcours est personnellement et militairement lié à ces attentats”, souligne Michal Wojnarowicz, spécialiste d’Israël à l’Institut polonais d’études internationales.

Même si, de l’avis des experts interrogés par France 24, Gadi Eisenkot ne met pas autant en avant son passé militaire et son vécu familial lié à la guerre à Gaza. Moins en tout cas que certains.

"La campagne de Yaïr Golan, du parti de gauche Les Démocrates, insiste sur sa participation directe aux événements dès le 7 octobre au matin”, souligne Amnon Aran, spécialiste des conflits entre Israël et le monde arabe à la City University of London. Cet ancien chef d’état-major adjoint s’était rendu de sa propre initiative, en uniforme de réserviste, sur les lieux du drame pour porter secours aux victimes.

Idem pour Noam Tibon, un général à la retraite, qui se présente sous les couleurs du parti centriste Yesh Atid de l’ex-Premier ministre israélien Yaïr Lapid.

L’armée instrumentalisée ?

Des partis se sont même créés pour prêcher la bonne parole militaire. C’est le cas d’Amcha Yisrael, le parti nationaliste-religieux de l’ex-général de brigade d’extrême droite Ofer Winter. “Il a la réputation d’être un militaire dur et brutal qui invoque à la fois la religion et l’importance de l’armée dans ses discours”, résume Anders Persson. Son mouvement frôle le seuil des 3,25 % des voix dans les sondages qui lui permettraient d’entrer à la Knesset, le parlement israélien. “S’il parvient à décrocher quelques sièges, c’est l’un des partis qui pourrait jouer le rôle de ‘faiseur de roi’”, ajoute Michal Wojnarowicz.

Autre mouvement à avoir vu le jour à l’occasion de cette campagne, Les Réservistes se veulent les porte-voix des intérêts de ces 450 000 Israéliennes et Israéliens mobilisables. “Ce n’est pas une initiative très sérieuse, et il y a toujours des petits partis qui se forment comme ça au moment des élections en Israël”, affirme Eitan Tzelgov. Il est toutefois symptomatique que ce soit le thème des réservistes - cette frange de la population qui a payé un prix élevé durant la guerre à Gaza - qui ait conduit à la création d’un nouveau parti politique.

Outre les hommes et les partis, l’institution militaire elle-même se retrouve au centre de l’arène politique. “L’armée tente de préserver sa neutralité politique, mais c’est extrêmement difficile en raison des circonstances depuis le 7-Octobre”, confirme Michal Wojnarowicz.

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“Le porte-parole de l’armée est devenu, durant les premiers temps après les attentats du Hamas, la voix officielle de l’État pour combler le vide laissé par une communication défaillante du gouvernement”, explique Eitan Tzelgov.

C’est donc l’armée qui était chargée de raconter le récit officiel de l’immédiat après le 7-Octobre. Un rôle forcément politique.

C’est ensuite surtout Benjamin Netanyahu qui a tenté d’instrumentaliser l’armée à des fins électoralistes. Pour ne pas payer le prix de l’échec des autorités à anticiper les attentats du 7-Octobre, le Premier ministre “construit un récit alternatif pour faire des militaires les responsables”, souligne Amnon Aran.

Depuis près d’un an, le Premier ministre met en scène un bras de fer avec Eyal Zamir, le chef d’état-major. Ces derniers mois, il a notamment effectué des visites surprises au siège de l’armée pour tenter de prendre ce dernier en défaut devant les caméras.

Pourtant, Eyal Zamir, nommé à son poste en mars 2025, jouit d’une bonne image dans l’opinion publique. “Contrairement à son prédécesseur forcément associé à l’échec du 7-Octobre, l’actuel chef d’état-major est très estimé en Israël”, confirme Amnon Aran.

Ce qui ne fait pas du tout les affaires de Benjamin Netanyahu qui “présente les généraux comme une sorte d’élite qui tire les ficelles en coulisses et ne le tient pas informé”, précise Eitan Tzelgov. Son antagonisme avec Eyal Zamir permet au Premier ministre d’accentuer ce récit dans lequel il se présente comme un dirigeant confronté à une élite militaire qui appartiendrait à une sorte d’"État profond", résume Eitan Tzelgov.

Les ultra-orthodoxes et l’armée

Eyal Zamir représente aussi le seul responsable d’une branche de l’appareil sécuritaire qui n’apparaît pas comme étant inféodée à Benjamin Netanyahu. Le Premier ministre “a effectué des nominations très politiques à la tête du Shin Bet [sécurité intérieure, NDLR] et du Mossad [renseignement extérieur] en y plaçant ses hommes”, souligne Anders Persson.

Le Shin Bet a d'ailleurs “été accusé de tenter d’influencer la campagne en refusant d’accorder une protection rapprochée à Gadi Eisenkot, ce qui a été interprété par certains observateurs comme une tentative de minimiser l’importance du rival de Benjamin Netanyahu”, explique Anders Persson.

Le bloc de droite cherche aussi à gagner l’appui des simples combattants en les comparant à “des soldats saints afin de les mettre à l’abri de toute forme de critique”, souligne Eitan Tzelgov. Dans ce contexte, la sortie du très remarqué documentaire Naza sur les opérations controversées de l’armée israélienne à Gaza “a été instrumentalisée par la droite qui présente ce film comme la preuve que l’opposition israélienne serait contre l’armée”, ajoute cet expert.

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Même si l’armée cherche à rester en dehors de la bataille électorale, elle a eu des prises de position qui ont pesé lourd durant la campagne. Ainsi, “le chef d’état-major a écrit plusieurs lettres au gouvernement pour se plaindre du manque d’effectifs et de personnel. Ces documents ont fuité dans la presse et ont alimenté un vif débat”, note Amnon Aran.

Ces documents ont fourni des munitions aux partisans de l’un des thèmes au cœur de cette campagne : l’extension de la conscription aux juifs ultra-orthodoxes. Ils sont traditionnellement exemptés de service militaire pour des motifs religieux. Benjamin Netanyahu, qui compte sur le soutien politique de cet électorat, avance à reculons sur ce dossier.

Pourtant, le sujet, un serpent de mer de la politique israélienne, a gagné en importance avec les problèmes d’effectifs de l’armée qui peine à se battre sur tous les fronts. “Le bloc du changement - opposé au gouvernement - s’en empare pour une meilleure redistribution de l’effort militaire et pour mettre Benjamin Netanyahu sur la défensive”, explique Amnon Aran.

Impossible donc, dans cette campagne électorale d’échapper au poids de l’armée, que ce soit à travers les candidats, les tentatives d’instrumentalisation de l’institution, ou même des thèmes de campagne qui tournent en grande partie autour d’elle.

Source: France 24 · Sébastian SEIBT

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