Né du drame de l'effondrement d'une structure de la gare de Novi Sad, en 2024, le mouvement de contestation étudiant bouscule l'échiquier politique serbe. En déposant sa propre liste pour les élections législatives anticipées qui ont lieu dimanche, la coalition citoyenne s'impose comme la principale rivale de l'homme fort du pays, Aleksandar Vučić.

Radio France

Publié le 24/10/2026 13:59

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Meeting de la liste Les étudiants gagnent, à Belgrade le 22 octobre 2026 (MITAR MITROVIC / AFP)
Meeting de la liste Les étudiants gagnent, à Belgrade le 22 octobre 2026 (MITAR MITROVIC / AFP)

L'accident de Novi Sad, il y a deux ans, avait fait 16 morts et provoqué un mouvement de contestation sans précédent, emmené par des étudiants. Pendant des mois, le mécontentement s'est fait entendre à travers tout le pays : blocus des campus, occupation de l'espace public dans les rues des villes de Novi Sad, Nis et Belgrade. Des manifestations qui ont parfois réuni jusqu'à 100 000 personnes, dans un pays qui compte moins de sept millions d'habitants, malgré la violence policière et la censure des médias.

L'opposition a accusé les pouvoirs locaux, mais aussi les autorités nationales, de fraudes lors de la rénovation de la verrière en béton de Novi Sad. Un symbole, pour eux, de la corruption qui gangrène tout le pays. Pendant des mois, ils ont réclamé une enquête transparente, et ont fini par obtenir la tenue d'élections législatives anticipées. Aujourd'hui, leurs revendications sont portées par une liste qui se trouve en position de concurrencer le pouvoir en place.

Cette liste, baptisée Les étudiants gagnent, regroupe des étudiants bien sûr, mais aussi des professeurs d'université, des enseignants, des experts, et même d'anciens sportifs. En tout, 250 universitaires et personnalités publiques, sélectionnés lors d'assemblées plénières étudiantes. La tête de liste est Ilija Srdanovic, 54 ans, cardiologue, professeur à l'université de médecine de Novi Sad. A ses côtés, la star du basket serbe, Dejan Bodiroga, 53 ans, actuel président de l'Euroleague de basket, Dejan Soskic, ancien gouverneur de la banque centrale serbe, le philosophe Aleksandar Baucal, des acteurs... Des figures issues de l'élite intellectuelle du pays. Le parti se veut réformiste, démocratique et anti-corruption.

Son programme (le Plan étudiants), est un programme de rupture avec le pouvoir en place. Il est axé sur la lutte contre la corruption et le crime organisé, ainsi que sur l'éducation, le logement et la santé. Les étudiants ont demandé aux partis d'opposition de les soutenir et de ne pas présenter de candidats face à leur liste. En septembre, lors du dévoilement des 30 premiers noms sur la liste, une professeure de français exultait : "C'est le moment de l'unité, affirmait-elle, de l'association et de la solidarité entre les citoyens !" Selon des sondages cités par la télévision régionale N1, cette liste pourrait recueillir de 37% à 45% des intentions de vote, contre 47% à 48% pour celle du pouvoir en place. Jeudi 22 octobre, des milliers de personnes ont accueilli les étudiants venus de toute la Serbie pour leur dernière grande mobilisation avant le scrutin de dimanche.

Fin septembre, le président Aleksandr Vučić a annoncé sa démission. Une manœuvre politique stratégique, avec la ferme intention de briguer le poste-clé de Premier ministre, pour conserver la réalité du pouvoir après les législatives anticipées. Elu président pour la première fois en 2017 et réélu en mai 2022, Aleksander Vučić ne semble avoir aucune intention de lâcher le pouvoir. Son parti Serbie unie a mobilisé toutes les ressources de l'Etat et des médias à son profit. Quelques heures avant sa démission, il avait utilisé ses pouvoirs constitutionnels pour gracier des dizaines de personnes, notamment des étudiants et des fidèles de son parti, soupçonnées d'infractions commises lors des manifestations.

Il y a quelques semaines, Zoran Kesic, présentateur vedette d'une émission satirique populaire, supprimée depuis, avait ouvert son programme avec cet avertissement : "Ces élections détermineront si nos enfants resteront ici". Pour l'organisation Reporters sans frontières, le pays entre "dans la dernière phase de la mainmise sur les médias". Ce scrutin du 25 octobre s'annonce comme un véritable référendum sur l'avenir démocratique de la Serbie.

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Source: Franceinfo · Bruno Cadène

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