Sébastien Lecornu accuse le parti fondé par Jean-Luc Mélenchon d'avoir une part de responsabilité dans les violences commises en marge de la mobilisation. De leur côté, les insoumis dénoncent une manipulation politique.

France Télévisions

Publié le 21/10/2026 18:50 Mis à jour le 21/10/2026 18:56

Temps de lecture : 4min

Le parti de Jean-Luc Mélenchon et le gouvernement de Sébastien Lecornu s'accusent mutuellement de faute politique, depuis les violences survenues en marge des mobilisations du 17 octobre 2026. (FRANCK DEROUDA / SIPA / LUDOVIC MARIN / AP)
Le parti de Jean-Luc Mélenchon et le gouvernement de Sébastien Lecornu s'accusent mutuellement de faute politique, depuis les violences survenues en marge des mobilisations du 17 octobre 2026. (FRANCK DEROUDA / SIPA / LUDOVIC MARIN / AP)

Le ton ne cesse de monter entre le gouvernement et La France insoumise (LFI). Depuis les manifestations du samedi 17 octobre, Sébastien Lecornu accuse le parti fondé par Jean-Luc Mélenchon d'avoir une part de responsabilité dans les violences commises par des casseurs et des pilleurs, samedi et dimanche, tandis que les insoumis accusent l'exécutif d'avoir donné des consignes aux services de renseignement pour faire d'eux un "bouc émissaire". Une escalade à rebours de la tentative de dialogue lancée par le Premier ministre, avec une réunion des chefs de partis prévue jeudi à Matignon.

Dès samedi 17 octobre dans la soirée, Sébastien Lecornu cible le parti de Jean-Luc Mélenchon, qu'il accuse d'attiser la colère depuis le début de la mobilisation lycéenne, mi-septembre. "Il y a une nébuleuse d'extrême gauche dans laquelle La France insoumise occupe une place importante et dans laquelle il y a des gens, des groupuscules, qui clairement sont dans un agenda de violence", affirme le Premier ministre dans sa toute première réaction aux débordements.

"Dans Paris, le commandement aberrant a ouvert la porte au chaos. Les chefs ne savent plus que faire, la troupe a peur et se déchaîne", réagit le candidat à la présidentielle, sur X, ajoutant : "Ceux qui partagent notre combat n'ont rien à faire dans le pillage, le saccage". La passe d'armes se poursuit sur le réseau social. "On ne peut pas appeler à cesser les violences tout en fournissant des excuses à ceux qui les commettent. C'est VOTRE responsabilité politique", lui répond le locataire de Matignon.

Jean-Luc Mélenchon riposte en l'accusant de "jou[er] avec le feu, en comptant sur le pourrissement" de la situation. "Vous n'êtes pas un homme d'Etat. Juste un commis qui est en train de provoquer une crise de régime", enfonce-t-il dans la soirée.

Monsieur Lecornu, Vous avez joué avec le feu. En comptant sur le pourrissement, vous n'avez réussi qu'à solidariser toute la jeunesse et les syndicats de salariés. Puis vos consignes de répression sauvages révélées par le Canard enchaîné ont déclenché une mobilisation sans précédent du pays. En vous enfermant dans une polémique politicienne avec moi, vous montrez que vous n'êtes pas un homme d'État. Juste un commis qui est en train de provoquer une crise de régime. Vous ne vous rendez pas compte de vos dégâts ? Vous n'avez rien de mieux à faire que cette querelle politicienne et ces leçons de morale à cette heure ? Quant aux policiers, vous devriez vous interroger : ce pouvoir a organisé le désordre par ses décisions aberrantes et incompétentes. Il vous abandonnera à la première occasion.

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) October 17, 2026

Au lendemain des violences, le député La France insoumise Eric Coquerel pointe à nouveau le gouvernement, "principalement responsable de ce qui est en train d'arriver", sur franceinfo. Sur LCI, Jean-Luc Mélenchon dénonce également l'"incompétence totale" du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, et des "chefs de la police". L'allocution d'Emmanuel Macron à 20 heures n'apaise pas les choses, même si le chef de l'Etat se garde de mentionner tout parti politique. "Il est irresponsable de prendre la parole pour ne rien dire. J'appelle à ce qu'une véritable réponse politique soit apportée aux revendications exprimées", lance le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, sur LCI.

Lundi soir, les échanges se tendent encore davantage entre LFI et l'exécutif après des révélations publiées par Mediapart. Le site d'investigation cite notamment un commissaire du renseignement territorial affirmant qu'il lui a été demandé "texto d'écrire que c'est LFI qui est derrière le mouvement alors que c'est objectivement faux de l'avis général des RT [renseignements territoriaux]". C'est "un formidable exercice de manipulation qui s'apparente à un scandale d'Etat, attaque Manuel Bompard, mardi sur franceinfo. Le député des Bouches-du-Rhône affirme saisir "la Cour de justice de la République contre le ministre [de l'Intérieur Laurent] Nuñez".

"Le pouvoir veut faire de LFI un bouc émissaire. Scandale d'Etat !", réagit mardi matin sur X le député LFI Matthias Tavel. "Merci aux policiers républicains qui font remonter le fait qu'on leur demande de faire des faux et usages de faux", ajoute auprès de franceinfo le député Hadrien Clouet, à l'Assemblée nationale, avant une séance de questions au gouvernement électrique.

Le Palais Bourbon est également le théâtre d'un nouveau duel entre La France insoumise et le gouvernement. Interrogé par LFI, Laurent Nuñez balaie les accusations de consignes données au renseignement mais pointe "le trait d'union", "réel" selon lui, entre LFI et certains groupuscules d'ultragauche. "Vous avez un député qui est membre de la Jeune Garde dans vos rangs", assure-t-il, en référence à Raphaël Arnault, qui a appartenu à ce groupe antifasciste, dissous en 2025 par le gouvernement. "Il est impensable qu'un gouvernement puisse donner de pareilles instructions", dément à son tour Sébastien Lecornu dans l'hémicycle.

A l'Assemblée, LFI essuie également de virulentes attaques venues du Rassemblement national et des Républicains. Des accusations jugées excessives par le reste de la gauche. "Le gouvernement trouve un bouc émissaire facile en tapant sur LFI", déplore auprès de franceinfo le patron du Parti socialiste, Olivier Faure. "L'état d'esprit de Sébastien Lecornu, c'est d'installer ce face-à-face avec la gauche radicale pour ne plus répondre aux questions posées sur le fond par le mouvement social. Je ne veux pas assister à une partie de ping-pong". L'ancien président socialiste François Hollande estime également sur France Inter qu'"il n'y a jamais un manipulateur, il n'y a jamais un organisateur", appelant le gouvernement à ne pas faire "une fixation sur LFI pour ne pas voir ce qui se passe dans le pays".

Malgré les attaques du gouvernement, LFI est invitée par le Premier ministre, comme les autres partis représentés au Parlement, à une réunion jeudi à Matignon. Manuel Bompard, l'eurodéputée Manon Aubry et le député Paul Vannier se rendront à ce rendez-vous. Les discussions s'annoncent houleuses. "On va y aller, on va te pourrir la réunion", a lancé Jean-Luc Mélenchon mardi soir, lors d'une conférence devant ses sympathisants.

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Source: Franceinfo · Laure Cometti

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