L’ex-procureur Romer Saucedo est accusé par le gouvernement américain d’avoir reçu des pots-de-vin «pour faciliter le narcotrafic et aider des délinquants violents à échapper à la justice».
Le président de la plus haute juridiction de Bolivie, Romer Saucedo, a annoncé mercredi avoir fui le pays en dénonçant des «tentatives de persécution» politique après la décision du parquet d'ordonner son arrestation dans le cadre d'une enquête pour trafic de drogue.
Depuis octobre, plusieurs responsables du système judiciaire bolivien ont été arrêtés pour des liens présumés avec le narcotrafic, notamment l'ex-procureur général, Roger Mariaca. Il a été interpellé quelques jours après l'annulation de son visa par les États-Unis, qui ont également annulé les visas de plusieurs responsables et hommes d'affaires boliviens, ainsi que d'autres en Colombie, au Pérou et en Équateur.
«J'ai quitté le pays, je suis en exil avec toute ma famille», a annoncé sur X le président du Tribunal suprême, âgé de 38 ans, dénonçant des «tentatives de persécution et d'intimidation» de la part du gouvernement. «Je sais qu'ils vont fabriquer des preuves pour me discréditer», a-t-il ajouté, sans préciser dans quel pays il se trouvait.
Des «complices»
Dans l'après-midi, le procureur général par intérim, José Armando Urioste, désigné par le Congrès après l'arrestation de M. Mariaca, a déclaré à des journalistes que son institution avait émis la veille un mandat d'arrêt pour «trafic de substances contrôlées et association de malfaiteurs». Le procureur général par intérim n'a pas fourni de précisions sur la participation de M. Saucedo à ces délits, ajoutant que les enquêtes allaient «suivre leur cours». Pour le moment, elles sont menées de manière confidentielle en raison de la collaboration de «témoins protégés», a-t-il ajouté.
Les autorités ignorent où se trouve Romer Saucedo. Son historique migratoire montre qu'il est entré en Bolivie mardi, mais n'a ensuite enregistré aucune sortie, selon M. Urioste. Le parquet le soupçonne d'avoir quitté le pays par voie terrestre. Le procureur par intérim a ajouté que son bureau allait demander à Interpol la diffusion d'une notice rouge pour le rechercher à l'international. Les notices rouges sont des avis de recherche d'un suspect ou criminel condamné, émis par la justice d'un pays et diffusés par Interpol à ses 196 pays membres.
M. Saucedo a quitté le pays «parce qu'il existe une série d'accusations ou d'enquêtes sur notre modèle de système judiciaire», a déclaré mercredi le président bolivien de centre droit, Rodrigo Paz, en marge du Sommet ibéro-américain qui se déroule en Espagne. Le vice-ministre de l'Intérieur, Peter Maldonado, a affirmé que la fuite de M. Saucedo était liée à l'affaire concernant Roger Mariaca. «Nombre de complices de Mariaca et de la criminalité sont en train de s'enfuir», a-t-il déclaré à la presse locale.
Pots-de-vin «pour faciliter le narcotrafic»
L'ex-procureur Mariaca est accusé par le gouvernement américain d'avoir reçu des pots-de-vin «pour faciliter le narcotrafic et aider des délinquants violents à échapper à la justice». Mercredi, les juges du Tribunal suprême de Bolivie ont désigné la doyenne de la cour, Rosmery Ruiz, comme présidente par intérim, en raison de «l'absence temporaire» de Saucedo, a indiqué la magistrate elle-même.
Si M. Saucedo ne se présente pas devant le tribunal dans les six prochains jours, il pourrait perdre son poste. En Bolivie, les plus hautes autorités judiciaires sont élues au suffrage universel. M. Saucedo a été élu à Santa Cruz avec plus de 700.000 voix fin 2024. Un mois plus tard, il a été choisi par ses pairs pour présider la plus haute juridiction du pays.
Le gouvernement de Rodrigo Paz, au pouvoir depuis près d'un an, cherche à se rapprocher de Washington. En mars, la Bolivie a rejoint le Bouclier des Amériques, une alliance régionale pour combattre la criminalité transnationale, dirigée par le gouvernement de Donald Trump.
Source: Le Figaro · Le Figaro avec AFP
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