Après les dégradations et les pillages survenus pendant les manifestations de samedi dernier, certains internautes tentent d'identifier eux-mêmes les auteurs des pillages et des dégradations, en utilisant deux hashtags : #BalanceTonPilleur et #BalanceTonCasseur.

Radio France

Publié le 23/10/2026 15:54

Temps de lecture : 2min

Commerce endommagé, au lendemain de la mobilisation nationale contre la "vie chère", ici à Lyon, le 18 octobre 2026. (JEFF PACHOUD / AFP)
Commerce endommagé, au lendemain de la mobilisation nationale contre la "vie chère", ici à Lyon, le 18 octobre 2026. (JEFF PACHOUD / AFP)

Depuis les pillages et les destructions de magasins ou de cafés qui ont jalonné les mobilisations du samedi 17 octobre, les enquêteurs tentent toujours d'identifier les auteurs. Pour cela, ils peuvent notamment s'appuyer sur des images de vidéosurveillance, mais aussi sur les nombreuses vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux. Des images que certains internautes utilisent aussi pour mener leurs propres recherches, cherchant à identifier eux-mêmes les délinquants.

Généralement, les internautes partagent d'abord la vidéo où l'on voit de la casse et du pillage. Puis ils accompagnent la republication de captures d'écran centrées sur les différents visages aperçus, en demandant à leur communauté de tenter d'identifier ceux qu'ils présentent comme des casseurs ou des pilleurs. En ajoutant, à chaque fois, les hashtags #BalanceTonPilleur ou #BalanceTonCasseur, le phénomène est particulièrement viral.

Selon Visibrain, outil spécialisé dans l'analyse des réseaux sociaux, le hashtag #BalanceTonPilleur apparaît dès samedi soir, à 23 heures. Depuis, il a été utilisé dans plus de 67 000 publications sur X, avec une forte accélération à partir de lundi. Sur TikTok, les vidéos associées à #BalanceTonCasseur cumulent au total 7,2 millions de vues.

Mais a-t-on le droit de diffuser le visage de quelqu'un en le présentant comme un pilleur ou un casseur ? Tout dépend de l'intention et de la façon dont on le fait, explique Schéhérazade Abboub, avocate spécialisée en droit du numérique : "La diffusion d'une capture d'écran peut être tout à fait licite, puisque ça a un but d'intérêt général, pour contribuer à l'identification de délinquants. En revanche, le problème, c'est le fait d'isoler des personnes qui vont être reconnues. Là, ça va augmenter fortement le risque de diffamation, d'atteinte à la vie privée et surtout d'atteinte à la présomption d'innocence."

Donc, le conseil de cette avocate est de ne pas jouer les enquêteurs soi-même et de ne pas isoler les visages de la scène générale. Si l'on dispose d'images montrant de possibles infractions, le plus sûr est de les transmettre directement à la police ou à la gendarmerie. Comme elle le rappelle, même avec de bonnes intentions, on ne peut pas se substituer aux policiers ou aux juges, ni désigner publiquement quelqu'un comme coupable.

En parallèle, ces hashtags ont généré aussi quelques détournements. Certains utilisent l'IA pour améliorer la netteté d'un visage, afin de mieux identifier certains casseurs présumés, au risque de se retrouver avec un visage qui n'a rien à voir avec le suspect de base. D'autres utilisent #BalanceTonPilleur pour l'illustrer avec des photos de personnalités politiques, comme Marine Le Pen condamnée pour détournement de fonds publics, ou encore Eric Ciotti.

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