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Depuis plus de trente ans, le journal de Dmitri Mouratov, Prix Nobel de la paix, enquêtait sur la corruption, les violences du pouvoir et les violations des droits humains. Mais une « opération coordonnée » des services spéciaux du FSB a mené à « l’assassinat » du titre emblématique de la presse libre à Moscou.
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Pour Novaïa Gazeta, bastion de la presse libre à Moscou, c’est la fin. « Ils nous ont tués », prévient ce vendredi 30 octobre la rédaction du journal de Dmitri Mouratov, colauréat du Prix Nobel de la paix 2021 (avec la journaliste philippine Maria Ressa). « Ils », ce sont les services spéciaux du FSB (service fédéral de sécurité, l’héritier du KGB). Dans une lettre que Le Monde publie, son actuel rédacteur en chef, Sergueï Sokolov, raconte l’« opération coordonnée » menée depuis des semaines contre le dernier média au ton critique en Russie. Désormais « sans moyens de subsistance et sous la menace constante de la répression », Novaïa Gazeta ne peut plus travailler comme il avait réussi à le faire jusque-là en près de cinq ans de guerre. « Le 9 novembre, nous éteindrons les lumières de notre maison, où nous avons vécu pendant trente ans ; nous couperons les serveurs et nous partirons, écrit Sergueï Sokolov. Le journal n’existe plus. »
En mars 2022, bloqué par les autorités après son opposition à l’invasion de l’Ukraine, Novaïa Gazeta (à l’origine un trihebdomadaire sur papier) avait préféré arrêter toute publication temporairement. Depuis, il avait trouvé d’autres moyens pour exister. Des journalistes exilés ont fondé Novaïa Gazeta Europe pour poursuivre leur travail d’information – ce titre, autonome, continuera lui d’exister. À Moscou, malgré les interdits et les menaces, Dmitri Mouratov et son équipe persistaient à publier sous d’autres formes, essentiellement sur Internet et avec une épisodique version papier tirée à moins de 1 000 exemplaires, seuil au-dessus duquel il faut s’enregistrer en tant que média.
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Source: Le Monde · Benjamin Quénelle
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