L'armée de l'air et de l'espace française veut sa part d'IA. Associée à la Direction générale de l'armement et à l'agence ministérielle pour l'IA de défense, l'armée de l'air lance le projet HypAIRion. Objectif : faire voler des avions de chasse avec des drones collaboratifs grâce à une intelligence artificielle souveraine.
HypAIRion a déjà commencé. Sur la base aérienne de Mont-de-Marsan, deux Mirage 2000, à grand renfort d'ordinateurs embarqués, ont été transformés en banc d'essai dans le bac à sable pour l'IA de l'armée de l'air, sourit le colonel Cédric Abriat. Il dirige le bureau de développement des capacités de l'état-major de l'armée de l'air : « Alors je dis bac à sable parce qu'un avion de combat, ça reste quand même un système complexe, et donc il faut qu'on ait notre ordinateur réservé au sein de cet avion pour pouvoir faire toutes sortes d'essais, d'expérimentations. Le but, ça a été vraiment de créer un troisième ordinateur au sein de l'avion, dans lequel les opérationnels vont pouvoir tester toutes sortes d'algorithmes, expérimenter avec la donnée pour permettre d'avoir des usages opérationnels autour de l'intelligence artificielle. »
Accélérer la boucle de décision
L'enjeu des prochaines années : permettre aux pilotes de se concentrer sur l'essentiel. Les ordinateurs de bord dopés à l'IA ont pour ambition de conserver la supériorité aérienne en gagnant la bataille de la vitesse, selon Colonel Abriat : « L'espace dans lequel évoluent nos pilotes est saturé d'informations et il faut qu'on les aide à faire le tri pour qu'ils puissent se focaliser sur les décisions opérationnelles, les choix tactiques. Et pour ça, on va leur faire gagner du temps dans le combat aérien. Celui qui prend l'ascendant, celui qui gagne, c'est celui qui arrive à réfléchir et à agir beaucoup plus vite que son adversaire. Et donc avec l'intelligence artificielle, on va leur offrir plus de ressources cognitives disponibles pour prendre les bonnes décisions, les bons choix tactiques. »
Un super Rafale avec un drone pour ailier
L'autre versant d'HypAIRion, c'est de faire voler les avions de chasse avec des drones collaboratifs. Des drones qui, nécessairement, devront obéir à des ordres de haut niveau comme : « attaque cette cible ou protège-moi » et qui, aussi, devront en toute autonomie conduire leurs propres missions. « Les premières missions qu'on envisage, c'est par exemple la mission de défense aérienne. Pour cette mission, on peut parfaitement imaginer que le drone de combat collaboratif, donc la plateforme inhabitée, maintienne son vol afin de détecter les menaces de manière permanente parce qu'elle peut voler beaucoup plus longtemps que des pilotes. Elle va pouvoir, par exemple, maintenir la défense de toute une zone. Comme la plateforme est inhabitée, elle pourra prendre plus de risques et donc, dans le cadre de la mission air-air, elle pourra s'approcher davantage de la menace. Elle pourra également offrir un complément de détection et aujourd'hui pouvoir voir la situation sous plusieurs angles, allumer un radar. Et cela donne effectivement beaucoup plus d'options tactiques et de performance opérationnelle », explique le colonel Cédric Abriat.
Un avion de chasse épaulé par un drone dopé à l'IA, HypAIRion ressemble furieusement au projet franco-allemand d'avions du futur (SCAF) abandonné cet été. Et dans ce nouveau projet, il y a par conséquent un véritable enjeu de souveraineté, souligne Cédric Abriat :
« Dans HypAIRion, on cherche à jeter les bases d'une architecture qui soit ouverte, modulaire et qui, surtout, devra nous appartenir. On ne veut pas que des industriels puissent verrouiller les choses et nous empêcher de faire évoluer le système. Donc l'enjeu d'HypAIRion, c'est d'avoir ces types d'architecture qui permettent aux opérationnels, aux aviateurs, en fonction de ce qu'ils ont vu sur le théâtre, de modifier, d'adapter, de rajouter une antenne pour faire face au brouillage, de modifier un armement qui buterait sur une contre-mesure. Et pour ça, il faut que l'on ait la main sur l'architecture. Il faut aussi qu'elle soit suffisamment modulaire pour évoluer au fil des conflits. »
Les apprentissages des briques d'IA ont déjà débuté. L'ambition est de disposer dès 2028 d'un super Rafale accompagné d'un drone de combat.
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Source: RFI · Franck Alexandre
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